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Lévénement
- Réforme de la politique agricole commune
Propositions de Fischler
Jusqu’où la Pac
s’arrêtera-t-elle ?
Le désir de réforme du commissaire
européen à l’agriculture Franz Fischler atteint
son paroxysme. Son projet, s’il est adopté, diminuerait
considérablement le nombre d’agriculteurs dans les
années à venir.
Nous sommes le 22 janvier 2003. Franz Fischler donne une conférence
de presse à Bruxelles, qui devient une vidéoconférence
dans toutes les capitales européennes. Avant qu’il
ne présente son projet de réforme, un film montre
ce que doit être l’agriculture de demain. Il est en
anglais, les termes « respect of environnement » sont
prononcés à cinq ou six reprises, « quality
» revenant aussi souvent qu’un point au bout d’une
phrase. Les travées sont linéaires, pas un brin d’herbe
ne dépasse, et le summum est atteint quand on voit le commissaire
européen en personne visiter une porcherie : on lui met un
goret dans les bras, aussi rose que sa cravate et surtout moins
souillé qu’elle. C’est cela, l’agriculture
selon Fischler, une agriculture surnaturelle où les porcs
ne font plus de cochonneries…
Au nom de l’environnement, mais aussi de l’approche
des négociations avec l’OMC, ce non élu qui
s’octroie les pleins pouvoirs tente le coup de force. Au couple
Chirac-Schröder qui l’a sanctionné en octobre,
il répond par le découplage des aides. Et pour argumenter
son propos, il s’autoproclame porte-parole des consommateurs
(« Le contribuable doit avoir plus de retour pour l’argent
qu’il dépense », dit-il). Mais lorsqu’on
lui pose la question : « Si vous étiez agriculteur,
que diriez-vous à votre fils pour l’inciter à
reprendre l’exploitation ? », il ne répond pas
directement, sous-entendant de fait qu’il n’y a pas
à inciter à aller vers l’agriculture ! (plus
précisément, il répond qu’un jeune doit
bien se former avant de s’engager et que la spécialisation
n’est pas, selon lui, une voie d’avenir, sans autre
argument en faveur de la profession).
Au détriment des
producteurs agricoles
Chacun a sans doute déjà lu le détail de la
réforme proposée (*). Son maître mot est la
baisse des prix compensé partiellement par des aides et le
découplage de celles-ci, c’est-à-dire les déconnecter
de la production. Dès 2006 (voir l’infographie), la
réduction des aides devient progressive. La France Agricole
parle d’un « plan de licenciement qui ne dit pas son
nom ».

Le ministre Hervé Gaymard, interviewé par Agra Presse,
s’insurge contre l’un des prétextes évoqués
par Fischler : « Le découplage n’est pas imposé
à l’OMC. Ce serait une billevesée destinée
à abuser les gogos que de dire le contraire ». La FNSEA
craint de voir « des centaines de milliers d’agriculteurs
(aller) au tapis ». Tandis que François Vanier, vice-président
des Jeunes agriculteurs, renchérit : « A qui profite
la baisse des prix ? A mon avis, c’est tout bénéfice
aux industries agroalimentaires, au détriment des producteurs
agricoles. » Ce qui est, résume le président
des JA Jérôme Despey, « inacceptable »
et il veut « faire barrage aux propositions Fischler »
tout en « proposant une alternative ».
Par filières, tout le monde est perdant, notamment le secteur
laitier, pour lequel les baisses de prix s’étendraient
sur deux années supplémentaires.
Les professionnels de la production agricole rejettent en bloc,
aujourd’hui, le projet Fischler. Mais pour que leurs vœux
soient exaucés, ils vont devoir maintenant trouver le moyen
de faire passer leurs idées.
Antoine JEANDEY
(*) On peut le retrouver sur http://www.europa.eu.int/comm/agriculture/index_fr.htm•
Note : pour la photo de Une, nous remercions pour leur aimable concours
la section rugby du Puc (Paris université club) et particulièrement
ses joueurs Jean Benel et Romain Bellion.
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