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MAGAZINE
DÉCOUVERTE
Le musée dEl toro
Le premier musée taurin français a vu le jour
cette année à Nîmes.
En quelques passes, visites guidées.
ANîmes (Gard), le 9 mai, a été inauguré
le musée des cultures taurines. Sa naissance correspond au
cinquantenaire de la feria* qui a lieu chaque année au moment
de la Pentecôte. A cette occasion, spectacles taurins (courses
camarguaises et corridas), défilés folkloriques, danses
se succèdent, accompagnés par de nombreux orchestres
et bodegas (bars) essaimés dans les différents quartiers
de la ville, où règne une ambiance de fête et
de liesse.
Cette fois-ci, en plus des traditionnelles festivités, le
public a découvert le tout nouveau musée des cultures
taurines qui a vu le jour, grâce à la volonté
de lassociation des amis du musée taurin et dautres
passionnés de tauromachie*.
Unique en son genre, ce premier musée taurin français
est installé près des arènes de Nîmes,
magnifique vestige de larchitecture romaine. Labellisé
par la direction des musées de France, il se veut le lieu
de mémoire des différents modes dexpression
de la tauromachie qui faisait défaut à la Camargue,
pourtant imprégnée depuis des siècles par cet
animal mythique quest le taureau.
Probable descendant du grand taureau sauvage ou auroch de la Préhistoire,
symbole de force, dadmiration et de vénération
pendant des millénaires, le taureau Camargue et le taureau
espagnol Brave qui peuplent la Camargue depuis des siècles,
seraient originaires de Crète. Après avoir atteint
la Toscane en Italie, ils se sont dispersés sur tout le pourtour
méditerranéen, de la Camargue à lAndalousie
sur des terres sauvages ou des marais non peuplés, et sy
sont installés.
Les élevages d'une passion
Aujourdhui, en Camargue, 90 % du territoire sont réservés
aux taureaux. 130 élevages ou manades y vivent. La plupart
(une centaine) ont opté pour des taureaux Camargue à
corne en forme de lyre (11 000 têtes) qui sont dabord
élevés pour leur viande qui bénéficie
d'une AOC depuis 1996. Certains sont aussi destinés aux courses
camarguaises* qui se déroulent chaque lété
pendant les fêtes votives* des villages du Gard, de lHérault
et des Bouches-du-Rhône. Les autres sont des élevages
de taureaux espagnols, 5 000 têtes (à cornes cintrées
vers lavant).
5 % d'entre eux iront affronter les toreros dans les corridas, autre
grand jeu taurin, passager incontournable des ferias, comme Nîmes,
Béziers ou Arles pour les principales, qui attirent de nombreux
aficionados (amateurs de courses de taureau).
Si le musée a pu être ouvert, cest d'abord par
le rachat dun fond du Musée andalou, mais surtout grâce
à des prêts ou des dons divers de collectionneurs.
Parmi ceux-là, de nombreuses uvres de Claude Viallat,
peintre fou de tauromachie ou dautres aficionados comme André
Castel, ethnologue, qui a vendu sa collection de photos, sculptures,
peintures à la ville il y a presque cinquante ans.
Dans les dédales du musée, on tombe nez à nez
avec des animaux naturalisés comme Vovo ou Goya, célèbres
taureaux Camargue qui ont déchaîné les foules
pendant les courses camarguaises. On peut aussi y admirer des iconographies
rares, des affiches anciennes, gravures et peintures magnifiques
de toutes les époques sur tous les jeux taurins. On y trouve
même quelques céramiques originales de Picasso. Des
trésors qui appartiennent à la culture médierranéenne,
de lAndalousie à la Camargue.
Un étage du musée est consacrée à la
feria de Nîmes, dont la corrida est indissociale. Y sont exposés
les « habits de lumière » des plus grands
toreros et pour se mettre dans lambiance, on peut revoir les
images des corridas les plus prestigieuses. On sy croirait.
Pourtant « ce nest quen 2005, après des
travaux importants, que le musée, qui comptera alors trois
étages, pourra faire admirer toutes les merveilles quil
possède », ajoute Patrick Siméon, régisseur
du musée, ancien razeteur* et bien sûr passionné
de tauromachie.
Annie dennequin
Le musée des cultures taurines est ouvert
tous les jours, sauf le lundi, de 10 h à 18 h et de 10 h
à 22 h pendant la feria.
*Feria : fête célébrée dans de nombreuses
villes dEspagne et dans certaines du sud de la France, qui
implique obligatoirement des jeux taurins.
*Tauromachie : ensemble des jeux taurins.
*Course camarguaise : course libre, course à la cocarde reconnue
comme spectacle sportif depuis 1975.
*Fête votive : fête qui se déroule dans lesvillages
du sud (Gard, Hérault, Bouches-du Rhône) durant lété
et qui implique obligatoirement la présence de manifestations
taurines.
*Razeteur : celui qui pratique lart du razet, mouvement qui
consiste à sapprocher aussi près que possible
du taureau pour lui enlever ses attributs, la cocarde (courses camarguaises).
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