Les fongicides mesostemiques de Bayer Agro
SOMMAIRE | N° 579 | Janvier 2003 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
Contact   Accueil   Archives   Recherche


Sommaire

 

 



MAGAZINE

TERROIR

Un nègre au Panthéon

Alexandre Dumas n’a pas été seulement un grand romancier populaire. Ce petit-fils d’esclave noire a aussi été un connaisseur enthousiaste des terroirs français.

Avec Alexandre Dumas, c’est plus qu’un écrivain monumental qui est entré le 30 novembre au Panthéon, là où comme chacun sait, la Patrie accueille les grands hommes à qui elle estime devoir quelque reconnaissance. C’est un hommage que les Français d’outremer plus ou moins noirs de peau doivent ressentir plus ardemment comme une sorte de réparation. L’auteur des Trois mousquetaires et du Comte de Monte Christo était petit-fils d’une esclave antillaise, Césette, qu’un officier français, après l’avoir engrossée quatre fois, avait revendue à un autre officier pour payer son billet de retour en métropole. Et lorsque le jeune mulâtre débarqua en France, la bonne société ne se priva pas de lui rappeler ses basses origines. Jusqu’à le traiter parfois de « nègre qui pue ». L’esclavage n’était alors toujours pas aboli dans ces territoires lointains.
Ceci dit cette rubrique n’est pas dédiée à l’histoire, mais au terroir, et c’est à ce titre que le nouveau panthéonisé y a toute sa place. Car Alexandre Dumas, peut-être en raison de ces origines misérables, était atteint d’une voracité insatiable pour les plaisirs de la vie. Et, entre autres, des voluptés de gueule et des produits de terroir. Parmi les chefs-d’œuvre littéraires qu’il a laissés, le plus méconnu est sans doute le Grand dictionnaire de cuisine, un ouvrage de près d’un millier de pages qui rassemble à la fois l’histoire, les légendes, l’actualité du moment, la précision et les tours de main des recettes paysannes.

L’inspiration littéraire de l’oignon ou de l’ail

L’oignon, justement, parlons-en. C’est pour célébrer la Bretagne, et plus particulièrement Roscoff, qu’Alexandre Dumas déploie tout son talent littéraire : « Plus que l’ancienne Egypte, cette pointe de l’Armorique donne à croire que, lors de la guerre des dieux contre Jupiter les vaincus, poursuivis jusqu’au bout du continent, se sont changés en oignons ; dans aucune localité, ce bulbe si vanté de l’Antiquité, que des poètes ont chanté, et auxquels les Egyptiens ont rendu les honneurs divins, ne se trouve réuni en pareilles quantités. »
L’ail : « Athénée raconte que ceux qui mangeaient de l’ail n’entraient point dans les temples consacrés à Cybèle » ; Cybèle étant la déesse romaine de la fécondité. Il est aussi lyrique sur les recettes qu’il débusque dans les provinces, de la croustade de Carcassonne, les champignons à la bordelaise, la cochonaille de Troyes et de Lyon. En vrai poète de la nourriture, c’est sur les préparations les plus rustiques qu’Alexandre Dumas déploie toute sa verve littéraire. Les soupes, par exemple, à propos desquelles, sur une dizaine de pages, il construit toute une théorie gastronomique. Il y distingue quatre catégories de mangeurs : « les routiniers qui en mangent parce que leurs parents en mangeaient », et qui manifestent une « soumission implicite », les impatients qui « se jettent immédiatement sur la première matière qui se présente », les « inattentifs qui, n’ayant pas reçu du ciel le feu sacré, regardent les repas comme les heures d’un travail obligé », et « sont à table comme l’huître sur son banc », les « dévorants » qui « se hâtent de jeter dans leur estomac une première victime pour apaiser le feu gastrique qui les dévore ». Bref, ce chroniqueur de fresques historiques était aussi un lyrique des saveurs de terroir. Une raison de plus pour mériter le Panthéon…

Antoine Menoux