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SOMMAIRE | N° 578 | Décembre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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MAGAZINE

DÉCOUVERTE

Thierry, le « papa-laitue » de la Martinique

Sur 6,5 hectares, héritage familial, Thierry Clio, 27 ans, produit dans le sud de l’île 10 000 têtes de batavias par semaine... et il n’est pas prêt de s’arrêter !

«La laitue, c’est comme un bébé, il faut tout le temps la chérir… » Il ne faut pas plus de dix minutes passées avec Thierry Clio sur son exploitation pour comprendre pourquoi il est un véritable papa poule avec ses têtes de batavia. La passion pour la terre lui est venue d’un cadeau offert par un voisin pour son dixième anniversaire : un jeune porcelet « domino ».
Très vite après l’école qu’il arrêta en classe de troisième, sa première préoccupation fut de suivre une formation agricole. Le service militaire lui en offrit l’opportunité et il obtint son brevet professionnel agricole.
Une année plus tard, en 1994, le voilà – lui qui n’avait jamais quitté les pentes douces de son quartier Paquemar au Vauclin, dans le sud de l’île – perdu dans un centre de formation en élevage ovin à Carmejane dans les Alpes-de-Haute-Provence. Il en sortira après une année, fort de son brevet professionnel à responsabilité d’exploitation agricole.
Thierry est célibataire et son exploitation de batavias sur 6,5 hectares l’occupe 14 heures par jour. Fini le temps où il s’égarait dans des rotations aléatoires entre la culture maraîchère et fruitière (pastèque, haricots verts, choux…) et un élevage porcin. « Pendant trois ans, j’ai été ballotté sur des marchés fluctuants et mes objectifs se sont limités à payer les fournisseurs. »

Une production de saison même aux Antilles

Dans sa quête à combler sa trésorerie, Thierry découvre les possibilités qu’offre l’exploitation de la laitue de plein champ et s’y consacre exclusivement. Quatre semaines et demie entre la semence et la récolte, pour une production de 10 000 têtes/
semaine, vont faire de Thierry le « papa laitue » du pays. Une réussite consacrée, il y a trois ans, par le prix du meilleur jeune maraîcher. Employant quatre salariés, il maîtrise tout le circuit de sa production en assurant directement sa vente auprès des moyennes et grandes surfaces de l’île.
Si la laitue se vend bien toute l’année, les coûts de production varient de 30 à 40 % entre la saison sèche (les six premiers mois de l’année) et la saison des pluies. Aux Antilles, sous des latitudes tropicales, le soleil a très souvent des sautes d’humeur. Aussi, les traitements anti-parasitaires en période humide gonflent considérablement les coûts. Plusieurs de ses collègues abandonnent cette culture de la batavia pendant cette période humide pour d’autres productions maraîchères a priori moins risquées.
Thierry se refuse à « gérer au pif… Nous pouvons, explique-
t-il, développer une production bien maîtrisée et la lutte intégrée contre les inconvénients liés aux aléas climatiques nous permet de stabiliser au mieux nos coûts de production. » La culture de la laitue plein champ occupe seulement 30 % de la production locale. La culture sous serre, moins contraignante, séduisant de plus en plus les exploitants. Reste que les exigences de qualité du consommateur le portent davantage vers la « laitue plein champ d’origine Martinique », signalétique de tous les producteurs produisant cette laitue. « C’est notre seule arme face au lobby des grandes surfaces. Avec un prix quasi identique à la laitue produite sous serre, nous collons au plus près à la demande qualitative du consommateur. »
Thierry Clio est considéré par ses pairs comme un gros producteur, Il n’en est pas pour autant sauvé ni même, comme on dit en Martinique, « arrivé ». Très lucidement, Thierry se félicite pour l’instant d’assurer une régularité de trésorerie et d’être plus crédible vis-à-vis de ses emprunteurs.
L’augmentation de sa production est certes un objectif. Mais la priorité demeure encore la régularité qualitative de sa production quelle que soit la saison.
« Papa-laitue, Thierry » n’a pas fini de voir pousser ses petites têtes et il ne se cache pas pour dire à qui veut l’entendre qu’il n’est pas prêt de s’en lasser.

Rudy Rabathaly