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MAGAZINE
TERROIR
La belle orientale
Persane au nom arabe, la syrah est devenu le cépage emblématique
des vins de la vallée du Rhône.
Les Evangiles sont formels. Jésus Christ était fin
connaisseur : lorsque, par un miracle aux noces de Cana, il avait
transmué l’eau en vin, c’était du meilleur.
Il avait la saveur, dit la légende, des vins que produisait
l’Empire perse sur les flancs des Monts Zagros, autour de
Shiraz, la ville des roses et des tapisseries.
Par quels cheminements historiques ces vignes sont-elles devenues,
sous le nom à peine retouché, de Syrah, des favorites
de la Provence et des Côtes-du-Rhône ? La chronique
en fait remonter l’arrivée aux Croisades, et aux Papes
d’Avignon, dont la Cour n’était pas vraiment
portée sur l’ascétisme, et qui développèrent
beaucoup la vigne dans leurs terres du Comtat-Venaissin. C’est
un chevalier français, Gaspard de Sterimberg, qui en aurait
ramené des plants de la Terre Sainte. Ce chevalier avait
ensuite participé à la Croisade contre les hérétiques
Albigeois. Une croisade franco-française, qui n’en
avait pas moins été impitoyable et très massacrante.
Au point que le chevalier de Sterimberg étreint de remords,
s’était fait ermite sur les rives du Rhône ;
et avait couvert de cette belle plante orientale les pentes incultes
qui allaient devenir le vignoble de Tain l’Ermitage. Depuis
les appellations de ce vignoble – côte-rotie, hermitage,
crozes hermitage, cornas, saint-joseph – ont gardé
intact le culte de la syrah.
Jancis Robinson, la plus encyclopédique des historiennes
(et aussi des historiens) de la vigne, fait remonter l’immigration
de la Syrah bien plus loin dans le temps. Peut-être, estime-t-elle,
à la lointaine époque où les premiers navigateurs
grecs, fondateurs de Marseille un demi-millénaire avant Jésus
Christ, y avaient aussi apporté la science du vin, cette
production agricole nouvelle, venue d’Asie au pays de la cervoise
et de l’hydromel. Ou plus probablement au temps de l’Empereur
romain Probus, qui, au IIIe siècle, a permis la renaissance
du vignoble gaulois.
Les incessantes révoltes astérixiennes de villages
insoumis avaient été punies, sous ses prédécesseurs,
par une destruction totale des vignes, et l’interdiction d’en
replanter. Les légions impériales, qui avaient parcouru
toutes les provinces de l’Empire, en avaient ramené
de multiples plantes inconnues. Dont des cépages de Shiraz,
qui avaient été acclimatés en Sicile. Et qui,
entre autres, auraient servi de pépinières à
la replantation.
L’élégance
légère et florale des rosés
Quoi qu’il en soit de ces incertitudes historiques, la syrah
est longtemps restée un cépage très marginal,
hors de sa petite région des moyennes Côtes-du-Rhône.
Ce qui peut sembler singulier alors que toute la filière
s’accorde à lui trouver des qualités qui font
des vins qui en sont issus, lorsqu’ils ont un peu vieilli,
des égaux des grands bordeaux et des grands bourgognes.
En 1960, la syrah ne couvrait qu’un peu plus de mille hectares.
Aujourd’hui elle en couvre une vingtaine de mille, dans le
midi méditerranéen, car c’est un cépage
qui redoute les coups de froid pendant la floraison.
C’est la vogue des vins de cépage qui a expliqué
ce décollage. Il faut dire que, assez paradoxalement si on
a en mémoire la vigueur charpentée des rouges, la
syrah produit des rosés d’une élégance
légère et florale.
Georges chatain
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