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actualité
L'interview imaginaire
Michel-Edouard Leclerc, pédégé
des centres du même nom
« C'est le pognon qui a
le pouvoir,
pas le peuple »
JA a (presque) rencontré
le grand distributeur
Michel-Edouard Leclerc.
JA : Michel-Eouard, il faut quon
cause un peu, là, parce que ça va vraiment pas.
Michel-Edouard Leclerc : Ecoute, jai
vraiment pas le temps, désolé, passe un coup de fil
à ma secrétaire, elle va te donner un numéro
dattente et dès que jai cinq minutes tu me rappelles.
JA : Non non, ne me fais pas le coup
de lemploi du temps, cest juste pour une ou deux questions.
M.-E. L. : Bon, cest quoi ton
problème ?
JA : Ta publicité sur les bas
prix, en référence à la Loi Galand. Tas
pas mal au ventre de sortir ça, quand même
en
gros, tu expliques aux consommateurs que si tu casses nos prix et
que tu nous empêches de vivre de notre métier, cest
pour leur bien
M.-E. L. : Oh la la, comment il dramatise,
lui
moi je suis un gardien du bien le plus précieux
: le pouvoir dachat. Ma croisade, cest la possibilité
pour les gens dacheter ce quils veulent le moins cher
possible. Cest une cause juste. Je suis le pédégé
le plus social du monde. Vive moi !
JA : Arrête ton cinéma,
monsieur Leclerc. Pas à moi, hein
M.-E. L. : Bon, daccord, avec
toi je vais être franc. La vérité cest
que jen ai rien à foutre, du bien-être des gens.
Je veux juste les attirer chez moi ! Reconnais que ma stratégie
est denfer, quand même : je casse les prix. Les produits
étant moins chers, sur un marché du travail tendu,
les gens sont moins exigeants en salaires. Comme ils gagnent de
moins en moins bien leur vie, ils exigent des prix bas. Et la boucle
est bouclée ! Cest une spirale à la baisse,
mon vieux, incroyable ! Tu peux pas timaginer ce que jempoche,
en attendant. Mieux que Rockefeller ! Et avec ça, je me paye
le luxe dune image de défenseur du portefeuille des
pauvres, et jai loreille de Fabius, quand il est ministre
de lEconomie ! Jen reviens pas moi-même.
JA : Tu crois quand même pas
quon va se laisser faire
M.-E. L. : Mais vous navez aucune
chance, mon pauvre ! Quest-ce que vous voulez faire : encadrer
mes marges ? Je laisserai mes collègues et néanmoins
concurrents monter au créneau, pour hurler à lhérésie
: les jeunes veulent interdire le profit ! Cest le nouveau
péril rouge ! [il sesclaffe]
JA : Ta spirale à la baisse,
cest une machine à fabriquer de la précarité
à tous les niveaux, sauf au tien. Tu crois que les politiques
vont te laisser faire ça encore longtemps ?
M.-E. L. [se tape sur les cuisses]
: Les politiques ! Tu crois quils ont encore du pouvoir ?
Qui crois-tu qui commande, à lOMC, à lOCDE,
à Bruxelles ? Les multinationales, mon bonhomme ! Les patrons
! Cest le pognon qui a le pouvoir, pas le peuple
JA : Tu bats tous les records, en
matière de cynisme
Tu viens de reconnaître que
tu étais daccord avec le principe du prix minimum,
pourvu que ce prix soit le même pour tout le monde
M.-E. L. : Ben oui. Mon combat, cest
le pouvoir dachat des gens. Et mon arme, cest la concurrence
mais à la loyale. De toute façon en disant ça
je ne risque rien : même si je voulais imposer un prix dachat
à mes magasins, je ne pourrais pas. Les directeurs des centres
Leclerc font ce quils veulent ! Quest-ce que je suis
bon, quand même
JA : Et ta petite phrase sur les «
mafias locales », tu crois quon na pas compris
que cétaient nous quelle visait ? Tu nas
pas limpression de mettre de lhuile sur le feu ?
M.-E. L. : Et alors ? Le climat dinsécurité,
tout ça : cest moi qui ai la veste du bon côté,
en dénonçant vos chahuts. Tu vois, mon bonhomme, la
différence entre nous, cest que moi je profite du système,
et que toi tu veux le changer. Quest-ce que tu veux que je
te dise ? Bon courage...
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