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MAGAZINE
DÉCOUVERTE
Thierry, le « papa-laitue
» de la Martinique
Sur 6,5 hectares, héritage familial, Thierry Clio, 27
ans, produit dans le sud de lîle 10 000 têtes
de batavias par semaine... et il nest pas prêt de sarrêter
!
«La laitue, cest comme un bébé, il faut
tout le temps la chérir
» Il ne faut pas plus
de dix minutes passées avec Thierry Clio sur son exploitation
pour comprendre pourquoi il est un véritable papa poule avec
ses têtes de batavia. La passion pour la terre lui est venue
dun cadeau offert par un voisin pour son dixième anniversaire
: un jeune porcelet « domino ».
Très vite après lécole quil arrêta
en classe de troisième, sa première préoccupation
fut de suivre une formation agricole. Le service militaire lui en
offrit lopportunité et il obtint son brevet professionnel
agricole.
Une année plus tard, en 1994, le voilà lui
qui navait jamais quitté les pentes douces de son quartier
Paquemar au Vauclin, dans le sud de lîle perdu
dans un centre de formation en élevage ovin à Carmejane
dans les Alpes-de-Haute-Provence. Il en sortira après une
année, fort de son brevet professionnel à responsabilité
dexploitation agricole.
Thierry est célibataire et son exploitation de batavias sur
6,5 hectares loccupe 14 heures par jour. Fini le temps où
il ségarait dans des rotations aléatoires entre
la culture maraîchère et fruitière (pastèque,
haricots verts, choux
) et un élevage porcin. «
Pendant trois ans, jai été ballotté sur
des marchés fluctuants et mes objectifs se sont limités
à payer les fournisseurs. »
Une production de saison même
aux Antilles
Dans sa quête à combler sa trésorerie, Thierry
découvre les possibilités quoffre lexploitation
de la laitue de plein champ et sy consacre exclusivement.
Quatre semaines et demie entre la semence et la récolte,
pour une production de 10 000 têtes/
semaine, vont faire de Thierry le « papa laitue » du
pays. Une réussite consacrée, il y a trois ans, par
le prix du meilleur jeune maraîcher. Employant quatre salariés,
il maîtrise tout le circuit de sa production en assurant directement
sa vente auprès des moyennes et grandes surfaces de lîle.
Si la laitue se vend bien toute lannée, les coûts
de production varient de 30 à 40 % entre la saison sèche
(les six premiers mois de lannée) et la saison des
pluies. Aux Antilles, sous des latitudes tropicales, le soleil a
très souvent des sautes dhumeur. Aussi, les traitements
anti-parasitaires en période humide gonflent considérablement
les coûts. Plusieurs de ses collègues abandonnent cette
culture de la batavia pendant cette période humide pour dautres
productions maraîchères a priori moins risquées.
Thierry se refuse à « gérer au pif
Nous
pouvons, explique-
t-il, développer une production bien maîtrisée
et la lutte intégrée contre les inconvénients
liés aux aléas climatiques nous permet de stabiliser
au mieux nos coûts de production. » La culture de la
laitue plein champ occupe seulement 30 % de la production locale.
La culture sous serre, moins contraignante, séduisant de
plus en plus les exploitants. Reste que les exigences de qualité
du consommateur le portent davantage vers la « laitue plein
champ dorigine Martinique », signalétique de
tous les producteurs produisant cette laitue. « Cest
notre seule arme face au lobby des grandes surfaces. Avec un prix
quasi identique à la laitue produite sous serre, nous collons
au plus près à la demande qualitative du consommateur.
»
Thierry Clio est considéré par ses pairs comme un
gros producteur, Il nen est pas pour autant sauvé ni
même, comme on dit en Martinique, « arrivé ».
Très lucidement, Thierry se félicite pour linstant
dassurer une régularité de trésorerie
et dêtre plus crédible vis-à-vis de ses
emprunteurs.
Laugmentation de sa production est certes un objectif. Mais
la priorité demeure encore la régularité qualitative
de sa production quelle que soit la saison.
« Papa-laitue, Thierry » na pas fini de voir pousser
ses petites têtes et il ne se cache pas pour dire à
qui veut lentendre quil nest pas prêt de
sen lasser.
Rudy Rabathaly
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