|
ÉDITO
La voix du monde,
une voie toute tracée
Quelle joie ! Quelle sensation inoubliable que celle d’être
les maîtres du terrain parisien, de dominer les Champs-Elysées
comme cela avait déjà été le cas avec
la Grande moisson, ou de se promener dans le Champ de Mars comme
dans notre jardin ! J’aurais dû rester à l’avant
de l’Agri-Parade, mais je n’ai pas pu m’empêcher
de remonter le défilé pour contempler les visages
radieux qui le composaient, et ceux, éberlués ou contemplatifs,
des Parisiens tantôt simples spectateurs, tantôt demandeurs
de produits du terroir. Oui, nous avons pris du plaisir pendant
ce congrès mondial, et le moins que l’on puisse penser
est que nous ne l’avons pas volé ! Plus d’une
année de préparation pour ces opérations grand
public, et puis surtout le sentiment du devoir accompli, puisque
notre déclaration commune, en tenant compte bien sûr
des souhaits exprimés, a reçu une forte approbation
lors du congrès du Carrousel du Louvre.
Bernard Layre et son équipe, et tout le réseau d’une
manière générale, ont fait un boulot extraordinaire,
et il n’était que justice que nous puissions en tirer
les fruits à travers notre cortège jubilatoire sur
la plus belle
avenue du monde. Je voudrais rappeler ici l’importance syndicale
de la déclaration commune : tous les jeunes paysans du monde,
désormais, colportent le message à travers leurs gouvernements,
leurs médias et leurs réseaux d’agriculteurs.
« Nous parlons tous,
Sud et Nord-Américains, Africains, Asiatiques, Océaniens,
Européens, d’une seule voix ; nous sommes la voix du
monde en ce qui concerne l’agriculture. »
Oui, les jeunes agriculteurs ont une opinion, oui ils réclament
à prendre eux-mêmes leur avenir en main et à
être écoutés. Nous parlons tous, Sud et Nord-Américains,
Africains, Asiatiques, Océaniens, Européens, d’une
seule voix, nous sommes la voix du monde en ce qui concerne l’agriculture.
Nous contestons tous une politique libérale unilatérale
qui n’aurait aucune règle. Nous voulons tous mener
à bien notre mission essentielle : nourrir le monde, faire
en sorte que ce chiffre incroyable de 3 milliards de personnes sous-alimentées
décroisse enfin. Cette déclaration commune, nous allons
désormais la porter, et défendre nos intérêts
notamment lors du prochain sommet de l’OMC, à Cancun
en septembre. La voix du monde est aussi une voie toute tracée
de ce que nous devons tous défendre maintenant.
Avant ce rendez-vous au Mexique, je ne vous cache pas que j’aurais
aimé prendre le temps de me reposer sur la satisfaction légitime
d’être à la tête d’une super équipe
ayant démontré qu’elle est capable de tous les
exploits. Malheureusement, le calendrier en a voulu autrement. Ce
numéro de JA Mag est bouclé au moment même où
les pourparlers au Luxembourg débouchent sur un accord épouvantable
pour l’agriculture française, et pour la Politique
agricole commune. Ainsi, le découplage total est adopté.
Pire, le découplage partiel est accordé « à
la carte », selon les pays : c’en est fini de l’unité
de l’Europe agricole, de l’esprit qui avait animé
la Pac, cette politique agricole qui n’a plus de « commune
» que la désolation qu’elle inflige aux paysans.
Entre le moment où ces lignes sont écrites et celui
où vous les lirez, des actions syndicales auront probablement
été décidées. Tenons-nous prêts.
Plus que jamais nous avons besoin d’être solidaires,
car nous sommes décidément bien seuls pour nous défendre.
Jérôme DESPEY
|