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SOMMAIRE | N° 578 | Décembre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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MAGAZINE

TERROIR

Mon beau sapin

L’arbre toujours vert des anciens cultes païens est devenu à Noël le symbole de la plus chrétienne des fêtes de l’année.

C’est une culture qui, dans certaines régions – les Vosges, le Morvan, le Limousin –, n’est pas négligeable : le sapin de Noël. Car le sapin de Noël est bien une culture : il n’est pas question d’aller se servir soi-même dans la forêt voisine, c’est formellement interdit, et la traçabilité est de rigueur. Dans les provinces boisées, les contrôles s’intensifient à l’approche des fêtes, et tout transport de sapin, n’y en ait-il qu’un dans le coffre de la voiture, doit être dûment accompagné d’une pièce justificative de son origine cultivée ou importée. C’est que le moindre laxisme pourrait avoir des effets dévastateurs sur l’environnement forestier. Ce sont plusieurs dizaines de millions de sapins qui arrivent en décembre sur le marché, et la demande augmente chaque année. C’est que le sapin de Noël n’est plus seulement voué au salon familial ou à la chambre des enfants : les grands magasins, les entreprises, les édifices publics, les rues et les places, même, se boisent eux aussi de vert sombre à l’approche de la fête.
A bien y réfléchir, il y a quelque chose d’un peu insolite à voir l’intrusion d’un arbre typiquement nordique et montagnard dans la fête de Noël. Une fête qui, comme chacun sait, à ses origines en Palestine, une région plutôt chaude et sèche, où les oliviers, les palmiers et les figuiers de Barbarie sont plus communs que les résineux, les vents de sable plus fréquents que les chutes de neige. Il est d’ailleurs à peu près certain que Jésus Christ n’est pas né en décembre, ni même en hiver. C’est en contrebande que le sapin, et la neige qui l’accompagne, sont peu à peu devenus les symboles mêmes de la fête chrétienne.

Résistant à l'hiver

Tout a commencé par une pieuse ruse de l’Eglise. Pour gagner les consciences, cette nouvelle religion a calé le calendrier de ses célébrations sur celui des antiques rituels païens. La naissance du Christ, vainqueur de la mort et sauveur de l’humanité, a ainsi squatté le solstice d’hiver, le jour de l’année où la nuit cesse de s’allonger, où le soleil au plus bas va recommencer à monter dans le ciel, où la nature qui semblait à l’agonie donne les premiers signes précurseurs d’une future résurrection. Cette méthode chrétienne a eu pour effet que ses fêtes sont restées ainsi imprégnées par les anciens rituels. Exemples : les œufs de Pâques, symboles millénaires de la fécondité du printemps ; ou les feux de la Saint-Jean, au solstice d’été, le jour le plus long. Et, à Noël, les souvenirs des cultes celtiques, avec le sapin, le gui et le houx, plantes qui résistent à l’hiver, qui restent vertes lorsque tout semble désolé autour d’elles, et qui sont donc symboles d’immortalité. Avec la naissance du Père Noël, aussi, qui est un personnage bien plus scandinave que palestinien, avec sa houppelande, son traîneau et ses rennes. Jadis, dans les familles catholiques très pieuses on expliquait aux tout-petits que le Père Noël n’existait pas, que c’était en réalité le Petit Jésus qui apportait les jouets. Mais le truc n’a jamais vraiment marché et c’est le Père Noël qui est en fin de compte resté maître du terrain. D’autant qu’aujourd’hui, société de consommation oblige, on le rencontre en décembre à tous les coins de rue. Il ne fait plus seulement la joie des enfants, mais aussi celle des commerçants.

Antoine Menoux