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Lévénement
Grandes et moyennes surfaces
Le terrain l’emporte
L’action des 20, 21 et 22 novembre a porté
ses fruits : la mobilisation sans précédent de 10 à 15 000 agriculteurs
des JA et de la FNSEA sur les sites des centrales d’achat de la
grande distribution a conduit à une négociation rondement menée
et à la signature d’un accord.
Du mercredi 20 heures jusqu’au vendredi après-midi,
68 centrales d’achat, toutes enseignes confondues, ont trouvé
leurs accès bloqués par les agriculteurs. La mobilisation
des agriculteurs, et toute l’organisation qu’elle a
nécessitée en équipes de relève et en
logistique, ont abouti à une grande victoire syndicale.
« Il y aura un “avant” et un “après”
l’action GMS », balance Olivier Fraisse (lire son interview).
Il est clair que rarement une action n’aura fait autant l’unanimité.
Les marges arrière pratiquées jusqu’alors par
les grandes surfaces sont directement à l’origine d’un
lourd dysfonctionnement du système commercial. L’obligation
de vendre à perte, et donc d’être condamné
à terme, n’était plus supportable.
Pour les Jeunes agriculteurs, l’opération a eu aussi
ceci de particulier que ses principaux élus sont allés
sur le terrain, à la rencontre des manifestants, pour les
remercier et les encourager à tenir (lire nos articles sur
les déplacements du président et du secrétaire
général). Ce geste, naturel pour eux, a effectivement
contribué à motiver plus encore les troupes. Dans
le même temps, géographiquement dans les locaux de
la FNSEA (mais avec une forte participation JA), une cellule de
crise était organisée pour répondre à
toutes les interrogations du réseau par rapport aux évolutions
des situations sur le terrain ou encore les interrogations de la
presse.
L’impact médiatique, justement, est loin d’être
négligeable : visiblement personne n’avait senti venir
le coup et la soudaineté de l’action lui a valu les
« Unes » de toute la presse écrite et les ouvertures
des journaux télévisés et radiophoniques. De
nombreux reportages, pour faire comprendre par l’exemple les
revendications agricoles, ont illustré le conflit paysans/distributeurs.
L’action GMS, c’est donc d’abord celle du terrain.
Négociations
Mais encore fallait-il obtenir des résultats. Le jeudi après-midi,
au ministère de l’Agriculture, les ministres Hervé
Gaymard et Renaud Dutreil (PME) ont consenti, auprès des
présidents des JA et de la FNSEA Jérôme Despey
et Jean-Michel Lemétayer, à déterminer un prix
minimum pour tous les produits frais en cas de crise. Il restait
le plus compliqué, à négocier directement avec
la grande distribution. Ce fut fait le vendredi en fin de matinée,
dans une salle d’un grand hôtel parisien qui avait la
particularité de présenter deux longues tablées,
une pour la distribution et l’autre pour les agriculteurs…
distantes d’au moins 15 mètres ! Malgré cette
« distance de sécurité », Jérôme
Bédier, président de la FCD (fédération
du commerce et de la distribution), fut le premier à reconnaître
face aux journalistes, en sortant que « la voie du dialogue
(était) ouverte ». En comité plus restreint,
il venait de reconnaître les pratiques abusives de la grande
distribution et venait de s’engager à respecter les
lois.
Soutien
Un soutien n’est pas passé inaperçu, loin s’en
faut. Il a même contribué à crédibiliser
l’action syndicale agricole. Dans un communiqué de
presse, l’association des consommateurs UFC-Que Choisir a
affirmé : « La société ne peut accepter
que les agriculteurs, comme les PME, ne soient pas rémunérés
correctement pour leurs produits alors même que les consommateurs
payent ces produits de plus en plus cher dans les linéaires
des grandes surfaces ».
Agriculteurs et consommateurs la main dans la main, n’est-ce
pas, aussi, une belle réussite de l’opération
GMS ?
Antoine Jeandey
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