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SOMMAIRE | N° 576 | Octobre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Sommaire

 

 




 

 

 


Symptômes d’une attaque de nématodes sur melon : le système racinaire est envahi de galles qui perturbent l’assimilation racinaire.

 

 

 

 


Les crotalaires émettent des substances fongiques, très efficaces contre les nématodes.

 

Le point de vue du jeune agriculteur :
« Une fois que les nématodes sont installés, c’est très difficile de s’en débarrasser »



Cultures spécialisées

Désinfection des sols

Des plantes pour lutter contre les nématodes

Face à la possible interdiction d’utilisation du bromure de méthyle, les producteurs de cultures sous abris recherchent des solutions alternatives à la désinfction chimique pour lutter contre les nématodes du sol. La biodésinfection semble une technique prometteuse même si elle n’est pas encore tout à fait au point.

Ils sont tout petits, mesurent moins de 1 mm mais sont peut-être les plus graves ennemis des maraîchers. Ils, ce sont des vers microscopiques, les nématodes, et plus spécifiquement les nématodes à galles du genre Meloidogyne, qui s’attaquent à la plupart des légumes avec une certaine prédilection pour les cucurbitacées (melons, concombres.) et les solanacées (tomates, aubergines, poivrons). Responsables de lourdes pertes, les nématodes sont aujourd’hui en recrudescence en France. « L’augmentation concerne toutes les cultures, toutes les régions. C’est vraiment un des problèmes qui monte », confirme François Villeneuve du CTIFL Lanxade.
C’est que son ennemi impitoyable, le bromure de méthyle, désinfectant chimique bien connu des producteurs de fruits et légumes, est dans le collimateur des instances mondiales du fait de son action destructrice sur la couche d’ozone. D’ici quelques années, sauf dérogation toujours possible, le bromure de méthyle risque donc de disparaître du paysage phytosanitaire. « On va se retrouver devant des impasses techniques notamment pour la tomate, le concombre, le poivron, les fraisiers… » Certes d’autres désinfectants comme le dichloropropène, ont une très bonne action nématicide, mais les avantages du bromure de méthyle se situent non seulement au niveau de son action sur les bactéries et les champignons, mais aussi par son action herbicide que n’a pas le dichloropropène.

Tagète, crotalaire, sorgho…

Dans ce contexte, les techniques alternatives et notamment la désinfection biologique des sols, retrouvent un certain intérêt. La biodésinfection des sols est une technique qui vise à incorporer dans la terre de la matière organique et de laisser agir les substances secondaires produites afin de détruire les prédateurs telluriques. A noter que l’action nématicide des plantes se présente sous plusieurs aspects. Certaines, dites plantes non-hôtes, agissent en empêchant le nématode de s’alimenter aux dépens de leurs tissus ; d’autres jouent le rôle de plantes pièges qu’il faut alors détruire avant la fin du cycle des parasites… Mais beaucoup agissent directement, en produisant des substances toxiques pour les nématodes. Concrètement, il s’agit donc de cultiver une plante réputée pour son action nématicide, de la broyer, de l’enfouir, puis de « refermer » le sol par un bâchage ou un simple roulage. C’est ainsi que le radis fourrager ou le choux émettent des aldéhydes et des isothiocyanates dont l’effet fongicide est très marqué. Les essais menés par le CTIFL, l’Airel et par le Grab d’Avignon (Groupe de recherche en agriculture biologique) ont également montré l’efficacité de plantes comme les tagètes (aussi appelées œillet d’inde), les crotalaires, la moutarde ou encore le sorgho.
« En conditions contrôlées, l’efficacité de certaines plantes peut-être équivalente à un nématicide », confirme François Villeneuve. Soulignons toutefois que la technique de biodésinfection est complexe puisqu'un type de plante est le plus souvent efficace contre une seule espèce de nématode. On est bien loin de l’effet des fumigant ! Qui plus est, la technique mérite encore d’être affinée avant d’être diffusées à grande échelle. « Ces nouvelles voies ne vont pas déboucher avant 4-5 ans, il ne faut pas être trop euphorique », tempère François Villeneuve. Il faut également que le producteur accepte de se passer de l’effet biostimulant que l’on observe toujours dans le cadre de la désinfection chimique.

Utiliser des plants résistants

A côté de l’utilisation de plantes fraîches, l’incorporation dans le sol de tourteau, notamment de ricin ou de neem a également permis de baisser les taux d’attaque de nématodes.
« Sur des parcelles de melons infectées à 80 %, on arrive avec l’utilisation de tourteau de neem entre 40 et 60 % dès la première année d’utilisation. On peut espérer atteindre les 10 à 20 %. Ces méthodes biologiques deviendront alors concurrentielles par rapport aux procédés chimiques », explique Cyril Bertrand, directeur du Grab. Les doses épandues doivent être de 4 à 6 t/ha pour être efficaces. Seul problème : aujourd’hui, ces produits ne sont pas homologués en temps que nématicides et sont donc considérés uniquement comme de simples amendements… Le tourteau de ricin est également fortement allergènes, tout comme les tagètes d’ailleurs.
Pour Cyril Bertrand, ces nouvelles techniques ne doivent pas faire oublier la nécessité de varier au maximum les cultures dans les rotations, d’y intercaler des espèces non sensibles aux nématodes de type Meloidogyne comme l’ail ou l’oignon, et d’utiliser, dans la mesure du possible, des plants greffés sur des portes greffes résistants, de type « KNVF » pour la tomate ou l’aubergine.

Sophie Caron