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Lévénement
Volailles, céréales
Frontières piétinées
mode demploi !
Deux secteurs sont au bord de la crise, prêts à
exploser en raison dun marché saturé. La première
cause est la porosité de nos frontières, qui autorise
les infiltrations massives de volailles brésiliennes et thaïlandaises
ainsi que de blé ukrainien.
Explications et perspectives.
Le discours des Jeunes agriculteurs, consistant avant tout à
défendre le revenu du producteur en instaurant des marchés
aux frontières protégées, trouve actuellement
deux exemples terribles de son bien-fondé. Ce sont dabord
les volailles du Brésil ou de Thaïlande qui contournent
la législation douanière pour inonder le marché
européen. Et ensuite le blé des pays de la Mer Noire,
principalement de lUkraine, qui, lui, profite dune faille
dans notre législation pour, tout aussi impunément,
vendre ses stocks en lieu et place des nôtres. Pour cette
raison essentielle, de frontières passoire, les producteurs,
tant de volailles que de blé, se retrouvent au bord de la
crise.
« Pour les volailles, estime Jérôme Bossard,
administrateur des JA et éleveur en Vendée, la crise
actuelle vient des importations massives qui viennent sajouter
à un contexte de marché saturé. Nous avions
augmenté nos productions à une époque où
les consommateurs boudaient la viande bovine, et où nous
pouvions nous positionner sur le marché italien en raison
dune peste, lépizootie dinfluenza, frappant
les élevages transalpins. Or la viande bovine reprend naturellement,
même si cela se fait doucement, sa place, et la peste italienne
est maintenant jugulée. Pour ces raisons, prévisibles,
les jeunes avaient demandé un moratoire de construction,
consistant à arrêter la construction de nouveaux bâtiments
délevage avicole. Or, si ceux-ci nont effectivement
plus été élevés en Bretagne Pays
de Loire, où 450 000 m2 ont même été
supprimés, 300 000 m2 nouveaux ont vu le jour dans le reste
de la France. A cela vient sajouter désormais le problème
des volailles importées
»
Lourdes pertes
Ainsi, poulets et dindes (principalement) du Brésil (surtout)
et de Thaïlande ont trouvé la méthode pour que
les importations européennes atteignent le chiffre record
de 800 000 tonnes : un contournement technique, le saumurage, qui
permet aux exportateurs de bénéficier dun droit
de douane faible alors que les produits sont congelés et
nont donc pas besoin de sel pour être conservés.
1,2 % de sel, et le tour est joué : la taxe dimportation,
de 50 % pour le poulet découpé congelé, passe
miraculeusement à 15,5 %, avec un classement « produit
saumuré ».
Limpact de ces importations massives au moment où le
marché, pléthorique il y a peu, se rétrécit
naturellement pour les raisons évoquées plus haut,
a des conséquences manifestes sur le revenu agricole. Le
prix du poulet a baissé de 8 à 10 centimes, celui
de la dinde de 13 à 20 centimes. A cela il faut ajouter le
rallongement sous bâtiments : les dindes restent en fermes
14 ou 15 semaines au lieu de 12, les dindons 17 ou 19 au lieu de
16. Jérôme Bossard estime quun éleveur
moyen ayant 1 500 m2 de volailles perd au moins 6 100 euros (40
000 francs) dans lannée. « Je viens de vider
mes deux poulaillers, commente, concret, Christophe Labour, éleveur
et secrétaire général des Jeunes agriculteurs
de Loire-Atlantique, et jai perdu plus de 2 300 euros (15
000 francs). À la fin de lannée, ça fera
lourd
»
Les marchés céréaliers
explosent
Cette crise de la volaille nest donc pas la seule. Les céréales
aussi sont touchées. A cela, deux raisons essentielles :
la commission européenne rechigne à activer les outils
d'aide à lexportation d'une part et le blé européen
et français perd des marchés, ceux de lEspagne
et de lItalie notamment, au profit de lUkraine d'autre
part. Les exportations françaises, de lordre de 10
millions de tonnes lannée dernière, seront de
la moitié cette année, selon une estimation fournie
par Hervé Le Stum, directeur de lAGPB (association
générale des producteurs de blé et autres céréales).
LUkraine vient de bénéficier, en fin dannée
dernière, de la suppression dune taxe de 10 euros par
tonne qui visait pourtant à rétablir léquité
par rapport aux autres pays exportant, de plus loin, vers lEurope.
Elle a, en prime, battu tous ses records de production ! «
Tout lancien bloc soviétique a fait 40 % de plus que
lannée dernière », observe encore Hervé
Le Stum.
Aviculture : solde commercial
de l'UE

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Exportations :
1.1 M tonnes -5% |
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Importations :
839 000 tonnes +39%
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Blé : balance commerciale
dans l'UE

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Exportations |
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Importations
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Alors le problème est posé : comment lEurope
peut-elle se protéger de ces invasions de céréales
alors que certains de ses pays, et pas les moindres, profitent de
la baisse des prix ? Dans un communiqué de presse publié
le 22 mars 2002, les Jeunes agriculteurs demandent « aux plus
hautes autorités de lEtat dintervenir de toute
urgence au niveau européen pour activer la clause de sauvegarde
spéciale prévue par laccord sur lagriculture
de lOMC ». De son côté, Hervé Le
Stum constate que « les marchés explosent » et
que « la situation nest plus tenable ».
« LUnion européenne, espère-t-il, va être
obligée de réagir. » De son côté,
Christophe De Rycke, vice-président des Jeunes agriculteurs,
prône « la révision de la clause des 155 % »,
ce qui signifie la « modification des modalités d'application
de cette taxe de façon à ce que lon puisse tenir
compte des cours de la Mer Noire ».
Les situations des deux secteurs, volailles et céréales,
sont extrêmement liées. Dautant que les élevages,
avicoles ou porcins, sont les premiers clients internes des céréaliers
français. Imaginons le scénario catastrophe : les
éleveurs narrivent pas à relever la tête,
ils tentent de réduire leurs charges à tous les niveaux
et se fournissent en céréales ukrainiennnes ! Là,
cest tout le jeu de domino qui sabat, une crise qui
en entraîne une autre, durablement, sans parler de toute solidarité
agricole qui senvole. Lurgence est donc à tous
les niveaux.
Dans le langage syndical dabord. Dans le communiqué
de presse cité plus haut, Jean-Luc Duval, président
des Jeunes agriculteurs, a pris directement la parole en ces termes
: « À lheure où les Etats-Unis nhésitent
pas à sasseoir sur les principes quils nous imposent
depuis 15 ans dans les négociations commerciales internationales,
il est du devoir de nos dirigeants politiques de tirer tous les
enseignements des crises actuelles pour faire comprendre au commissaire
Lamy que le choix délibéré de sacrifier lagriculture
européenne sur lautel du libre-échangisme est
une idée qui a vécu. »
Dans lobligation, ensuite, de prendre (ou de contribuer à
faire prendre) des mesures durgence, au premier rang desquelles
des nouvelles mesures douanières.
Enfin, afin déviter quune situation déjà
fort compliquée ne devienne franchement catastrophique, le
dialogue doit subsister entre les filières. Leur intérêt
commun nest-il pas dobtenir la préférence
communautaire pour tous ?
Antoine Jeandey
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