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Cultures spécialisées
Arboriculture
Moniliose sur fruits à
noyau :
une nouvelle souche
Une nouvelle souche de moniliose est apparue dans les vergers
de fruits à noyau en vallée du Rhône. Elle est
résistante à certains produits phytosanitaires et
classée maladie de quarantaine. Lurgence est aux mesures
prophylactiques.
«Les dégâts sur fruits à noyau peuvent
être considérables. Sur fleurs aussi, les attaques
peuvent ravager une bonne partie de la production. Aujourd'hui,
les monilioses constituent lun des plus importants problèmes
phytosanitaires en arboriculture fruitière. Jusquà
présent en France et en Europe, seules deux espèces,
monilia laxa et monilia fructigena, étaient signalées.
Or, depuis août 2001, une troisième souche de champignon,
monilia fructicola, a été détectée dans
le Gard sur pêchers. Les investigations en cours (réalisées
par le laboratoire national du Service de la Protection des Végétaux
à Nancy) montrent qu'elle est déjà bien implantée
et que la zone contaminée sétend à tout
le bassin fruitier de la vallée du Rhône. Cette espèce
sévit sur d'autres continents et provoque des dégâts
importants sur arbres à noyau (pêcher, abricotier,
prunier, cerisier et amandier) et à pépins. En France,
elle n'a pas encore été observée sur arbre
à pépins (pommiers, poiriers, cognassiers). Monilia
fructicola est classée comme organisme de quarantaine absent
de l'Union européenne.
« Il est urgent d'identifier cette nouvelle moniliose pour
mieux connaître son implantation et appliquer des stratégies
de lutte adaptées », prévient Jean Lichou, responsable
du programme protection raisonnée arbres à noyau au
CTIFL (Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes).
L'identification visuelle est quasiment impossible, le recours aux
tests de laboratoire est donc nécessaire.
Des symptômes
caractéristiques mais une distinction difficile
A la floraison, monilia laxa et monilia fructicola présentent
les mêmes symptômes sur fruits, une masse irrégulière
de « coussinets » gris. En revanche, Monilia fructigena
arbore uniquement sur fruits, des « coussinets » sporifères
plus gros et plus dispersés, souvent en cercles concentriques,
de couleur plus claire, beige fauve. Les différentes espèces
peuvent être présentes sur le même fruit simultanément.
En hiver, les monilia se conservent au niveau de micro-chancres
sur les arbres, de pédoncules de fruits infectés et
sur les momies (fruits moniliés desséchés)
restées sur les arbres ou tombées au sol. Dès
que les conditions redeviennent favorables, le champignon émet
de nombreuses conidies (spores de fructification), qui dispersées
par le vent et la pluie, contaminent les fruits.
À la floraison, le champignon envahit les fleurs, qui brunissent,
se flétrissent et se dessèchent brusquement. Après
la destruction des bouquets floraux, le mycélium progresse
vers les jeunes rameaux qui se dessèchent aussi ; il se forme
des petits chancres souvent accompagnés découlements
gommeux.
Les jeunes fruits verts sont rarement attaqués par monilia.
Après véraison, les fruits atteignent un état
physiologique plus favorable à linfection et à
une évolution rapide. Les piqûres dinsectes,
blessures et microfissures favorisent la pénétration
du champignon. On voit alors apparaître des zones brunes arrondies
qui s'étendent jusqu'à envahir le fruit entier. Cette
pourriture peut être totale en 3 ou 4 jours si les conditions
climatiques sont favorables au parasite. Par temps chaud et sec,
les fruits malades se dessèchent en momies, sources dinfection
pendant au moins deux ans. Par temps doux et pluvieux, les fruits
pourrissent très vite, se décomposent et tombent.
Le pédoncule peut rester fixé au rameau et porter
lui aussi des coussinets sporifères. Il pourra être
à lorigine dun chancre.
La moniliose se transmet dun fruit à lautre par
contact du mycelium ou par projection de spores. Les attaques de
monilia sont à redouter au cours de toutes les opérations
de cueillette, de manutention en entrepôt et pendant le transport.
Un grand nombre de fruits heurtés, blessés ou seulement
talés pourrissent, contaminés par monilia.
« D'ores et déjà, il est tout à fait
illusoire d'envisager une éradication », regrette Jean
Lichou. Des précautions visant à limiter l'extension
sont à prendre. En raison de la durée d'incubation,
les fruits peuvent être contaminés lors de la récolte
sans que les symptômes soient visibles. Lors du transport
de fruits d'une région contaminée vers une région
saine, il faut donc être très vigilant au moment de
la destruction des écarts de tri, afin de ne pas créer
de nouveaux foyers. Enterrer ces déchets au fur et à
mesure contribue à diminuer le risque.
Par ailleurs, le surgreffage de vergers sains avec des greffons
contaminés est aussi un risque de dispersion de la maladie.
Il est donc important de vérifier, lors de la récolte
des fruits, l'état sanitaire des arbres sur lesquels sont
prélevés les greffons.
Dans les parcelles contaminées, les mesures prophylactiques
sont désormais indispensables : suppression des momies, taille
en vert, fumures et irrigation gérées au plus juste,
conduite des arbres aérée, suppression des branches
basses, cueillette et élimination des fruits blessés
ou attaqués. L'objectif est de réduire les sources
d'infection et de créer des conditions moins favorables à
la maladie.
Ces mesures ne suffisent pas à elles seules, mais contribuent
largement à améliorer les résultats de la lutte
chimique. Le contrôle des insectes blessant les fruits (tordeuse
orientale, forficules, mouches des fruits
) et créant
des portes d'entrée pour le champignon est aussi un point
important de la lutte.
« La lutte chimique doit impérativement prendre en
compte létat de résistance des souches présentes
en limitant le plus possible le nombre d'interventions et en alternant
les familles chimiques de façon à ne pas compromettre
la gamme déjà réduite des produits utilisables
», recommande Jean Lichou, au CTIFL. Car ce champignon a une
plus grande faculté que les autres de développer des
résistances et c'est là le principal risque lié
à l'introduction de cette espèce. (1) Actuellement,
la lutte chimique consiste à protéger les bouquets
floraux et les fruits en cours de maturation jusqu'à la fin
de la récolte.
Cécile Vuchot
(1) Des cas de résistance à la
famille des BMC (bénomyl
) et à celle des imides
cycliques (iprodione
) sont signalés dans différentes
pays. Les premiers tests réalisés par le Service de
la Protection des Végétaux de Rhône-Alpes sur
trois souches prélevées dans des vergers du sud de
la France montrent un profil de résistance au carbendazine
et de sensibilité à liprodione.
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