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actualité
Inondations
De la solidarité à
l«année blanche»...
Moins spectaculaires que les destructions urbaines, les ravages
occasionnés aux campagnes sont ruineux pour lagriculture
méridionale. Au-delà dune solidarité
immédiate, ils exigent des réponses structurelles.
Impressionnantes, les images que les actualités télévisuelles
ont donné en direct, de la catastrophe climatique qui a ravagé
le Gard, le Vaucluse et lHérault, villes noyées,
maisons éventrées, routes emportées
Impressionnantes,
mais partielles. Car, après lurgence spectaculaire
du sauvetage, cest lampleur, invisible, du désastre
économique qui se dévoile peu à peu.
Pour lagriculture, le bilan, toujours provisoire un mois après,
sannonce très lourd, et porteur de conséquences
à long terme. « On est partis pour deux ans »,
résume Sébastien Catola, vigneron à Listel,
et président des Jeunes agriculteurs du Gard.
Les « orages cévenols » sont un phénomène
annuel. Mais ils éclatent en général en octobre,
lorsque les vendanges et les cueillettes sont terminées ;
et surtout avec une intensité bien moindre. Cette année,
il est tombé en moins de deux jours, sur lensemble
du Gard, 700 millimètres deau ; plus que la moyenne
nationale annuelle. Aux trombes de pluie a succédé
le débordement des rivières. Dans lHérault
et le Vaucluse, les pluies ont été moins violentes,
et ce sont les crues qui ont provoqué le désastre.
Dans le Gard, 25 000 hectares de vignes ont été ravagés
; la vendange ne devrait pas atteindre la moitié de la récolte
habituelle. De plus, la vinification sera largement compromise :
une vingtaine de caves, coopératives et particulières,
sont hors détat de fonctionner. Une proportion notable
de vignes ne pourra pas être replantée. Dégâts
importants aussi dans les cultures fruitières, les grandes
cultures (1 000 hectares de maïs, 2 000 de tournesol). De plus,
précise Sébastien Catola, il faut ajouter 5 000 hectares
de terres récemment labourées, trop gorgées
deau pour être ensemencées. Sans compter la noyade
de plus de 500 bovins et de plusieurs milliers de moutons et de
chèvres. Et aussi une détérioration importante
du parc de tracteurs et de machines.
Dans lHérault, où, selon la chambre dagriculture,
« le potentiel viticole reste intact », ce sont les
cultures fruitières qui ont été plus durement
touchées ; 600 hectares de vergers ont perdu leur récolte,
et surtout leurs filets paragrêles. Or ces filets, cest
un investissement de 10 à 12 000 euros lhectare. En
Vaucluse, ce sont les cultures maraîchères qui sont
les plus atteintes ; sur 10 000 hectares de tomates, 5 000 ont été
détruits, et la récolte « reste incertaine »
pour 3 à 4 000 hectares. Sinistrées aussi les récoltes
de courgettes, daubergines, de fraises remontantes.
Lélan de solidarité a été immédiat.
Des cars affrêtés par les Jeunes agriculteurs de lAude,
de Saône-et-Loire, des Landes, de Savoie, dAlsace, de
Normandie ont amené dès les premiers jours des centaines
de volontaires. Le problème est maintenant de planifier cet
afflux, bien utile jusquà la fin novembre pour sauver
ce qui peut lêtre des récoltes. Et puis, a dit
Jérôme Despey, le président des Jeunes agriculteurs,
au ministre de lAgriculture Hervé Gaymard, il ne saurait
être question de sen tenir à une simple entraide
paysanne : il faut « faire jouer à plein la solidarité
nationale » pour toutes les catégories sociales et
professionnelles sinistrées. Et, sil y a en effet des
urgences, notamment en matière de trésorerie des exploitations,
cest surtout au niveau des solutions administratives et réglementaires
que les agriculteurs sinquiètent : les annuités
demprunts, les cotisations sociales, les coûts financiers
; plus, maintenant, lavenir des CTE dont les projets contractualisés
ont été réduits à néant. Ce qui
semble indispensable aux producteurs sinistrés, cest,
en matière de charges, une « année blanche ».
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