|
vie syndicale
Fruits et légumes
Les importations espagnoles imposent
des prix bas
La campagne dété vient de débuter
et, déjà, les fruits et légumes français
essuient une première crise.
Son origine : lapprovisionnement massif des distributeurs
en fruits espagnols, vendus à bas prix.
Prix bradés et manque de débouchés : tel est
déjà le lot des arboriculteurs et maraîchers
français, alors que la saison estivale commence à
peine. Difficile, en effet, de trouver début juin dans les
grandes et moyennes surfaces, des fruits et légumes dété
qui ne soient pas espagnols. « 70 à 80 % des cerises,
des abricots et des melons viennent dEspagne », précise
Olivier Fraisse, responsable du dossier fruits et légumes
chez les Jeunes agriculteurs. Et pour la pêche, ce chiffre
atteint plus de 90 %, daprès les contrôles réalisés
dans 150 magasins, les 30 et 31 mai, par la Fédération
nationale des producteurs de fruits.
Si beaucoup de distributeurs ont préféré référencer
la production espagnole plutôt que française, en dépit
de ses qualités gustatives et nutritionnelles irrégulières,
cest parce que son prix est bien inférieur. «
Soit les producteurs français salignent sur ces prix
dérisoires, qui sont souvent très en deçà
de leur coût de production, soit ils ne trouvent pas de débouchés
et les récoltes pourrissent dans les vergers ou dans les
locaux de stockage, déplore Olivier Fraisse. La pérennité
de nombreuses exploitations, déjà fragilisées
par trois à quatre années de crises, est en jeu ».
De plus, cette baisse des prix à la production ne sest
pas accompagnée dune baisse des prix à la consommation,
loin sen faut : au début de la campagne, un kilo de
cerises était vendu au consommateur 6 à 8 e alors
quil nétait payé quun euro à
lagriculteur.
Forte mobilisation syndicale
Une situation anormale et préoccupante qui a entraîné
une forte mobilisation syndicale samedi 15 juin dans les Bouches-du-Rhône,
la Drôme, le Gard, le Vaucluse et lArdèche. «
Il ne sagissait pas dorganiser des actions violentes
et de nous mettre à dos les distributeurs, qui ne loublions
pas, assurent la commercialisation de 70 % de nos produits, mais
dexpliquer aux consommateurs les causes et les conséquences
de la crise que nous connaissons actuellement, insiste Olivier Fraisse.
Nous les avons aussi sensibilisés à limportance
des écarts de prix entre la consommation et la production
». Ces actions ciblées vers les consommateurs semblent
avoir porté... leurs fruits puisque, les jours suivants,
la présence des fruits et légumes espagnols a fortement
diminué dans les linéaires. « Les grandes surfaces
veulent conserver une bonne image auprès des consommateurs
», observe Olivier Fraisse.
Suite aux demandes répétées de la profession,
des rencontres ont eu lieu fin juin entre les Fédérations
de producteurs et de distributeurs, avec pour objectif de dresser
un bilan sur la loi Galland et la loi des nouvelles régulations
économiques et de fixer les pratiques à respecter
pour la gestion des produits frais non stockables. Plus importante
encore, la négociation dun accord interprofessionnel
dans lequel la distribution sengage à promouvoir les
fruits et légumes dans la presse écrite régionale
et à la radio, accord qui a été signé
le 25 juin. « Les Jeunes agriculteurs tenaient beaucoup à
cette signature, souligne Olivier Fraisse. En effet, depuis la loi
sur les nouvelles régulations économiques, qui interdit
les annonces de prix sur support publicitaire sans accord interprofessionnel
préalable, les distributeurs ne mettent plus du tout en avant
nos produits. » Autre revendication des Jeunes agriculteurs
: lapplication de prix minimum pour tous les fruits et légumes
en crise. « La signature dun accord interprofessionnel
a été négociée mi-juin avec les distributeurs
pour la pêche et la nectarine, pas pour les autres fruits
touchés malheureusement, commente Olivier Fraisse. Mais aujourdhui
les distributeurs ne semblent plus décidés. »
« Nous devons travailler à lélaboration
de partenariats avec les distributeurs et cesser, les uns comme
les autres, de perdre du temps et de lénergie à
se faire la guerre », conclut-il. Reste à souhaiter
que la distribution soit dans les mêmes dispositions.
|