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MAGAZINE
TERROIR
Mon beau sapin
Larbre toujours vert des anciens cultes païens est
devenu à Noël le symbole de la plus chrétienne
des fêtes de lannée.
Cest une culture qui, dans certaines régions
les Vosges, le Morvan, le Limousin , nest pas négligeable
: le sapin de Noël. Car le sapin de Noël est bien une
culture : il nest pas question daller se servir soi-même
dans la forêt voisine, cest formellement interdit, et
la traçabilité est de rigueur. Dans les provinces
boisées, les contrôles sintensifient à
lapproche des fêtes, et tout transport de sapin, ny
en ait-il quun dans le coffre de la voiture, doit être
dûment accompagné dune pièce justificative
de son origine cultivée ou importée. Cest que
le moindre laxisme pourrait avoir des effets dévastateurs
sur lenvironnement forestier. Ce sont plusieurs dizaines de
millions de sapins qui arrivent en décembre sur le marché,
et la demande augmente chaque année. Cest que le sapin
de Noël nest plus seulement voué au salon familial
ou à la chambre des enfants : les grands magasins, les entreprises,
les édifices publics, les rues et les places, même,
se boisent eux aussi de vert sombre à lapproche de
la fête.
A bien y réfléchir, il y a quelque chose dun
peu insolite à voir lintrusion dun arbre typiquement
nordique et montagnard dans la fête de Noël. Une fête
qui, comme chacun sait, à ses origines en Palestine, une
région plutôt chaude et sèche, où les
oliviers, les palmiers et les figuiers de Barbarie sont plus communs
que les résineux, les vents de sable plus fréquents
que les chutes de neige. Il est dailleurs à peu près
certain que Jésus Christ nest pas né en décembre,
ni même en hiver. Cest en contrebande que le sapin,
et la neige qui laccompagne, sont peu à peu devenus
les symboles mêmes de la fête chrétienne.
Résistant à l'hiver
Tout a commencé par une pieuse ruse de lEglise. Pour
gagner les consciences, cette nouvelle religion a calé le
calendrier de ses célébrations sur celui des antiques
rituels païens. La naissance du Christ, vainqueur de la mort
et sauveur de lhumanité, a ainsi squatté le
solstice dhiver, le jour de lannée où
la nuit cesse de sallonger, où le soleil au plus bas
va recommencer à monter dans le ciel, où la nature
qui semblait à lagonie donne les premiers signes précurseurs
dune future résurrection. Cette méthode chrétienne
a eu pour effet que ses fêtes sont restées ainsi imprégnées
par les anciens rituels. Exemples : les ufs de Pâques,
symboles millénaires de la fécondité du printemps
; ou les feux de la Saint-Jean, au solstice dété,
le jour le plus long. Et, à Noël, les souvenirs des
cultes celtiques, avec le sapin, le gui et le houx, plantes qui
résistent à lhiver, qui restent vertes lorsque
tout semble désolé autour delles, et qui sont
donc symboles dimmortalité. Avec la naissance du Père
Noël, aussi, qui est un personnage bien plus scandinave que
palestinien, avec sa houppelande, son traîneau et ses rennes.
Jadis, dans les familles catholiques très pieuses on expliquait
aux tout-petits que le Père Noël nexistait pas,
que cétait en réalité le Petit Jésus
qui apportait les jouets. Mais le truc na jamais vraiment
marché et cest le Père Noël qui est en
fin de compte resté maître du terrain. Dautant
quaujourdhui, société de consommation
oblige, on le rencontre en décembre à tous les coins
de rue. Il ne fait plus seulement la joie des enfants, mais aussi
celle des commerçants.
Antoine Menoux
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