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Lévénement
Meeting syndical
5 300 agriculteurs regonflés
à bloc
En plein milieu du salon, le meeting de la FNSEA et des JA a
rempli ses deux objectifs majeurs : les agriculteurs étaient
très heureux de se retrouver dans les différents discours
prononcés, et les médias ainsi que les candidats à
la présidentielle ont été sollicités
à apprécier les revendications syndicales.
Un succès dépassant les espérances. 5 000
places avaient été réservées et il a
fallu, au dernier moment, en accorder 300 de plus. Lorganisateur
FNSEA et son partenaire Jeunes agriculteurs ont rempli la salle
du palais des Sports, porte de Versailles (soit juste à côté
du salon de lAgriculture) le 27 février dernier. Le
premier objectif était de se rassembler pour remonter un
moral atteint par les crises. Il convenait ainsi de montrer que
tout ce qui est ressenti dans les campagnes est relayé en
haut lieu, et notamment devant les politiques qui nont pas
manqué de se montrer en si nombreuse compagnie. Le deuxième
objectif découlait du premier : puisque les politiques étaient
là, autant leur donner la possibilité dintégrer
à leurs programmes plusieurs idées en faveur des agriculteurs.
Témoignages solidaires
A la tribune, des orateurs de tous horizons se sont succédé.
Lhistorien Jean-Marc Morisseau et le directeur du Credoc (Centre
de recherche pour étude et observation des conditions de
vie) Robert Rochefort ont donné leur point de vue sur le
syndicalisme agricole. Le journaliste économique Jean Boissonnat
a été fort applaudi dans son intervention, notamment
lorsquil a déclaré : « Je ne comprends
pas que lon parle de malbouffe alors que le monde entier vient
manger chez nous
» Ernest-Antoine Seillère, le
président du Medef, a montré une forme de solidarité
par deux petites phrases : « Comme vous, nous subissons les
35 heures. Nous déplorons nous aussi les lourdeurs administratives
qui découragent lesprit dinitiative. »
Entre-temps, lors de séances préenregistrées
et projetées sur écran géant, la secrétaire
générale de la CFDT Nicole Notat, le chroniqueur gastronomique
Jean-Luc Petitrenaud, ou des témoins pris dans la foule des
visiteurs du salon sexprimaient en faveur du monde paysan,
appréciant les hommes à lorigine du terroir.
Mais les temps forts sont incontestablement venus des allocutions
des deux présidents, Jean-Michel Lemétayer et Jean-Luc
Duval. Le premier a dabord créé, en préambule
au meeting, un point dancrage syndical par un hommage appuyé
à feu Raymond Lacombe, véritable référence.
Temps forts
Les discours de clôture ont sonné comme autant dorientations
de politique agricole. Jean-Luc Duval, président des Jeunes
agriculteurs, sest dabord reporté à tous
les témoignages recueillis au cours du meeting : «
Il y a de quoi être fiers de ce que nous représentons
et produisons, de ce que nous sommes. Et aussi de quoi être
inquiets : pourquoi cette nécessité de rappeler toutes
ces vérités sur notre profession ? » Il a poursuivi,
en invitant la salle à participer : « Je vous propose
un petit exercice simple, de répondre à main levée
à deux questions si vous êtes concernés. Qui
parmi vous est fils, fille ou petit-fils ou petite-fille de paysans
? (la majeure partie de la salle lève la main) Seconde question,
quels sont ceux parmi vous qui ont un enfant agriculteur ou qui
compte sinstaller ou bien qui sont sûrs de transmettre
leur exploitation à un jeune ? (plus de la moitié
des mains se baissent) En quelques secondes, nous venons de résumer
50 ans dévolution de la démographie agricole
de notre pays, 50 années dhémorragie silencieuse.
Cette chute du nombre dactifs explique le manque de proximité
dont souffre notre profession, méconnue de nos concitoyens
et même de nos dirigeants. Ils ne savent pas que nous voulons
vivre dignement, de notre travail et de son fruit. »
Il a dépeint ensuite le contexte de la « situation
intenable » qui est celle de lagriculteur aujourdhui
: « Le revenu agricole diminue, et quand il ne diminue pas,
il stagne au prix dune baisse dactifs plus rapide que
celle du revenu de la ferme France : cest la régulation
par le nombre de producteurs. Une part des aides publiques dans
ce revenu fait de nous, lentement, des fonctionnaires. Je nai
rien contre les fonctionnaires, tant quils sont préoccupés
de justifier leur emploi que de se mettre au service de la société.
Mais sil revient moins cher à la nation de payer des
chômeurs que de subventionner des paysans, lagriculture
na pas davenir. Et la société non plus.
Enfin, la suppression progressive des mécanismes de régulation
de nos marchés rend les crises plus fréquentes, plus
durables, plus dévastatrices. »
Face à ces constats, le premier représentant des Jeunes
agriculteurs réagit. Première proposition : «
Linstauration, partout dans le monde, de marchés communs
protégés aux frontières à lintérieur
desquels les prix rémunèrent le travail, moyennant
la mise en place de mécanismes de régulation de loffre.
En un mot, lapplication dun simple principe de bon sens,
par zones de productivités agricoles comparables : ladéquation
entre loffre et la demande solvable. »
Prix et installation
Il a enchaîné sur les prix rémunérateurs
: « Il est utopique de croire que les contraintes environnementales
et sanitaires, sous prétexte quelles sont légitimes,
et elles le sont, seront assumées par des paysans anesthésiés
à coups de subventions. Nous ne sommes pas opposés
au recours au deuxième pilier de la Pac, le volet "
développement rural ". Mais pas au prix dun démantèlement
du premier pilier. Pas au prix dune baisse des prix. La politique
rurale nest pas la politique agricole. Nous continuons à
travailler dans ce sens. Notre prochain rapport dorientation
prolongera le précédent : nous avons proposé
une autre mondialisation, nous allons proposer une autre rémunération
de notre travail que celle de laide publique. » Enfin,
Jean-Luc Duval a exposé les quatre volets de la politique
dinstallation prônée par les Jeunes agriculteurs
(lire notre dossier sur le sujet).
De son côté, Jean-Michel Lemétayer, président
de la FNSEA, déplorant que les agriculteurs soient «
médailles dor des promesses reçues mais aussi
des promesses non tenues », a tenu un discours proche sur
le fond de celui de son homologue, opposé à la baisse
des prix et favorable à une « mondialisation maîtrisée
et régulée ». Il sest positionné
contre un marché mondial qui donnerait aux Américains
« la production pour contrôler larme alimentaire
» et « à nous lentretien des paysages pour
que leurs touristes puissent goûter aux joies de la campagne
made in France ». Enfin, sexprimant contre la «
modulation à la française », il a fustigé
les lourdeurs administratives de notre pays.
Les deux présidents ont reçu des applaudissements
chaleureux de la salle. Les 5 300 agriculteurs sont repartis regonflés
à bloc, et cest sans doute là lessentiel.
Antoine Jeandey
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