Les fongicides mesostemiques de Bayer Agro
SOMMAIRE | N° 583 | Mai 2003 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Le 4 avril à l’APCA, devant une salle comble. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, et Michel Lacoste, secrétaire général des JA.

 

Toute la France manifeste pour répondre à Bruxelles

 


La médiatisation, essentielle pour capter une opinion publique favorable.

 

Les syndicats sanctionnés tels des entreprises économiques

Les derniers exemples d’amendes infligées par Bruxelles concernent des entreprises générant des profits, aux chiffres d’affaires considérables. S’en prendre à des syndicats, gérés sous la forme d’associations à but non lucratif, est une grande première…

Les dernières entraves au droit à la concurrence sont les suivantes :

• Une amende de 85 millions d’euros pour huit entreprises italiennes de travaux publics (décembre 2002).

• Une amende de 478 millions d’euros pour quatre entreprises européennes – dont 86 millions pour le groupe français Lafarge – fabriquant des plaques de plâtres (novembre 2002). A mettre en parallèle avec le chiffre d’affaires du seul Lafarge, plus de 14,5 milliards d’euros. Lafarge emploie 77 000 personnes dans 75 pays. Signalons (information dénichée sur http://www.lafarge.fr) que Lafarge, lui, fait appel devant le Tribunal supérieur régional (Oberlandesgericht) de Düsseldorf, la plainte émanant des autorités allemandes. Et que Lafarge avait pu provisionner « 300 millions d’euros dans les comptes 2002 pour couvrir les risques liés à la décision de la Commission européenne sur le plâtre », selon l’énoncé de l’article paru sur son site internet. Si l’on prend cet exemple précis, concernant une entreprise française, il est clair que, même si elle conteste le jugement, elle a les moyens de répondre à l’amende. Est-ce le cas de syndicats ?

• Une amende de 20,4 millions d’euros pour la société de vente aux enchères Sotheby’s, dénoncée par sa concurrente Christies (octobre 2002).

• Une amende de plus de 125 millions d’euros d’amende pour deux entreprises de l’alimentation animale (juillet 2002).



vie syndicale

Les syndicats à l’amende

La Commission tire sur le canot de sauvetage des éleveurs

 

Une amende phénoménale est imposée aux syndicats et associations spécialisées pour avoir, au plus fort de la crise bovine, réussi à éviter l’abattage des éleveurs. Mais le syndicalisme et la solidarité paysanne ressortent renforcés de ce nouveau coup dur.


Attention ! Quand on se met à plusieurs pour tenter de sauver une catégorie socioprofessionnelle, cela s’appelle, aux yeux de la Commission européenne, une association de malfaiteurs ! 16,7 millions d’euros. 12 millions pour la FNSEA, 600 000 euros pour les Jeunes agriculteurs, 1 440 000 euros pour la fédération nationale bovine, même somme pour la fédération nationale des producteurs de lait, 720 000 euros à la Fédération nationale de l’industrie et du commerce en gros des viandes, 480 000 euros pour la fédération nationale de la coopération bétail et viandes… « Les règles de la concurrence s’appliquent aussi au secteur agricole », a commenté le commissaire européen à la concurrence, Mario Monti. En d’autres termes, il a mis les syndicats et les associations spécialisées sur un pied d’égalité avec les entreprises, les a « cartellisés », tout en les incriminant comme s’ils avaient ourdi un complot contre la société européenne. À l’origine, de quoi s’agit-il ? Fin 2001, c’est la pleine crise de l’ESB. Les consommateurs ne veulent plus de viande bovine, les prix s’effondrent. Une seule solution, garder les bêtes à la ferme, donc ne pas avoir de revenu, donc avoir toujours plus de charges pour continuer à les nourrir… Ne plus rien gagner, et dépenser plus ! Les éleveurs sont assommés par cette nouvelle calamité, et quelques-uns vont, hélas, jusqu’au suicide… Pour faire face à ce contexte désespéré, et avec la bénédiction du ministre de l’Agriculture de l’époque, Jean Glavany, un tour de table de tous les responsables de la filière en France est organisé. Il en ressort un prix minimum payé aux producteurs, qui reprennent ainsi leurs ventes et le cours d’une activité sinistrée. Ce prix minimum correspond au prix de retrait fixé par la Commission européenne. Mais celle-ci n’en condamne pas moins, pour autant, cet accord national, qu’elle considère donc aller à l’encontre de la concurrence au sein de l’Europe entière.

