LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 584 | Juin 2003 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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MAGAZINE

TERROIR

Le sacre des humbles

C’est la saison des pommes de terre de l’île de Ré.
Un produit de luxe qui incite à un retour sur les appellations.

C’est une question pour jeu télévisé : si l’on vous dit AOC, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? Réponse à première vue évidente : Appellation d’origine contrôlée, bien sûr, pour tous les grands terroirs du patrimoine viticole français, les bordeaux, les bourgogne, les vins de Loire, d’Alsace, des régions méditerranéennes et des terroirs nichés au creux de collines plus modestes. Ces trois lettres d’excellence ont maintenant émigré hors de leur domaine d’origine : vers quelques cidres, une trentaine de fromages, et peut-être bien quelques beurres. Mais ensuite ? Eh bien ensuite, tout se complique, et personne n’est plus trop sûr de rien. A l’exception notable des agriculteurs qui ont joué cette carte, qui ont souvent beaucoup galéré pour parvenir à une reconnaissance, et qui n’encaissent pas toujours les dividendes des efforts et de la discipline qu’ils y ont consentie.
Jusque dans les productions les plus modestes. Par exemple une pomme de terre de luxe, AOC, la primeur de l’Ile de Ré. Une quarantaine de maraîchers en produise quelque 3 500 tonnes, selon un cahier des charges scrupuleux : cinq variétés admises, un rendement plafonné à 25 tonnes à l’hectare, et une interdiction d’arrosage passé le 15 mai. Avec une plus-value de produit de luxe : elle se vend jusqu’à 10 euros le kilo. Cette pomme de terre n’est pas seule à revendiquer l’excellence. L’Ile de Noirmoutier (pour sa variété locale, la Bonnotte), et le Nord (Merville), ont quelques raisons d’y prétendre.

Un système lorgné par l'étranger

Même chose pour les fayots, et pour les lentilles. les premiers ont leur AOC, les Cocos de Paimpol, les secondes également, pour les lentilles vertes du Puy. Ils rejoignent le club plutôt fermé des appellations végétales : le chasselas de Moissac, le muscat du Ventoux, les noix de Grenoble et du Périgord, le piment d’Espelette, les olives et les huiles de Nyons et des Baux-de-Provence, la carotte de Créance… Et des quelques AOC animales : le taureau de Camargue, le poulet de Bresse, le miel de sapin des Vosges…
Il y a aujourd’hui à l’INAO (Institut national des appellations d’origine) de nombreuses demandes à l’instruction, candidates à l’appellation d’origine contrôlée. Mais le dossier s’est compliqué avec l’apparition de sigles et de critères nouveaux, par exemple l’IGP (Indication géographique de provenance), dont les bénéficiaires (certains de gros calibre, le foie gras du Périgord, le pruneau d’Agen, la lentille verte du Berry…) ne veulent pas être considérés comme des AOC de seconde zone. Ou le Label rouge, qui fait moins appel au terroir qu’à la discipline de production. Ses partisans font d’ailleurs volontiers remarquer que l’AOC ressemble à une rente de situation, qui dans un périmètre donné profite aussi bien aux médiocres qu’aux meilleurs. Alors qu’eux sont soumis à l’obligation de l’excellence individuelle.
Sans doute dans la perspective d’une Europe élargie, les signes de provenance et de qualité gagneraient à une homogénéisation simplifiée. Dans une pression mondialiste unificatrice, les identifications régionales apparaissent comme de véritables solutions économiques pour des productions très typées. Exemple : le Vietnam s’intéresse à la démarche française des AOC. Et, pour revenir à la pomme de terre de l’Ile de Ré, la Grèce a un projet d’identification contrôlée pour une production réputée chez elle : les 2 500 hectares de pommes de terre du plateau de Kato Nevrokopiou, fort recherchées à Athènes à l’automne.

Georges chatain