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SOMMAIRE | N° 574 | Juillet/Août 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Les dégâts de la nouvelle monilia peuvent être considérables sur les fruits à noyau. La pourriture est totale en 3 à 4 jours.


Par temps chaud et sec, les fruits se dessèchent en « momies », qui sont des sources de contaminsaion et doivent être retirées de la parcelle.

 


Le point de vue du jeune agriculteur
« Je crains que la Monilia n’apparaisse à nouveau
après de grosses pluies »



Cultures spécialisées

Arboriculture

Moniliose sur fruits à noyau :
une nouvelle souche

Une nouvelle souche de moniliose est apparue dans les vergers de fruits à noyau en vallée du Rhône. Elle est résistante à certains produits phytosanitaires et classée maladie de quarantaine. L’urgence est aux mesures prophylactiques.

«Les dégâts sur fruits à noyau peuvent être considérables. Sur fleurs aussi, les attaques peuvent ravager une bonne partie de la production. Aujourd'hui, les monilioses constituent l’un des plus importants problèmes phytosanitaires en arboriculture fruitière. Jusqu’à présent en France et en Europe, seules deux espèces, monilia laxa et monilia fructigena, étaient signalées. Or, depuis août 2001, une troisième souche de champignon, monilia fructicola, a été détectée dans le Gard sur pêchers. Les investigations en cours (réalisées par le laboratoire national du Service de la Protection des Végétaux à Nancy) montrent qu'elle est déjà bien implantée et que la zone contaminée s’étend à tout le bassin fruitier de la vallée du Rhône. Cette espèce sévit sur d'autres continents et provoque des dégâts importants sur arbres à noyau (pêcher, abricotier, prunier, cerisier et amandier) et à pépins. En France, elle n'a pas encore été observée sur arbre à pépins (pommiers, poiriers, cognassiers). Monilia fructicola est classée comme organisme de quarantaine absent de l'Union européenne.
« Il est urgent d'identifier cette nouvelle moniliose pour mieux connaître son implantation et appliquer des stratégies de lutte adaptées », prévient Jean Lichou, responsable du programme protection raisonnée arbres à noyau au CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes). L'identification visuelle est quasiment impossible, le recours aux tests de laboratoire est donc nécessaire.

Des symptômes caractéristiques mais une distinction difficile

A la floraison, monilia laxa et monilia fructicola présentent les mêmes symptômes sur fruits, une masse irrégulière de « coussinets » gris. En revanche, Monilia fructigena arbore uniquement sur fruits, des « coussinets » sporifères plus gros et plus dispersés, souvent en cercles concentriques, de couleur plus claire, beige fauve. Les différentes espèces peuvent être présentes sur le même fruit simultanément.
En hiver, les monilia se conservent au niveau de micro-chancres sur les arbres, de pédoncules de fruits infectés et sur les momies (fruits moniliés desséchés) restées sur les arbres ou tombées au sol. Dès que les conditions redeviennent favorables, le champignon émet de nombreuses conidies (spores de fructification), qui dispersées par le vent et la pluie, contaminent les fruits.
À la floraison, le champignon envahit les fleurs, qui brunissent, se flétrissent et se dessèchent brusquement. Après la destruction des bouquets floraux, le mycélium progresse vers les jeunes rameaux qui se dessèchent aussi ; il se forme des petits chancres souvent accompagnés d’écoulements gommeux.
Les jeunes fruits verts sont rarement attaqués par monilia. Après véraison, les fruits atteignent un état physiologique plus favorable à l’infection et à une évolution rapide. Les piqûres d’insectes, blessures et microfissures favorisent la pénétration du champignon. On voit alors apparaître des zones brunes arrondies qui s'étendent jusqu'à envahir le fruit entier. Cette pourriture peut être totale en 3 ou 4 jours si les conditions climatiques sont favorables au parasite. Par temps chaud et sec, les fruits malades se dessèchent en momies, sources d’infection pendant au moins deux ans. Par temps doux et pluvieux, les fruits pourrissent très vite, se décomposent et tombent. Le pédoncule peut rester fixé au rameau et porter lui aussi des coussinets sporifères. Il pourra être à l’origine d’un chancre.
La moniliose se transmet d’un fruit à l’autre par contact du mycelium ou par projection de spores. Les attaques de monilia sont à redouter au cours de toutes les opérations de cueillette, de manutention en entrepôt et pendant le transport. Un grand nombre de fruits heurtés, blessés ou seulement talés pourrissent, contaminés par monilia.
« D'ores et déjà, il est tout à fait illusoire d'envisager une éradication », regrette Jean Lichou. Des précautions visant à limiter l'extension sont à prendre. En raison de la durée d'incubation, les fruits peuvent être contaminés lors de la récolte sans que les symptômes soient visibles. Lors du transport de fruits d'une région contaminée vers une région saine, il faut donc être très vigilant au moment de la destruction des écarts de tri, afin de ne pas créer de nouveaux foyers. Enterrer ces déchets au fur et à mesure contribue à diminuer le risque.
Par ailleurs, le surgreffage de vergers sains avec des greffons contaminés est aussi un risque de dispersion de la maladie. Il est donc important de vérifier, lors de la récolte des fruits, l'état sanitaire des arbres sur lesquels sont prélevés les greffons.
Dans les parcelles contaminées, les mesures prophylactiques sont désormais indispensables : suppression des momies, taille en vert, fumures et irrigation gérées au plus juste, conduite des arbres aérée, suppression des branches basses, cueillette et élimination des fruits blessés ou attaqués. L'objectif est de réduire les sources d'infection et de créer des conditions moins favorables à la maladie.
Ces mesures ne suffisent pas à elles seules, mais contribuent largement à améliorer les résultats de la lutte chimique. Le contrôle des insectes blessant les fruits (tordeuse orientale, forficules, mouches des fruits…) et créant des portes d'entrée pour le champignon est aussi un point important de la lutte.
« La lutte chimique doit impérativement prendre en compte l’état de résistance des souches présentes en limitant le plus possible le nombre d'interventions et en alternant les familles chimiques de façon à ne pas compromettre la gamme déjà réduite des produits utilisables », recommande Jean Lichou, au CTIFL. Car ce champignon a une plus grande faculté que les autres de développer des résistances et c'est là le principal risque lié à l'introduction de cette espèce. (1) Actuellement, la lutte chimique consiste à protéger les bouquets floraux et les fruits en cours de maturation jusqu'à la fin de la récolte.

Cécile Vuchot

(1) Des cas de résistance à la famille des BMC (bénomyl…) et à celle des imides cycliques (iprodione…) sont signalés dans différentes pays. Les premiers tests réalisés par le Service de la Protection des Végétaux de Rhône-Alpes sur trois souches prélevées dans des vergers du sud de la France montrent un profil de résistance au carbendazine et de sensibilité à l’iprodione.