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ARCHIMEDE
Leur vie ne tient quà
un fil...
Les araignées sont les animaux qui ont porté à
son apogée lart du tissage. Elles sont capables de
produire une grande diversité de fils dont elles font usage
à chaque étape de leur vie.
TLa légende veut quArachné ait été
une jeune grecque célèbre pour son habileté
à tisser. Défiée par la déesse Athéna
à un duel dans cet art délicat, la mortelle battit
sa rivale
à plate couture. Rancunière et mauvaise
perdante, Athéna transforma Arachné en araignée,
afin quelle tisse jusquà la nuit des temps. Ce
mythe souligne très justement la principale caractéristique
des araignées : elles ont élevé le tissage
à un niveau jamais atteint dans le règne animal.
Laspect le plus connu en est bien sûr lart du
piège. Une toile moyenne dargiope (les araignées
des champs les plus communes en France) nécessite 20 mètres
de fil pour sa fabrication. Or la tisserande la recommence tous
les matins, ce qui nest pas un mince effort pour un animal
qui pèse rarement plus dun demi-gramme. Il est vrai
quelle commence généralement par manger la vieille
toile, de façon à en recycler les protéines
En outre, dans une toile, tous les fils ne sont pas équivalents.
Il y a les fils de cadre, épais et rigides, qui donnent sa
structure à lensemble. Puis il y a le fil collant de
la spirale, si souple quil peut sallonger dun
tiers sans se rompre, de façon à amortir les tractions
de la proie qui se débat. Et dune résistance
comparable à celle de lacier, à diamètre
égal. Enfin au centre se trouve une petite zone de fil non-collant
sur lequel la chasseresse sembusque.
Cest que les organes de tissage de laraignée
lui permettent de produire une grande diversité de soies.
Laraignée possède en effet en moyenne six petits
cônes situés vers la fin de son abdomen doù
sortent autant de fils. Mais chacun de ces cônes contient
lui-même plusieurs centaines de petits métiers à
tisser biologiques (les fusules) reliés à des glandes,
dont chacun produit une fibrille. Il existe neuf sortes de fusules,
chacune spécialisée dans un cocktail différent
des protéines et des sucres qui constituent la soie. Au final,
chacun des six cônes de laraignée produit un
fil dont lépaisseur est denviron 50 microns (le
micron est un millième de millimètre), mais ce fil
est fait de centaines de fibrilles entremêlées dont
aucune ne dépasse 0,05 microns dépaisseur !
La technique du parapente
Grâce à ces prodigieux « fuseaux », laraignée
a dans sa besace un fil différent pour chacune des étapes
de sa vie. Ainsi les ufs sont généralement déposés
dans un cocon protecteur, tissé par la mère avec habileté,
sinon avec amour. Ce cocon, soigneusement dissimulé sous
une feuille, une pierre ou sous lécorce dune
souche, peut atteindre une grande complexité : fil étanche
à lextérieur, protecteur au centre, avec une
petite capsule particulièrement douillette au contact des
ufs
Laraignée tisse ensuite souvent une
toile spéciale dite « pouponnière », destinée
uniquement à héberger sa progéniture pendant
quelle grandit. Une fois leur croissance achevée, les
jeunes se dispersent généralement par la technique
du parapente : ils montent sur une plante aussi haut que possible,
puis émettent un très long fil qui finit par offrir
prise au vent et les emmener vers de nouveaux horizons.
Enfin, les araignées ont précédé le
Petit Poucet de plusieurs millions dannées. Dotées
dune vue déplorable, elles émettent un fil lorsquelles
se déplacent au sol, de façon à être
sûres de retrouver leur chemin. Et elles y ont ajouté
un raffinement auquel navait pas pensé Charles Perrault
: les femelles imprègnent cette trace dun affriolant
parfum, grâce auquel tout mâle en quête daventure
sait quil a une ravissante congénère
au
bout du fil.
Yves Sciama
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