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Elevage
Prairies
Fertilisation, les clés
dune bonne gestion
Quand mettre de lengrais sur les surfaces en herbe ? Quels
éléments et quelles quantités apporter ? Autant
de choix déterminants pour une bonne gestion de la fertilisation
des prairies.
Sol, climat, espèces présentes, potentiel de rendement,
passé de fertilisation, état et mode dexploitation
de lherbe : léleveur doit prendre en compte une
multitude de critères pour bien gérer la fertilisation
de ses prairies, cest-à-dire apporter les éléments
nécessaires, sous la forme la mieux adaptée, aux doses
adéquates et au moment optimal. Ainsi, dans lOuest,
pour une prairie constituée uniquement de graminées
bien développées, il est conseillé dapporter
de lengrais minéral (azote et/ou phosphore et/ou potassium)
quelque temps avant la sortie des animaux. En revanche, si la croissance
des graminées est limitée, il vaut mieux, pour favoriser
la reprise de végétation, fertiliser un mois avant
la sortie en pâture. Le type dexploitation de la prairie
influe également sur la période de fertilisation.
Si léleveur pratique la fauche plutôt que le
pâturage, les apports minéraux doivent être plus
précoces : pour faire du foin, lherbe doit avoir une
valeur nutritionnelle élevée, donc disposer de plus
de temps pour assimiler les éléments fertilisants.
« Si une prairie de graminées, en bon état,
est fauchée début mai, il est préférable
dépandre lengrais fin janvier, » précise
Marie-Madeleine Cabaret, de la chambre dagriculture des Côtes-dArmor.
Lincidence du
mode dexploitation
Au nord-est de la France, les prairies ne reçoivent en général
quun seul apport dazote minéral, dont la date
varie aussi selon lutilisation : les prés ensilés
sont fertilisés entre début mars et début avril,
les prés fauchés courant avril, les prés pâturés
avec un chargement de 30 ares/UGB entre fin février et début
mars et les prés pâturés avec un chargement
de 40 ares/UGB courant avril. « Quand le chargement est peu
important, il faut retarder la fertilisation minérale azotée
pour éviter une pousse trop rapide du couvert végétal,
explique Daniel Louazel de la chambre dagriculture des Ardennes.
Les animaux risqueraient dêtre dépassés
par les quantités dherbe disponibles. » Un second
passage dazote minéral est possible, quelle que soit
la vocation de la prairie, mais ce dernier doit être effectué
au plus tard fin mai. En effet, dans les régions considérées,
50 à 60 % de la croissance de lherbe est concentrée
entre le 25 avril et le 20 juin.
Pour ce qui est du potassium et du phosphore, un seul apport est
recommandé dans le nord-est de la France, à la sortie
de lhiver. A cette période, les besoins de lherbe
en éléments minéraux sont maximaux et son système
racinaire est assez développé pour absorber les nutriments.
« Fin février est la période idéale,
si les sols sont suffisamment portants, observe Daniel Louazel.
Sinon, on peut attendre jusque fin mars-
début avril. »
Là encore, la vocation du pré a son importance. Si
ce dernier est ensilé puis fauché, les doses dengrais
minéraux préconisées sont relativement élevées
: 50 unités de P2O5 et 120 unités de K2O. Les recommandations
deviennent plus faibles lorsque le pré est ensilé
puis pâturé ou fait lobjet de deux coupes de
foin : 40 unités de P2O5 et 90 unités de K2O. Et avec
une coupe de foin puis un pâturage, les apports conseillés
savèrent encore plus limités : 20 unités
de P2O5 et 60 unités de K2O. « En cas de pâturage
seul, au printemps, cest le chargement qui pilote les quantités
de phosphore et de potassium à épandre, ajoute Daniel
Louazel. Avec 20 ares/UGB, je préconise 30 unités
de P2O5 et 60 unités de K2O ; lorsque le chargement est abaissé
à 30 ares/UGB, 20 unités de P2O5 et 40 unités
de K2O suffisent. Enfin, en deçà de 30 ares/UGB, la
fertilisation minérale phospho-potassique nest plus
nécessaire. » En Bretagne, les préconisations
en matière de fertilisation phospho-potassique diffèrent
légèrement, mais surtout elles intègrent le
critère « objectif de rendement » (lire le tableau).
Préconisation
dapports en phosphore
et en potassium en Bretagne
Part de pâturage dans la production annuelle de
la prairie
Objectif de rendement
8-10 t de matière sèche
6-8 t de matière sèche
< 6 t de matière sèche |
< 50 %
P2O5 K2O
50 90
30 70
0 40 |
50-75 %
P2O5 K2O
30 70
0 40
0 0 ou 40(1)
|
> 75 %
P2O5 K2O
0 40
0 0 ou 401
0 0 ou 40(1)
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(1) sol filtrant (40 % de sable)
Source : Inra, Institut de lélevage, chambre
dagriculture de Côtes-dArmor
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Les engrais de ferme
trop souvent négligés
Néanmoins, lapport dengrais minéraux
ne se justifie pas toujours. Une étude réalisée
sur trois ans, dans dix départements français aux
caractéristiques très différentes, a mis en
évidence des niveaux de nutrition excédentaires en
phosphore dans 80 % des parcelles et en potassium dans 60 % des
parcelles. « Les élevages exportent peu de phosphore
et de potassium, commente Marie-Madeleine Cabaret. Les restitutions
aux surfaces en herbe par lépandage des engrais de
ferme et les déjections au pré compensent à
peu près les sorties en lait et en viande pendant la période
de pâturage. »
Ainsi, les apports dengrais minéraux peuvent, dans
bien des situations, être réduits, voire même
supprimés. Limpasse de fertilisation minérale
est entre autres possible pour les parcelles, conduites de manière
extensive, dans lesquelles léleveur épand 20
t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier de bovins tous les deux ans.
« Les engrais de ferme sont riches en éléments
fertilisants, fait remarquer Daniel Louazel. Une tonne de fumier
contient 4,5 à 5 unités dazote, 2,5 à
3 unités de P2O5, 6 à 7 unités de K2O et une
quantité non négligeable doligo-éléments.
Par ailleurs, les animaux restituent, aux pâtures, 60 % du
phosphore ingéré et 90 % du potassium. » Toutefois,
la composition des déjections fluctue de manière importante
en fonction de lalimentation, du mode de logement, des quantités
de paille et deau distribuées. Pour bien gérer
la fertilisation de ses surfaces en herbe, léleveur
doit donc adapter sa stratégie en fonction dun grand
nombre de paramètres, type dutilisation et potentiel
de rendement de la prairie notamment. Et pour évaluer lefficience
de son raisonnement et le modifier si nécessaire, il ne doit
pas hésiter à pratiquer, tous les 2-3 ans, des analyses
foliaires d'herbe.
Céline Tailleferre
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