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SOMMAIRE | N° 571 | Avril 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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A la tribune, Jean-Michel Lemétayer et Jean-Luc Duval ont su porter haut la voix du syndicalisme agricole.


Ernest-Antoine Seillère (à droite) fut, avec Jean Boissonnat ou Nicole Notat, l’une des personnalités à participer au meeting.


Jean-Luc Duval, président des Jeunes agriculteurs
« La preuve que nous sommes capables de mobiliser »



L’événement

Meeting syndical

5 300 agriculteurs regonflés à bloc

En plein milieu du salon, le meeting de la FNSEA et des JA a rempli ses deux objectifs majeurs : les agriculteurs étaient très heureux de se retrouver dans les différents discours prononcés, et les médias ainsi que les candidats à la présidentielle ont été sollicités à apprécier les revendications syndicales.

Un succès dépassant les espérances. 5 000 places avaient été réservées et il a fallu, au dernier moment, en accorder 300 de plus. L’organisateur FNSEA et son partenaire Jeunes agriculteurs ont rempli la salle du palais des Sports, porte de Versailles (soit juste à côté du salon de l’Agriculture) le 27 février dernier. Le premier objectif était de se rassembler pour remonter un moral atteint par les crises. Il convenait ainsi de montrer que tout ce qui est ressenti dans les campagnes est relayé en haut lieu, et notamment devant les politiques qui n’ont pas manqué de se montrer en si nombreuse compagnie. Le deuxième objectif découlait du premier : puisque les politiques étaient là, autant leur donner la possibilité d’intégrer à leurs programmes plusieurs idées en faveur des agriculteurs.

Témoignages solidaires

A la tribune, des orateurs de tous horizons se sont succédé. L’historien Jean-Marc Morisseau et le directeur du Credoc (Centre de recherche pour étude et observation des conditions de vie) Robert Rochefort ont donné leur point de vue sur le syndicalisme agricole. Le journaliste économique Jean Boissonnat a été fort applaudi dans son intervention, notamment lorsqu’il a déclaré : « Je ne comprends pas que l’on parle de malbouffe alors que le monde entier vient manger chez nous… » Ernest-Antoine Seillère, le président du Medef, a montré une forme de solidarité par deux petites phrases : « Comme vous, nous subissons les 35 heures. Nous déplorons nous aussi les lourdeurs administratives qui découragent l’esprit d’initiative. » Entre-temps, lors de séances préenregistrées et projetées sur écran géant, la secrétaire générale de la CFDT Nicole Notat, le chroniqueur gastronomique Jean-Luc Petitrenaud, ou des témoins pris dans la foule des visiteurs du salon s’exprimaient en faveur du monde paysan, appréciant les hommes à l’origine du terroir.
Mais les temps forts sont incontestablement venus des allocutions des deux présidents, Jean-Michel Lemétayer et Jean-Luc Duval. Le premier a d’abord créé, en préambule au meeting, un point d’ancrage syndical par un hommage appuyé à feu Raymond Lacombe, véritable référence.

Temps forts

Les discours de clôture ont sonné comme autant d’orientations de politique agricole. Jean-Luc Duval, président des Jeunes agriculteurs, s’est d’abord reporté à tous les témoignages recueillis au cours du meeting : « Il y a de quoi être fiers de ce que nous représentons et produisons, de ce que nous sommes. Et aussi de quoi être inquiets : pourquoi cette nécessité de rappeler toutes ces vérités sur notre profession ? » Il a poursuivi, en invitant la salle à participer : « Je vous propose un petit exercice simple, de répondre à main levée à deux questions si vous êtes concernés. Qui parmi vous est fils, fille ou petit-fils ou petite-fille de paysans ? (la majeure partie de la salle lève la main) Seconde question, quels sont ceux parmi vous qui ont un enfant agriculteur ou qui compte s’installer ou bien qui sont sûrs de transmettre leur exploitation à un jeune ? (plus de la moitié des mains se baissent) En quelques secondes, nous venons de résumer 50 ans d’évolution de la démographie agricole de notre pays, 50 années d’hémorragie silencieuse. Cette chute du nombre d’actifs explique le manque de proximité dont souffre notre profession, méconnue de nos concitoyens et même de nos dirigeants. Ils ne savent pas que nous voulons vivre dignement, de notre travail et de son fruit. »
Il a dépeint ensuite le contexte de la « situation intenable » qui est celle de l’agriculteur aujourd’hui : « Le revenu agricole diminue, et quand il ne diminue pas, il stagne au prix d’une baisse d’actifs plus rapide que celle du revenu de la ferme France : c’est la régulation par le nombre de producteurs. Une part des aides publiques dans ce revenu fait de nous, lentement, des fonctionnaires. Je n’ai rien contre les fonctionnaires, tant qu’ils sont préoccupés de justifier leur emploi que de se mettre au service de la société. Mais s’il revient moins cher à la nation de payer des chômeurs que de subventionner des paysans, l’agriculture n’a pas d’avenir. Et la société non plus. Enfin, la suppression progressive des mécanismes de régulation de nos marchés rend les crises plus fréquentes, plus durables, plus dévastatrices. »
Face à ces constats, le premier représentant des Jeunes agriculteurs réagit. Première proposition : « L’instauration, partout dans le monde, de marchés communs protégés aux frontières à l’intérieur desquels les prix rémunèrent le travail, moyennant la mise en place de mécanismes de régulation de l’offre. En un mot, l’application d’un simple principe de bon sens, par zones de productivités agricoles comparables : l’adéquation entre l’offre et la demande solvable. »

Prix et installation

Il a enchaîné sur les prix rémunérateurs : « Il est utopique de croire que les contraintes environnementales et sanitaires, sous prétexte qu’elles sont légitimes, et elles le sont, seront assumées par des paysans anesthésiés à coups de subventions. Nous ne sommes pas opposés au recours au deuxième pilier de la Pac, le volet " développement rural ". Mais pas au prix d’un démantèlement du premier pilier. Pas au prix d’une baisse des prix. La politique rurale n’est pas la politique agricole. Nous continuons à travailler dans ce sens. Notre prochain rapport d’orientation prolongera le précédent : nous avons proposé une autre mondialisation, nous allons proposer une autre rémunération de notre travail que celle de l’aide publique. » Enfin, Jean-Luc Duval a exposé les quatre volets de la politique d’installation prônée par les Jeunes agriculteurs (lire notre dossier sur le sujet).
De son côté, Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, déplorant que les agriculteurs soient « médailles d’or des promesses reçues mais aussi des promesses non tenues », a tenu un discours proche sur le fond de celui de son homologue, opposé à la baisse des prix et favorable à une « mondialisation maîtrisée et régulée ». Il s’est positionné contre un marché mondial qui donnerait aux Américains « la production pour contrôler l’arme alimentaire » et « à nous l’entretien des paysages pour que leurs touristes puissent goûter aux joies de la campagne made in France ». Enfin, s’exprimant contre la « modulation à la française », il a fustigé les lourdeurs administratives de notre pays.
Les deux présidents ont reçu des applaudissements chaleureux de la salle. Les 5 300 agriculteurs sont repartis regonflés à bloc, et c’est sans doute là l’essentiel.

Antoine Jeandey