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MAGAZINE
TERROIR
Le sacre des humbles
C’est la saison des pommes de terre de l’île de Ré.
Un produit de luxe qui incite à un retour sur les appellations.
C’est une question pour jeu télévisé
: si l’on vous dit AOC, qu’est-ce que cela signifie
pour vous ? Réponse à première vue évidente
: Appellation d’origine contrôlée, bien sûr,
pour tous les grands terroirs du patrimoine viticole français,
les bordeaux, les bourgogne, les vins de Loire, d’Alsace,
des régions méditerranéennes et des terroirs
nichés au creux de collines plus modestes. Ces trois lettres
d’excellence ont maintenant émigré hors de leur
domaine d’origine : vers quelques cidres, une trentaine de
fromages, et peut-être bien quelques beurres. Mais ensuite
? Eh bien ensuite, tout se complique, et personne n’est plus
trop sûr de rien. A l’exception notable des agriculteurs
qui ont joué cette carte, qui ont souvent beaucoup galéré
pour parvenir à une reconnaissance, et qui n’encaissent
pas toujours les dividendes des efforts et de la discipline qu’ils
y ont consentie.
Jusque dans les productions les plus modestes. Par exemple une pomme
de terre de luxe, AOC, la primeur de l’Ile de Ré. Une
quarantaine de maraîchers en produise quelque 3 500 tonnes,
selon un cahier des charges scrupuleux : cinq variétés
admises, un rendement plafonné à 25 tonnes à
l’hectare, et une interdiction d’arrosage passé
le 15 mai. Avec une plus-value de produit de luxe : elle se vend
jusqu’à 10 euros le kilo. Cette pomme de terre n’est
pas seule à revendiquer l’excellence. L’Ile de
Noirmoutier (pour sa variété locale, la Bonnotte),
et le Nord (Merville), ont quelques raisons d’y prétendre.
Un système lorgné
par l'étranger
Même chose pour les fayots, et pour les lentilles. les premiers
ont leur AOC, les Cocos de Paimpol, les secondes également,
pour les lentilles vertes du Puy. Ils rejoignent le club plutôt
fermé des appellations végétales : le chasselas
de Moissac, le muscat du Ventoux, les noix de Grenoble et du Périgord,
le piment d’Espelette, les olives et les huiles de Nyons et
des Baux-de-Provence, la carotte de Créance… Et des
quelques AOC animales : le taureau de Camargue, le poulet de Bresse,
le miel de sapin des Vosges…
Il y a aujourd’hui à l’INAO (Institut national
des appellations d’origine) de nombreuses demandes à
l’instruction, candidates à l’appellation d’origine
contrôlée. Mais le dossier s’est compliqué
avec l’apparition de sigles et de critères nouveaux,
par exemple l’IGP (Indication géographique de provenance),
dont les bénéficiaires (certains de gros calibre,
le foie gras du Périgord, le pruneau d’Agen, la lentille
verte du Berry…) ne veulent pas être considérés
comme des AOC de seconde zone. Ou le Label rouge, qui fait moins
appel au terroir qu’à la discipline de production.
Ses partisans font d’ailleurs volontiers remarquer que l’AOC
ressemble à une rente de situation, qui dans un périmètre
donné profite aussi bien aux médiocres qu’aux
meilleurs. Alors qu’eux sont soumis à l’obligation
de l’excellence individuelle.
Sans doute dans la perspective d’une Europe élargie,
les signes de provenance et de qualité gagneraient à
une homogénéisation simplifiée. Dans une pression
mondialiste unificatrice, les identifications régionales
apparaissent comme de véritables solutions économiques
pour des productions très typées. Exemple : le Vietnam
s’intéresse à la démarche française
des AOC. Et, pour revenir à la pomme de terre de l’Ile
de Ré, la Grèce a un projet d’identification
contrôlée pour une production réputée
chez elle : les 2 500 hectares de pommes de terre du plateau de
Kato Nevrokopiou, fort recherchées à Athènes
à l’automne.
Georges chatain
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