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SOMMAIRE | N° 582 | Avril 2003 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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MAGAZINE

TERROIR

La belle orientale

Persane au nom arabe, la syrah est devenu le cépage emblématique des vins de la vallée du Rhône.

Les Evangiles sont formels. Jésus Christ était fin connaisseur : lorsque, par un miracle aux noces de Cana, il avait transmué l’eau en vin, c’était du meilleur. Il avait la saveur, dit la légende, des vins que produisait l’Empire perse sur les flancs des Monts Zagros, autour de Shiraz, la ville des roses et des tapisseries.
Par quels cheminements historiques ces vignes sont-elles devenues, sous le nom à peine retouché, de Syrah, des favorites de la Provence et des Côtes-du-Rhône ? La chronique en fait remonter l’arrivée aux Croisades, et aux Papes d’Avignon, dont la Cour n’était pas vraiment portée sur l’ascétisme, et qui développèrent beaucoup la vigne dans leurs terres du Comtat-Venaissin. C’est un chevalier français, Gaspard de Sterimberg, qui en aurait ramené des plants de la Terre Sainte. Ce chevalier avait ensuite participé à la Croisade contre les hérétiques Albigeois. Une croisade franco-française, qui n’en avait pas moins été impitoyable et très massacrante. Au point que le chevalier de Sterimberg étreint de remords, s’était fait ermite sur les rives du Rhône ; et avait couvert de cette belle plante orientale les pentes incultes qui allaient devenir le vignoble de Tain l’Ermitage. Depuis les appellations de ce vignoble – côte-rotie, hermitage, crozes hermitage, cornas, saint-joseph – ont gardé intact le culte de la syrah.
Jancis Robinson, la plus encyclopédique des historiennes (et aussi des historiens) de la vigne, fait remonter l’immigration de la Syrah bien plus loin dans le temps. Peut-être, estime-t-elle, à la lointaine époque où les premiers navigateurs grecs, fondateurs de Marseille un demi-millénaire avant Jésus Christ, y avaient aussi apporté la science du vin, cette production agricole nouvelle, venue d’Asie au pays de la cervoise et de l’hydromel. Ou plus probablement au temps de l’Empereur romain Probus, qui, au IIIe siècle, a permis la renaissance du vignoble gaulois.
Les incessantes révoltes astérixiennes de villages insoumis avaient été punies, sous ses prédécesseurs, par une destruction totale des vignes, et l’interdiction d’en replanter. Les légions impériales, qui avaient parcouru toutes les provinces de l’Empire, en avaient ramené de multiples plantes inconnues. Dont des cépages de Shiraz, qui avaient été acclimatés en Sicile. Et qui, entre autres, auraient servi de pépinières à la replantation.

L’élégance légère et florale des rosés

Quoi qu’il en soit de ces incertitudes historiques, la syrah est longtemps restée un cépage très marginal, hors de sa petite région des moyennes Côtes-du-Rhône. Ce qui peut sembler singulier alors que toute la filière s’accorde à lui trouver des qualités qui font des vins qui en sont issus, lorsqu’ils ont un peu vieilli, des égaux des grands bordeaux et des grands bourgognes.
En 1960, la syrah ne couvrait qu’un peu plus de mille hectares. Aujourd’hui elle en couvre une vingtaine de mille, dans le midi méditerranéen, car c’est un cépage qui redoute les coups de froid pendant la floraison.
C’est la vogue des vins de cépage qui a expliqué ce décollage. Il faut dire que, assez paradoxalement si on a en mémoire la vigueur charpentée des rouges, la syrah produit des rosés d’une élégance légère et florale.

Georges chatain