LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 577 | Novembre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
Contact   Accueil   Archives   Recherche


Sommaire

Retour au dossier

 


La France compte trois usines de production d’ETBE, détenues par Total Fina Elf : à Feysin (notre document), à Dunkerque et au Havre.

 

Georges Alard, directeur de Bioéthanol Nord-Picardie
«Nous sommes prêts à accroître, si…»

 

Le point de vue du jeune agriculteur
Laurent Degenne à Licourt (Somme)
« Un manque de rentabilité économique »

 

Michel Girard, directeur du développement agricole chez Total Fina Elf
« Une énergie renouvelable et écologique »

 

 



DOSSIER

Valorisations non alimentaires

Biocarburants :
Les politiques doivent « mettre le turbo »

Après un démarrage rapide dans les années 90, les biocarburants sont freinés, malgré leurs qualités évidentes, par l’absence de politique européenne à leur égard.

1993

une date clé pour la filière des biocarburants, puisqu’elle renvoie aux deux principaux éléments ayant favorisé son développement. Le choc pétrolier d’une part, qui a révélé les dangers d’une trop forte dépendance énergétique envers les pays tiers ; la réforme de la Politique agricole commune (Pac) de 1992, d’autre part, qui a imposé un gel des terres agricoles (jachère) de 10 %. « La profession agricole cherchait à faire autre chose que de la jachère environnementale, précise Pierre Gatel de l’Association générale des producteurs de blé. Et les fabricants de carburants français ont commencé à réfléchir aux moyens de diversifier leur source d’approvisionnement. » Or, au milieu des années 80, la recherche avait montré que les esters méthyliques d’huile de colza et l’éthyltertiobutyléther (ETBE), issu de l’éthanol de betterave et de blé, avaient des propriétés physico-
chimiques très voisines de celles du gazole et de l’essence.
Ainsi, de quelques tonnes de biocarburants produites en 1992, la France est passée à 510 000 t en 2001 (310 000 t d’ester de colza et 200 000 t d’ETBE, ce qui correspond à 275 000 ha de colza, 11 500 ha de betterave et 16 300 ha de blé ; voir graphique p. 24) et est devenue le 1er producteur européen (50 % de la production européenne). Elle se classe aussi à la troisième position mondiale, rattrapant son retard sur le Brésil et les Etats-Unis.

Des freins politiques

Malgré cette évolution rapide et le potentiel, non encore exploité, de production de biocarburants, ce débouché reste marginal pour l’agriculture française : l’ETBE ne représente que 0,7 % de l’essence consommée en France et le biodiesel 1 % du gazole consommé. « Les hectares dévolus aux cultures énergétiques sont actuellement stables car l’Etat a imposé un quota de production de biocarburants en contre partie d’une réduction de la TIPP », explique Stéphane Halgand de la Confédération générale des planteurs de betteraves. Les pouvoirs publics français et européens se montrent très timides en matière de biocarburants. En novembre 2001, la Commission européenne avait proposé deux directives pour promouvoir l’utilisation des biocarburants dans les transports. La première prévoyait que les biocarburants occupent 2 % du marché des carburants d’ici le 31 décembre 2005, puis que leur part de marché augmente de 0,75 % par an pour atteindre 5,75 % en 2010. L’objectif étant que cette part de marché s’élève à 20 % en 2020. La deuxième directive donnait la possibilité aux Etats- membres d’appliquer un taux d’accises réduit aux biocarburants, purs ou en mélange, utilisés pour le transport ou le chauffage.
Mais en juillet dernier, le Conseil des ministres européen a rejeté la première directive sous prétexte que les objectifs de part de marché qui y figurent sont obligatoires et non indicatifs. « Par ailleurs, les Etats ne sont pas très enclins à pratiquer la défiscalisation, qui constitue, pour eux, un manque à gagner au niveau budgétaire, ajoute Stéphane Halgand. » Enfin, le développement des biocarburants se heurte à un autre frein : celui de son coût de production trois fois supérieur aux carburants conventionnels. Un handicap qui peut s’estomper à l’avenir, en raison de la raréfaction inéluctable du pétrole.

Un bilan énergétique favorable

Pourtant les biocarburants présentent de nombreux avantages. Leur indice d’octane et leur pouvoir lubrifiant sont meilleurs que ceux des carburants conventionnels ; ils sont renouvelables et leur utilisation limite les importations (80 % du pétrole consommé en France est importé), donc la dépendance énergétique de la France vis-à-vis des pays producteurs de pétrole. Mais surtout, ils sont moins polluants que les autres carburants : le biodiesel a un impact sur l’effet de serre 3 à 4 fois plus faible que le diesel. Le bilan énergétique est lui aussi favorable aux biocarburants : 1 t de carbone fossile permet à la culture de colza de produire 2,3 t d’équivalent carbone fossile de biocarburant. Pour le bioéthanol, le rapport est de 1 t de carbone fossile pour 1,2 à 1,6 t d’équivalent carbone fossile.

Evolution des surfaces consacrées à la production de biocarburant entre 1992 et 2000