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SOMMAIRE | N° 575 | Septembre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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La période et les doses optimales de fertilisation dépendent de l’utilisation ultérieure des prairies.

 







 

 

 

 

 

 

 


Le point de vue du jeune agriculteur : Pas d'engrais minéral sur les prairies naturelles


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Une tonne de fumier contient 4,5 à 5 unités d’azote, 2,5 à 3 unités de P2O5, 6 à 7 unités de K2O et une quantité non négligeable d’oligo-éléments.

 



Elevage

Prairies

Fertilisation, les clés d’une bonne gestion

Quand mettre de l’engrais sur les surfaces en herbe ? Quels éléments et quelles quantités apporter ? Autant de choix déterminants pour une bonne gestion de la fertilisation des prairies.

Sol, climat, espèces présentes, potentiel de rendement, passé de fertilisation, état et mode d’exploitation de l’herbe : l’éleveur doit prendre en compte une multitude de critères pour bien gérer la fertilisation de ses prairies, c’est-à-dire apporter les éléments nécessaires, sous la forme la mieux adaptée, aux doses adéquates et au moment optimal. Ainsi, dans l’Ouest, pour une prairie constituée uniquement de graminées bien développées, il est conseillé d’apporter de l’engrais minéral (azote et/ou phosphore et/ou potassium) quelque temps avant la sortie des animaux. En revanche, si la croissance des graminées est limitée, il vaut mieux, pour favoriser la reprise de végétation, fertiliser un mois avant la sortie en pâture. Le type d’exploitation de la prairie influe également sur la période de fertilisation. Si l’éleveur pratique la fauche plutôt que le pâturage, les apports minéraux doivent être plus précoces : pour faire du foin, l’herbe doit avoir une valeur nutritionnelle élevée, donc disposer de plus de temps pour assimiler les éléments fertilisants. « Si une prairie de graminées, en bon état, est fauchée début mai, il est préférable d’épandre l’engrais fin janvier, » précise Marie-Madeleine Cabaret, de la chambre d’agriculture des Côtes-d’Armor.

L’incidence du mode d’exploitation

Au nord-est de la France, les prairies ne reçoivent en général qu’un seul apport d’azote minéral, dont la date varie aussi selon l’utilisation : les prés ensilés sont fertilisés entre début mars et début avril, les prés fauchés courant avril, les prés pâturés avec un chargement de 30 ares/UGB entre fin février et début mars et les prés pâturés avec un chargement de 40 ares/UGB courant avril. « Quand le chargement est peu important, il faut retarder la fertilisation minérale azotée pour éviter une pousse trop rapide du couvert végétal, explique Daniel Louazel de la chambre d’agriculture des Ardennes. Les animaux risqueraient d’être dépassés par les quantités d’herbe disponibles. » Un second passage d’azote minéral est possible, quelle que soit la vocation de la prairie, mais ce dernier doit être effectué au plus tard fin mai. En effet, dans les régions considérées, 50 à 60 % de la croissance de l’herbe est concentrée entre le 25 avril et le 20 juin.
Pour ce qui est du potassium et du phosphore, un seul apport est recommandé dans le nord-est de la France, à la sortie de l’hiver. A cette période, les besoins de l’herbe en éléments minéraux sont maximaux et son système racinaire est assez développé pour absorber les nutriments. « Fin février est la période idéale, si les sols sont suffisamment portants, observe Daniel Louazel. Sinon, on peut attendre jusque fin mars-
début avril. »
Là encore, la vocation du pré a son importance. Si ce dernier est ensilé puis fauché, les doses d’engrais minéraux préconisées sont relativement élevées : 50 unités de P2O5 et 120 unités de K2O. Les recommandations deviennent plus faibles lorsque le pré est ensilé puis pâturé ou fait l’objet de deux coupes de foin : 40 unités de P2O5 et 90 unités de K2O. Et avec une coupe de foin puis un pâturage, les apports conseillés s’avèrent encore plus limités : 20 unités de P2O5 et 60 unités de K2O. « En cas de pâturage seul, au printemps, c’est le chargement qui pilote les quantités de phosphore et de potassium à épandre, ajoute Daniel Louazel. Avec 20 ares/UGB, je préconise 30 unités de P2O5 et 60 unités de K2O ; lorsque le chargement est abaissé à 30 ares/UGB, 20 unités de P2O5 et 40 unités de K2O suffisent. Enfin, en deçà de 30 ares/UGB, la fertilisation minérale phospho-potassique n’est plus nécessaire. » En Bretagne, les préconisations en matière de fertilisation phospho-potassique diffèrent légèrement, mais surtout elles intègrent le critère « objectif de rendement » (lire le tableau).

Préconisation d’apports en phosphore
et en potassium en Bretagne

Part de pâturage dans la production annuelle de la prairie



Objectif de rendement
8-10 t de matière sèche
6-8 t de matière sèche
< 6 t de matière sèche
< 50 %

P2O5   K2O
50      90
30      70
  0      40

50-75 %

P2O5   K2O
30      70
  0      40
  0      0 ou 40(1)

> 75 %

P2O5   K2O
  0      40
  0      0 ou 401
  0      0 ou 40(1)

(1) sol filtrant (40 % de sable)
Source : Inra, Institut de l’élevage, chambre d’agriculture de Côtes-d’Armor

 

Les engrais de ferme trop souvent négligés

Néanmoins, l’apport d’engrais minéraux ne se justifie pas toujours. Une étude réalisée sur trois ans, dans dix départements français aux caractéristiques très différentes, a mis en évidence des niveaux de nutrition excédentaires en phosphore dans 80 % des parcelles et en potassium dans 60 % des parcelles. « Les élevages exportent peu de phosphore et de potassium, commente Marie-Madeleine Cabaret. Les restitutions aux surfaces en herbe par l’épandage des engrais de ferme et les déjections au pré compensent à peu près les sorties en lait et en viande pendant la période de pâturage. »
Ainsi, les apports d’engrais minéraux peuvent, dans bien des situations, être réduits, voire même supprimés. L’impasse de fertilisation minérale est entre autres possible pour les parcelles, conduites de manière extensive, dans lesquelles l’éleveur épand 20 t/ha de fumier ou 30 m3/ha de lisier de bovins tous les deux ans. « Les engrais de ferme sont riches en éléments fertilisants, fait remarquer Daniel Louazel. Une tonne de fumier contient 4,5 à 5 unités d’azote, 2,5 à 3 unités de P2O5, 6 à 7 unités de K2O et une quantité non négligeable d’oligo-éléments. Par ailleurs, les animaux restituent, aux pâtures, 60 % du phosphore ingéré et 90 % du potassium. » Toutefois, la composition des déjections fluctue de manière importante en fonction de l’alimentation, du mode de logement, des quantités de paille et d’eau distribuées. Pour bien gérer la fertilisation de ses surfaces en herbe, l’éleveur doit donc adapter sa stratégie en fonction d’un grand nombre de paramètres, type d’utilisation et potentiel de rendement de la prairie notamment. Et pour évaluer l’efficience de son raisonnement et le modifier si nécessaire, il ne doit pas hésiter à pratiquer, tous les 2-3 ans, des analyses foliaires d'herbe.

Céline Tailleferre