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DOSSIER
Valorisations non alimentaires
Biocarburants :
Les politiques doivent « mettre le turbo »
Après un démarrage rapide dans les années
90, les biocarburants sont freinés, malgré leurs qualités
évidentes, par labsence de politique européenne
à leur égard.
1993
une date clé pour la filière des biocarburants, puisquelle
renvoie aux deux principaux éléments ayant favorisé
son développement. Le choc pétrolier dune part,
qui a révélé les dangers dune trop forte
dépendance énergétique envers les pays tiers
; la réforme de la Politique agricole commune (Pac) de 1992,
dautre part, qui a imposé un gel des terres agricoles
(jachère) de 10 %. « La profession agricole cherchait
à faire autre chose que de la jachère environnementale,
précise Pierre Gatel de lAssociation générale
des producteurs de blé. Et les fabricants de carburants français
ont commencé à réfléchir aux moyens
de diversifier leur source dapprovisionnement. » Or,
au milieu des années 80, la recherche avait montré
que les esters méthyliques dhuile de colza et léthyltertiobutyléther
(ETBE), issu de léthanol de betterave et de blé,
avaient des propriétés physico-
chimiques très voisines de celles du gazole et de lessence.
Ainsi, de quelques tonnes de biocarburants produites en 1992, la
France est passée à 510 000 t en 2001 (310 000 t dester
de colza et 200 000 t dETBE, ce qui correspond à 275
000 ha de colza, 11 500 ha de betterave et 16 300 ha de blé
; voir graphique p. 24) et est devenue le 1er producteur européen
(50 % de la production européenne). Elle se classe aussi
à la troisième position mondiale, rattrapant son retard
sur le Brésil et les Etats-Unis.
Des freins politiques
Malgré cette évolution rapide et le potentiel, non
encore exploité, de production de biocarburants, ce débouché
reste marginal pour lagriculture française : lETBE
ne représente que 0,7 % de lessence consommée
en France et le biodiesel 1 % du gazole consommé. «
Les hectares dévolus aux cultures énergétiques
sont actuellement stables car lEtat a imposé un quota
de production de biocarburants en contre partie dune réduction
de la TIPP », explique Stéphane Halgand de la Confédération
générale des planteurs de betteraves. Les pouvoirs
publics français et européens se montrent très
timides en matière de biocarburants. En novembre 2001, la
Commission européenne avait proposé deux directives
pour promouvoir lutilisation des biocarburants dans les transports.
La première prévoyait que les biocarburants occupent
2 % du marché des carburants dici le 31 décembre
2005, puis que leur part de marché augmente de 0,75 % par
an pour atteindre 5,75 % en 2010. Lobjectif étant que
cette part de marché sélève à
20 % en 2020. La deuxième directive donnait la possibilité
aux Etats- membres dappliquer un taux daccises réduit
aux biocarburants, purs ou en mélange, utilisés pour
le transport ou le chauffage.
Mais en juillet dernier, le Conseil des ministres européen
a rejeté la première directive sous prétexte
que les objectifs de part de marché qui y figurent sont obligatoires
et non indicatifs. « Par ailleurs, les Etats ne sont pas très
enclins à pratiquer la défiscalisation, qui constitue,
pour eux, un manque à gagner au niveau budgétaire,
ajoute Stéphane Halgand. » Enfin, le développement
des biocarburants se heurte à un autre frein : celui de son
coût de production trois fois supérieur aux carburants
conventionnels. Un handicap qui peut sestomper à lavenir,
en raison de la raréfaction inéluctable du pétrole.
Un bilan énergétique
favorable
Pourtant les biocarburants présentent de nombreux avantages.
Leur indice doctane et leur pouvoir lubrifiant sont meilleurs
que ceux des carburants conventionnels ; ils sont renouvelables
et leur utilisation limite les importations (80 % du pétrole
consommé en France est importé), donc la dépendance
énergétique de la France vis-à-vis des pays
producteurs de pétrole. Mais surtout, ils sont moins polluants
que les autres carburants : le biodiesel a un impact sur leffet
de serre 3 à 4 fois plus faible que le diesel. Le bilan énergétique
est lui aussi favorable aux biocarburants : 1 t de carbone fossile
permet à la culture de colza de produire 2,3 t déquivalent
carbone fossile de biocarburant. Pour le bioéthanol, le rapport
est de 1 t de carbone fossile pour 1,2 à 1,6 t déquivalent
carbone fossile.
Evolution des
surfaces consacrées à la production de biocarburant
entre 1992 et 2000

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