LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 574 | Juillet/Août 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Pas moins de 20 m de fil sont nécessaires à l'araignée pour tisser sa toile.



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Leur vie ne tient qu’à un fil...

Les araignées sont les animaux qui ont porté à son apogée l’art du tissage. Elles sont capables de produire une grande diversité de fils dont elles font usage à chaque étape de leur vie.

TLa légende veut qu’Arachné ait été une jeune grecque célèbre pour son habileté à tisser. Défiée par la déesse Athéna à un duel dans cet art délicat, la mortelle battit sa rivale… à plate couture. Rancunière et mauvaise perdante, Athéna transforma Arachné en araignée, afin qu’elle tisse jusqu’à la nuit des temps. Ce mythe souligne très justement la principale caractéristique des araignées : elles ont élevé le tissage à un niveau jamais atteint dans le règne animal.
L’aspect le plus connu en est bien sûr l’art du piège. Une toile moyenne d’argiope (les araignées des champs les plus communes en France) nécessite 20 mètres de fil pour sa fabrication. Or la tisserande la recommence tous les matins, ce qui n’est pas un mince effort pour un animal qui pèse rarement plus d’un demi-gramme. Il est vrai qu’elle commence généralement par manger la vieille toile, de façon à en recycler les protéines…
En outre, dans une toile, tous les fils ne sont pas équivalents. Il y a les fils de cadre, épais et rigides, qui donnent sa structure à l’ensemble. Puis il y a le fil collant de la spirale, si souple qu’il peut s’allonger d’un tiers sans se rompre, de façon à amortir les tractions de la proie qui se débat. Et d’une résistance comparable à celle de l’acier, à diamètre égal. Enfin au centre se trouve une petite zone de fil non-collant sur lequel la chasseresse s’embusque.
C’est que les organes de tissage de l’araignée lui permettent de produire une grande diversité de soies. L’araignée possède en effet en moyenne six petits cônes situés vers la fin de son abdomen d’où sortent autant de fils. Mais chacun de ces cônes contient lui-même plusieurs centaines de petits métiers à tisser biologiques (les fusules) reliés à des glandes, dont chacun produit une fibrille. Il existe neuf sortes de fusules, chacune spécialisée dans un cocktail différent des protéines et des sucres qui constituent la soie. Au final, chacun des six cônes de l’araignée produit un fil dont l’épaisseur est d’environ 50 microns (le micron est un millième de millimètre), mais ce fil est fait de centaines de fibrilles entremêlées dont aucune ne dépasse 0,05 microns d’épaisseur !

La technique du parapente

Grâce à ces prodigieux « fuseaux », l’araignée a dans sa besace un fil différent pour chacune des étapes de sa vie. Ainsi les œufs sont généralement déposés dans un cocon protecteur, tissé par la mère avec habileté, sinon avec amour. Ce cocon, soigneusement dissimulé sous une feuille, une pierre ou sous l’écorce d’une souche, peut atteindre une grande complexité : fil étanche à l’extérieur, protecteur au centre, avec une petite capsule particulièrement douillette au contact des œufs… L’araignée tisse ensuite souvent une toile spéciale dite « pouponnière », destinée uniquement à héberger sa progéniture pendant qu’elle grandit. Une fois leur croissance achevée, les jeunes se dispersent généralement par la technique du parapente : ils montent sur une plante aussi haut que possible, puis émettent un très long fil qui finit par offrir prise au vent et les emmener vers de nouveaux horizons.
Enfin, les araignées ont précédé le Petit Poucet de plusieurs millions d’années. Dotées d’une vue déplorable, elles émettent un fil lorsqu’elles se déplacent au sol, de façon à être sûres de retrouver leur chemin. Et elles y ont ajouté un raffinement auquel n’avait pas pensé Charles Perrault : les femelles imprègnent cette trace d’un affriolant parfum, grâce auquel tout mâle en quête d’aventure sait qu’il a une ravissante congénère… au bout du fil.

Yves Sciama