JA - Contactez-nous!
SOMMAIRE | N° 574 | Juillet/Août 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
Contact   Accueil   Archives   Recherche


Sommaire


Olivier Fraisse.

 


En raison de l’approvisionnement massif des distributeurs en fruits espagnols, les agriculteurs n’arrivent pas à vendre leur production ou alors à prix bradé.



vie syndicale

Fruits et légumes

Les importations espagnoles imposent des prix bas

La campagne d’été vient de débuter et, déjà, les fruits et légumes français essuient une première crise.
Son origine : l’approvisionnement massif des distributeurs en fruits espagnols, vendus à bas prix.

Prix bradés et manque de débouchés : tel est déjà le lot des arboriculteurs et maraîchers français, alors que la saison estivale commence à peine. Difficile, en effet, de trouver début juin dans les grandes et moyennes surfaces, des fruits et légumes d’été qui ne soient pas espagnols. « 70 à 80 % des cerises, des abricots et des melons viennent d’Espagne », précise Olivier Fraisse, responsable du dossier fruits et légumes chez les Jeunes agriculteurs. Et pour la pêche, ce chiffre atteint plus de 90 %, d’après les contrôles réalisés dans 150 magasins, les 30 et 31 mai, par la Fédération nationale des producteurs de fruits.
Si beaucoup de distributeurs ont préféré référencer la production espagnole plutôt que française, en dépit de ses qualités gustatives et nutritionnelles irrégulières, c’est parce que son prix est bien inférieur. « Soit les producteurs français s’alignent sur ces prix dérisoires, qui sont souvent très en deçà de leur coût de production, soit ils ne trouvent pas de débouchés et les récoltes pourrissent dans les vergers ou dans les locaux de stockage, déplore Olivier Fraisse. La pérennité de nombreuses exploitations, déjà fragilisées par trois à quatre années de crises, est en jeu ». De plus, cette baisse des prix à la production ne s’est pas accompagnée d’une baisse des prix à la consommation, loin s’en faut : au début de la campagne, un kilo de cerises était vendu au consommateur 6 à 8 e alors qu’il n’était payé qu’un euro à l’agriculteur.

Forte mobilisation syndicale

Une situation anormale et préoccupante qui a entraîné une forte mobilisation syndicale samedi 15 juin dans les Bouches-du-Rhône, la Drôme, le Gard, le Vaucluse et l’Ardèche. « Il ne s’agissait pas d’organiser des actions violentes et de nous mettre à dos les distributeurs, qui ne l’oublions pas, assurent la commercialisation de 70 % de nos produits, mais d’expliquer aux consommateurs les causes et les conséquences de la crise que nous connaissons actuellement, insiste Olivier Fraisse. Nous les avons aussi sensibilisés à l’importance des écarts de prix entre la consommation et la production ». Ces actions ciblées vers les consommateurs semblent avoir porté... leurs fruits puisque, les jours suivants, la présence des fruits et légumes espagnols a fortement diminué dans les linéaires. « Les grandes surfaces veulent conserver une bonne image auprès des consommateurs », observe Olivier Fraisse.
Suite aux demandes répétées de la profession, des rencontres ont eu lieu fin juin entre les Fédérations de producteurs et de distributeurs, avec pour objectif de dresser un bilan sur la loi Galland et la loi des nouvelles régulations économiques et de fixer les pratiques à respecter pour la gestion des produits frais non stockables. Plus importante encore, la négociation d’un accord interprofessionnel dans lequel la distribution s’engage à promouvoir les fruits et légumes dans la presse écrite régionale et à la radio, accord qui a été signé le 25 juin. « Les Jeunes agriculteurs tenaient beaucoup à cette signature, souligne Olivier Fraisse. En effet, depuis la loi sur les nouvelles régulations économiques, qui interdit les annonces de prix sur support publicitaire sans accord interprofessionnel préalable, les distributeurs ne mettent plus du tout en avant nos produits. » Autre revendication des Jeunes agriculteurs : l’application de prix minimum pour tous les fruits et légumes en crise. « La signature d’un accord interprofessionnel a été négociée mi-juin avec les distributeurs pour la pêche et la nectarine, pas pour les autres fruits touchés malheureusement, commente Olivier Fraisse. Mais aujourd’hui les distributeurs ne semblent plus décidés. »
« Nous devons travailler à l’élaboration de partenariats avec les distributeurs et cesser, les uns comme les autres, de perdre du temps et de l’énergie à se faire la guerre », conclut-il. Reste à souhaiter que la distribution soit dans les mêmes dispositions.