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actualité
L'interview imaginaire
Henri de Benoist, président
de lAGPB
« On est des syndicalistes,
il nous faut du pognon »
Henri de Benoist, président
de lAGPB, a presque été interviewé par
Jeunes Agriculteurs Magazine
JA : Alors, Henri, comment ça
se prépare, le prochain Congrès de lAGPB ?
Henri de Benoist : Ma foi, très
bien. Pas de problème.
JA : Vraiment ? Pas de problème
? Le blé ukrainien à Lorient, les acomptes proposés
aux sociétaires de coopératives qui vont conduire
à des soldes décevants, voire négatifs, pas
de problème ?
H. de B. : Ne mélange pas tout,
mon ptit. Le Congrès de lAGPB, cest pas
une AG de coopérative.
JA : Daccord, mais les coopératives céréalières,
elles pèsent leur pesant de cacahuètes à lAGPB,
quand même.
H. de B. : Jai jamais dit le contraire. Mais à lAGPB,
tout est sous contrôle. On assure.
JA : Cest pour ça que, finalement, vous allez adopter
les positions des jeunes sur la politique de prix ?
H. de B. (sursaute) : Mais de quoi tu parles ? ! ça va pas
non ? depuis quand on attend les jeunes pour se prononcer à
lAGPB ?
JA : Justement, cest nouveau. Ça, cest de linfo
!
H. de B. : Ne raconte pas nimporte quoi, mon ptit. Si
tu fais référence au petit manifeste signé
par six patrons de coopératives, même pas toutes céréalières
dailleurs, je te ferai remarquer quaucune référence
aux jeunes ne la étayé. On a mûri ça
tout seuls. On na besoin de personne.
JA : « On
» tu ne manques pas dair, Henri.
Ils tont quand même un peu pris de court, les fameux
patrons de coopératives, là.
H. de B. : Absolument pas. Moi, pris de court ? tu plaisantes
jai vu ça venir de très loin.
Jassure. Pas de problème.
JA : Allons, Henri
il ny a pas si longtemps, tu insistais
beaucoup plus sur les parts de marché à lexportation
que sur la préférence communautaire, reconnais-le.
H. de B. : Je ne vois pas le rapport. Il ny a aucune contradiction.
Jai toujours dit quil nous fallait des sous, plein de
sous : jai jamais changé davis, là-dessus.
Je te rappelle que les restitutions à lexportation,
les paiements compensatoires, cest moi, tout ça.
JA : Ben, justement, « tout ça, » cest
un peufini. Tu ne peux pas demander à la fois les restitutions,
la protection du marché communautaire, les parts de marché
à lexportation, les prix, les aides, tout et le reste.
Le beurre et largent du beurre, quoi.
H. de B. : Et voilà ! tout de suite un exemple de laitier
! Vous commencez à me soûler, avec votre maîtrise
de la production. Et la liberté dentreprendre ? La
libre concurrence ? Linitiative privée ? Le mérite,
leffort, tout ça ?
JA : Justement : leffort, le travail, il faut quils
soient payés. Pas avec des aides : avec des prix.
H. de B. : Franchement, mon ptit, je sais pas ce que vous
avez, avec ça. Il faut vous faire soigner, hein
quest-ce
que ça peut foutre, des aides ou des prix ? Cest du
pognon, du pareil au même ! Largent na pas dodeur,
mon ptit.
JA : Et la dignité du travail ? Lautonomie vis-à-vis
de lEtat ? La fierté de son métier ?
H. de B. : Eh bien, quoi ? moi jai pas de problèmes.
Je suis digne, fier, et autonome. Le tout cest davoir
le pouvoir. Et, pour ça, jai une stratégie :
les coopératives se débrouillent comme elles peuvent
avec leurs sociétaires, et lAGPB se débrouille
comme elle veut avec mes membres de Bureau. Voilà.
JA : Je le sens bien, ce Congrès
H. de B. : Tu verras quand tu auras grandi, mon ptit. La démocratie,
cest super, et puis tu vois où ça nous mène,
hein. Bon, mais pas de politique. On est des syndicalistes ! Du
pognon, il nous faut du pognon, plein de pognon ! n
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