Premières mobilisations

Cette interprétation extrême de la Commission arrive qui plus est dans un contexte où les mêmes syndicats combattent la réforme de son commissaire à l’agriculture, Franz Fischler. Un « hasard » qui n’a évidemment échappé à personne, et qui, au-delà de l’injustice ressentie devant l’iniquité de la décision, a galvanisé encore plus les énergies. Ainsi, la décision tombée le mercredi 2 avril était-elle débattue dès le vendredi 4 dans les locaux de l’APCA, à micro ouvert devant la presse. Et dès le lundi suivant (voir les deux pages suivantes), toute la France agricole manifestait, à l’appel des syndicats et associations spécialisées incriminées, devant les lieux symbolisant l’Europe sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, plusieurs centaines de paysans se sont-ils relayés devant le siège parisien de la Commission, boulevard Saint-Germain. Mais ils ont été aussi fort mobilisés à Angers, Avignon, Bordeaux… Pour n’en citer que quelques-uns.

Lafarge avait « provisionné » 300 millions d'euros au cas où !

Ces premières manifestations, évidemment, ne suffiront pas à faire fléchir la Commission. Elles montrent néanmoins la détermination des agriculteurs à refuser toutes ces mesures qui, une à une, semblent viser les anéantir. « Nous devons absolument porter le débat sur la scène publique, balance le président des JA Jérôme Despey. Expliquer que nous n’avons pas la provision pour payer ces amendes, et que rien n’a été calculé au sens d’une entreprise qui cherche à contourner un règlement. »

« Que tout le monde se tienne prêt »

Et maintenant ? L’action se poursuit sur deux axes. D’abord, l’axe judiciaire. Les JA et la FNSEA vont faire appel. Un appel qui, sous conditions (notamment de payer 4 % d’intérêts jusqu’au procès !), est suspensif du règlement de l’amende. Le jugement au tribunal de première instance devrait intervenir d’ici 12 à 18 mois et permettra aux gouvernements le souhaitant d'être entendus. « J’espère que notre ministère nous suivra », commente Jérôme Despey. L’axe syndical ensuite. Il n’y aura pas d’actions spécifiques à la seule condamnation. En revanche, une forte mobilisation est à prévoir prochainement pour contester l’ensemble des mesures venues de la Commission aux conséquences redoutées par les agriculteurs : réforme Fischler, découplage des aides, et donc l’amende… « Que tout le monde se tienne prêt », conclut Jérôme Despey. Plus que jamais, les agriculteurs français sont menacés.

 

Réactions

Hervé Gaymard (actuel ministre de l’Agriculture) : «J’ai été abasourdi par cette condamnation parce que ce sont des montants complètement extravagants qui remettent en cause l’existence même des organisations professionnelles et syndicales agricoles concernées.»
Jean Glavany (ministre de l’Agriculture au moment des faits reprochés) : «Mon rôle de ministre était de dire à des professionnels de différentes branches “mettez-vous autour de la table au lieu de vous affrontez et discutez”. Il me semble que j’ai fait mon devoir. (Ndlr : concernant l’accusation personnelle de Bruxelles à son encontre, selon laquelle il aurait usé de pressions pour l’accord : ) C’est une mise en cause de mon honneur qui n’est pas acceptable. Je trouve ahurissant de me mettre en cause sans m’avoir entendu, prévenu ou demandé des explications.»
Jean-François Coppé (secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement, se faisant ainsi le porte-parole du gouvernement) estime que celui-ci reste «quoi qu’il en soit très attentif aux actions contentieuses engagées par les organisations agricoles».
Michel Raymond (député européen) : «La Commission doit reconnaître le principe de catastrophe économique, facteur de détresse humaine et par là même, autoriser les gouvernements des Etats-membres à prendre les mesures qui s’imposent.»
Jean-Louis Bernié (député européen) : «Ce n’est pas parce que ces syndicats se sont prononcés contre la réforme de la Pac que la Commission doit les faire disparaître.»
Luc Guyau (président de l’Assemblée permanente des chambres d’Agriculture): «Une telle décision est incompréhensible au moment où l’on plaide la responsabilité des acteurs économiques. Je ne peux imaginer que la Commission européenne puisse donner comme seul message aux agriculteurs qu’il n’y a pas d’autre issue que de subir l’effondrement des prix quand elle est, elle-même, incapable de gérer le marché dans des conditions satisfaisantes.»
La Confédération française de la Coopération agricole estime dans un communiqué que la sanction infligée par Bruxelles est «alarmante et choquante». Elle s’ajoute à la panoplie de dispositions communautaires s’inscrivant dans «le choix d’un scénario ultra-libéral qui fragilise notre modèle alimentaire européen et qui condamne des pans entiers de notre territoire». Selon elle, la Commission européenne veut ainsi ôter définitivement au secteur agricole toute capacité d’organisation, et le livrer sans plus aucune régulation aux intérêts du commerce mondial.»
La Confédération paysanne, dans un communiqué, dénonce la lourdeur de la pénalité qui «constitue une grave entrave à la liberté syndicale».
La Coordination rurale attire l’attention pour sa part sur «l’agressivité syndicale caractérisée» de la Commission européenne que l’on peut considérer comme une déclaration de guerre aux syndicats agricoles.
Le Modef juge «inadmissible et intolérable» la décision qui «porte atteinte à la liberté syndicale et remet en cause le fondement même des syndicats».