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SOMMAIRE | N° 576 | Octobre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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actualité

Inondations

De la solidarité à l’«année blanche»...

Moins spectaculaires que les destructions urbaines, les ravages occasionnés aux campagnes sont ruineux pour l’agriculture méridionale. Au-delà d’une solidarité immédiate, ils exigent des réponses structurelles.

Impressionnantes, les images que les actualités télévisuelles ont donné en direct, de la catastrophe climatique qui a ravagé le Gard, le Vaucluse et l’Hérault, villes noyées, maisons éventrées, routes emportées… Impressionnantes, mais partielles. Car, après l’urgence spectaculaire du sauvetage, c’est l’ampleur, invisible, du désastre économique qui se dévoile peu à peu.
Pour l’agriculture, le bilan, toujours provisoire un mois après, s’annonce très lourd, et porteur de conséquences à long terme. « On est partis pour deux ans », résume Sébastien Catola, vigneron à Listel, et président des Jeunes agriculteurs du Gard.
Les « orages cévenols » sont un phénomène annuel. Mais ils éclatent en général en octobre, lorsque les vendanges et les cueillettes sont terminées ; et surtout avec une intensité bien moindre. Cette année, il est tombé en moins de deux jours, sur l’ensemble du Gard, 700 millimètres d’eau ; plus que la moyenne nationale annuelle. Aux trombes de pluie a succédé le débordement des rivières. Dans l’Hérault et le Vaucluse, les pluies ont été moins violentes, et ce sont les crues qui ont provoqué le désastre.
Dans le Gard, 25 000 hectares de vignes ont été ravagés ; la vendange ne devrait pas atteindre la moitié de la récolte habituelle. De plus, la vinification sera largement compromise : une vingtaine de caves, coopératives et particulières, sont hors d’état de fonctionner. Une proportion notable de vignes ne pourra pas être replantée. Dégâts importants aussi dans les cultures fruitières, les grandes cultures (1 000 hectares de maïs, 2 000 de tournesol). De plus, précise Sébastien Catola, il faut ajouter 5 000 hectares de terres récemment labourées, trop gorgées d’eau pour être ensemencées. Sans compter la noyade de plus de 500 bovins et de plusieurs milliers de moutons et de chèvres. Et aussi une détérioration importante du parc de tracteurs et de machines.
Dans l’Hérault, où, selon la chambre d’agriculture, « le potentiel viticole reste intact », ce sont les cultures fruitières qui ont été plus durement touchées ; 600 hectares de vergers ont perdu leur récolte, et surtout leurs filets paragrêles. Or ces filets, c’est un investissement de 10 à 12 000 euros l’hectare. En Vaucluse, ce sont les cultures maraîchères qui sont les plus atteintes ; sur 10 000 hectares de tomates, 5 000 ont été détruits, et la récolte « reste incertaine » pour 3 à 4 000 hectares. Sinistrées aussi les récoltes de courgettes, d’aubergines, de fraises remontantes.
L’élan de solidarité a été immédiat. Des cars affrêtés par les Jeunes agriculteurs de l’Aude, de Saône-et-Loire, des Landes, de Savoie, d’Alsace, de Normandie ont amené dès les premiers jours des centaines de volontaires. Le problème est maintenant de planifier cet afflux, bien utile jusqu’à la fin novembre pour sauver ce qui peut l’être des récoltes. Et puis, a dit Jérôme Despey, le président des Jeunes agriculteurs, au ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, il ne saurait être question de s’en tenir à une simple entraide paysanne : il faut « faire jouer à plein la solidarité nationale » pour toutes les catégories sociales et professionnelles sinistrées. Et, s’il y a en effet des urgences, notamment en matière de trésorerie des exploitations, c’est surtout au niveau des solutions administratives et réglementaires que les agriculteurs s’inquiètent : les annuités d’emprunts, les cotisations sociales, les coûts financiers ; plus, maintenant, l’avenir des CTE dont les projets contractualisés ont été réduits à néant. Ce qui semble indispensable aux producteurs sinistrés, c’est, en matière de charges, une « année blanche ».