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Elevage
porcs
Traitement du lisier :
une multitude de techniques
Compostage, traitement biologique, physique, chimique ou physico-chimique
: choisir une unité pour traiter son lisier nest pas
simple, tant la diversité des procédés existants
et des besoins est grande. Principaux critères de décision.
LDepuis la signature de la circulaire Voynet-Le Pensec (21 janvier
1998), traiter le lisier est devenu une obligation pour toutes les
exploitations situées en zone dexcédent structurel
(Zes, cantons où la production dazote de lensemble
du cheptel est supérieure à 170 kg/ha/an) et produisant,
selon les cantons, plus de 15 000 à 20 000 unités
dazote par an. Elles doivent donc choisir une station de traitement,
choix difficile compte tenu du nombre de procédés
(biologique, physique, chimique) disponibles en traitement unique
ou combiné. Ces multiples possibilités permettent
cependant de répondre à la diversité des situations
rencontrées sur le terrain.
Si lon trouve des unités de traitement du lisier un
peu partout en France, cest bien sûr en Bretagne, où
les excédents dazote sont les plus importants, quelles
sont les plus nombreuses. « 132 stations étaient en
service en mai 2002 sur la totalité de la
région, la plupart dans les Côtes- dArmor »,
précise Pascal Levasseur de lInstitut technique du
porc (ITP). Le traitement biologique domine largement puisquil
représente 78 % des systèmes installés contre
17 % pour le compostage et 5 % pour les procédés divers
(physiques, chimiques ou physico-chimiques) qui, du reste, demeurent
en majorité des pilotes. « Le principe du traitement
biologique par boue activée est connu depuis longtemps, explique
Pascal Levasseur. Il a la réputation dêtre efficace
pour traiter lazote, fiable dans le temps et peu gourmand
en frais de fonctionnement et en main-duvre. »
A chaque technique,
son fonctionnement
Côté fonctionnement, le traitement biologique repose
sur des réactions de nitrification/dénitrification
de lazote du lisier. Après brassage en fosse, le lisier
est acheminé vers le réacteur biologique où
il subit des séquences daération et danoxie.
« Le mode doxygénation varie selon les constructeurs,
complète Pascal Levasseur. Par exemple, ValEpure propose
une turbine lente de surface, Bio Armor Environnement une turbine
lente immergée, Dénitral un diffuseur fines bulles.
»
Laération du lisier favorise la multiplication de bactéries,
qui transforment lazote ammoniacal en nitrites puis en nitrates
(phase de nitrification). Elle est suivie dune séquence
danoxie : des bactéries anaérobies réutilisent
les différentes formes dazote oxydé pour produire
du diazote non toxique (N2, azote sous forme gazeuse), de leau
et du dioxyde de carbone (phase de dénitrification). «
Après un temps de séjour moyen de 40 à 60 jours,
le lisier est transféré vers un décanteur,
poursuit Pascal Levasseur. On obtient un surnageant épuré,
destiné à lirrigation fertilisante des parcelles,
et des boues constituées de 5 à 7 % de matière
sèche (MS) et riches en éléments fertilisants,
notamment en phosphore. Ces dernières sont stockées
en fosse, puis épandues à la tonne à lisier.
»
Pour le compostage, le principe de fonctionnement est simple : il
suffit dincorporer, sous abris, le lisier à de la paille
et de retourner le tas régulièrement pour laérer
et favoriser sa fermentation. « La méthode Guernevez,
reprise par la société APV compost, consiste à
mélanger 15 m3 de lisier avec 1 t de paille, note Pascal
Levasseur. Le lisier est apporté en trois fois : 8 m3, puis
4 m3 deux semaines après et 3 m3 encore deux semaines plus
tard. En deux mois, léleveur obtient 3 t de compost
à 30 % de MS, constitué de 0,8 % dazote et d1,5
% de P2O5, qui peut être immédiatement épandu
ou exporté. »
Cest incontestablement pour les traitements physico-chimiques
que la diversité des techniques est la plus grande. Sans
être exhaustif, on peut citer le procédé Ecoliz,
qui après désodorisation, coagulation et floculation
du lisier, lui fait subir une
séparation de phases qui conduit à la formation de
galettes sèches, facilement stockables et exportables, composées
de 90 % du phosphore et de 60 % de lazote du lisier initial.
Le procédé MAE, qui correspond à une déshydratation
totale du lisier par chauffage produisant de leau déminéralisée
et hygiénisée et des granulés à 85 %
de MS, contient lensemble des éléments fertilisants...
Le problème du
phosphore
Côté efficacité, le traitement biologique élimine
70 à 75 % de lazote du lisier, ce pourcentage chutant
à 50 % pour compostage. Le dispositif de traitement physico-chimique
Smélox réduit la charge en azote de 50 à 90
%, Ecoliz de 80 % et MAE de 100 %. Un problème demeure :
pour les procédés destructifs de lazote (compostage,
traitement biologique, Smélox
), les co-produits solides
sont généralement très concentrés en
phosphore proportionnellement à leur teneur en azote. Or,
cet élément peut être source de pollution sil
est excédentaire sur le plan dépandage. Dans
ce cas, une exportation est à envisager. « En revanche,
avec le traitement biologique, les résidus sont liquides
et leur transport se révèle excessivement cher, observe
Pascal Levasseur. Les éleveurs sont alors obligés
dinvestir dans un système de séparation de phases
pour filtrer, mécaniquement, le lisier avant traitement.
La filtration aboutit à un co-produit solide, partiellement
déhydraté, à forte teneur en P2O5. »
Au niveau investissements, le traitement biologique coûte
de 120 000 à plus de 500 000 e selon le volume traité,
la technicité mise en uvre et la récupération
douvrage existant. Les exploitations situées en Zes
peuvent cependant bénéficier de subventions jusquà
60 % des investissements. De plus, en vue des nouvelles réglementations
sur le phosphore, la plupart des installations actuellement mises
en place possèdent un poste de séparation de phase,
dont le coût oscille entre 75 000 et 120 000 e. Et pour le
dispositif dirrigation (pompe, canalisations, enrouleur, canon)
il faudra encore compter 15 000 à 30 000 e supplémentaires.
« Le fonctionnement des procédés biologiques
coûte environ 3 euros/m3 de lisier, poursuit Pascal Levasseur.
Il sagit essentiellement de lélectricité,
de la maintenance et de la main-duvre. »
Le traitement biologique occupe léleveur 20 à
40 minutes par jour pour surveiller la station. La charge de travail
apparaît supérieure pour le compostage, bien que des
efforts de mécanisation et dautomatisation aient été
réalisés. Enfin, dans le cas des procédés
physico-chimiques, le recul est insuffisant pour pouvoir donner
des coûts et des temps de travaux suffisamment précis.
Ainsi, face à la grande diversité des procédés
de traitement du lisier, il importe, avant de se décider,
de formaliser précisément ses propres besoins et de
bien se documenter pour connaître le fonctionnement ainsi
que les avantages et inconvénients de chaque équipement.
Céline Tailleferre
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