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SOMMAIRE | N° 575 | Septembre 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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« La viticulture est une production comme les autres. On peut être du Sud, viticulteur, et défendre les intérêts de tous les agriculteurs. »

 



vie syndicale

Entretien avec le président

Jérôme Despey : «Notre valeur ajoutée est spoliée par les grandes surfaces»

Jérôme Despey donne les priorités de son mandat : mieux faire passer les messages vers l’extérieur, préserver l'avenir de la Pac, concrétiser sur le terrain le renouvellement des générations et – c’est l’actualité – régler enfin le problème posé par les grandes surfaces.

 

Qu'est-ce qui vous a le plus étonné depuis votre élection au poste de président des Jeunes agriculteurs ?


Je suis arrivé dans une période où nous étions en plein débat sur la proposition du commissaire Fischler pour la révision de la Pac à mi-parcours. Il a fallu aller au feu d'emblée. J'ai été largement étonné de l'angle d'attaque du commissaire Fischler de fustiger l'agriculture française et ses paysans en prenant comme argument l’environnement, la qualité ou le bien-être animal. J’ai trouvé ça profondément choquant et gonflé de sa part. Et ce qui a suivi : les médias nous ont traités de productivistes, ont dit que nous n’avions pas fait les efforts nécessaires. Cela m’a surpris : je croyais que nous avions fait un grand pas dans la communication et que nous avions ancré certains messages dans l’opinion publique et les esprits. Or, c’est tout le contraire. Rien n’est acquis, et à la première occasion, les vieux clichés réapparaissent. Ça m’a choqué…

Cela signifie-t-il que cette communication envers les médias devient une priorité du mandat ?

Il est clair qu’une de nos priorités est de lier des partenariats avec des associations de consommateurs, d’autres associations, ou les médias. Sur ce mandat-là, nous devons faire ce travail. Nos messages sont désormais connus : préférence communautaire, maîtrise de la production, valorisation de la qualité… Il faut continuer à les porter dans le giron agricole, mais aller au-delà, sur la scène internationale, mais aussi avec d’autres styles d’actions, avec ces partenariats cités plus hauts. Ces associations de consommateurs ou ces médias, il faut qu’ils viennent sur nos exploitations : les clichés trop faciles, qui ne sont pas une généralisation de l’agriculture, ne résisteront pas à l’épreuve du terrain.

Et pourtant, l’équipe précédente a déjà fait du bon travail...

Bien sûr, nous avons nos acquis ! Le travail de fond a été fait. Le mémorandum sur la Pac, nos positionnements… C’est une excellente base. Mais aujourd’hui, le constat est là, nos participations avec Terre Attitude ou au Salon de l’agriculture ne sont plus suffisantes. Dans les mois qui viennent, nous avons la finale du concours de labour, le projet « acteurs de nos montagnes », le congrès mondial : nous devons parvenir à l’aboutissement de tous les partenariats pour faire entendre notre voix. Ce serait mieux si, à l’arrivée, les associations de consommateurs pouvaient parler en bien de l’agriculture et des paysans. Qu’elles soient convaincues ! Mais nous sommes très loin, aujourd’hui, de ce résultat.

Parlons de l’installation. Où en est le chantier du renouvellement des générations ?

Nous avons un objectif, dès ce deuxième semestre 2002 : aboutir à des projets précis. La voie est tracée. Une foule d’idées ont été émises, désormais il faut concrétiser, c’est-à-dire d’abord définir ce qui est immédiatement réalisable, et le faire. Reprenons nos quatre axes. Pour la promotion du métier, de nombreuses propositions – Ndlr : créer une chaîne du vivant, faire un trivial pursuit… – ont été lancées, nous devons maintenant établir une liste de celles que nous allons concrétiser. Le parcours à l’installation doit être toiletté, sans remettre en cause l’aspect économique. La politique de transmission est fiscalement complexe ; là encore, il s’agit de la rendre lisible, compréhensible et plus incitative. Enfin, les partenariats. Nous pouvons tracer un sillon national, mais je souhaite que l’initiative locale prenne toute sa valeur.

Retour sur la Pac. Quelle action mener à présent ?

Nous allons continuer à défendre largement nos positions, en rejetant la proposition Fischler. Nous le disions au congrès, nous voulons vivre du prix de nos produits, en maintenant la production dans une adéquation entre l’offre et la demande à l’intérieur de grands ensembles régionaux protégés. Fondons-nous sur le mémorandum pour nos arguments actuels, tout en sachant qu’il faudra réfléchir à l’après 2006, après élargissement, quand on sait qu’on ne va pas avoir des budgets extensibles au niveau de l’Union européenne alors que nous serons plus nombreux à nous partager ces budgets…

Une question d’actualité pour finir : comment faire entendre raison aux grandes surfaces ?

Ce sera la rentrée syndicale. Au-delà du contexte international, il existe un vrai problème en France avec les grandes surfaces par rapport aux marges et aux pratiques commerciales en général. Il faut un véritable encadrement des marges dans ce pays. Il y en a assez de se faire spolier notre valeur ajoutée par les grandes surfaces. On en a ras-le-bol que les grandes surfaces ne marchent que par la pression. Il s’agit là d’un vrai débat que nous voulons voir trancher par les pouvoirs publics. Au niveau des Jeunes agriculteurs, nous allons surveiller de très près les agissements des centrales d’achat. Dans le prix le plus bas, on sait très bien qu’il y en a qui s’en mettent plein les poches. Nous ne pouvons laisser faire...