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SOMMAIRE | N° 571 | Avril 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Origines païennes de Pâques



MAGAZINE

TERROIR

Pâques en Europe

La célébration chrétienne de la résurrection du Christ n’a jamais fait disparaître tout à fait les racines païennes de la fête du printemps.

De l’Algarve portugaise au grand nord Scandinave et aux iles grecques, Pâques est sans doute la plus européenne des fêtes religieuses. Fête commune aux confessions catholique, orthodoxe, protestante, pour lesquelles elle célèbre un dogme fondateur commun : la résurrection de Jésus-Christ, c’est-à-dire la victoire de la vie sur la mort.

La fête des gâteaux

Mais il en est de Pâques comme de Noël : la fête chrétienne s’est installée dans les traditions païennes, nées, au cours des millénaires, de la connivence quotidienne, et souvent âpre, avec la nature. Traditions d’accueil du retour du printemps, en l’occurrence, la renaissance des arbres et des fleurs, l’éclosion des bourgeons, la naissance de nouvelles générations animales. Avec un rituel venu des origines mêmes de l’humanité, et commun à toutes les religions de la planète : la célébration du spirituel par les rites alimentaires.
Pâques, donc, c’est la fête des gâteaux. Mais pas n’importe quels gâteaux. Ceux-là, écrit l’ethnologue de la pâtisserie Nicole Vielfaure, sont « caractérisés, dans toute l’Europe, par une débauche de lait, de fromage blanc et d’œufs, mariés en une infinité de combinaisons selon la richesse d’invention propre à chaque pays ». C’est qu’après les longues privations de l’hiver, privations naturelles de la nuit des temps, devenues ensuite privations ritualisées du carême et du jeûne volontaire, il s’agit de célébrer dignement le retour de l’abondance. Les gâteaux d’hiver étaient faits de farine et d’eau, avec un peu de sel et quelques aromates ; ceux de Pâques, débordent de partout, y compris de fruits confits, de miel, d’amandes, et, plus récemment, de sucre, de vanille, de chocolat, de fleur d’oranger. Ce sont, parmi des dizaines d’autres, en Andalousie les tortas de Pascua ; en Allemagne et en Sicile l’agneau pascal, dont la forme animale rappelle l’importance du mouton dans la symbolique des religions bibliques ; en Pologne le baba (qui doit être béni par le prêtre au soir du Samedi saint) ; en Russie la Paskha, en Suède l’Ostkaka, en Crête le Koulourakia, en Hongrie le Kalàcs… Tous ces gâteaux, généralement préparés les jours précédents (souvent le Vendredi saint, jour de la mort de Jésus-Christ, le jour le plus funeste de l’année), sont faits, dit encore Nicole Vielfaure, « pour resserrer les liens avec la famille, les amis, la communauté villageoise. Confectionnés presque religieusement, ils sont consommés avec une sorte de respect, comme une nourriture sacrée capable de communiquer à chacun un peu de la grâce de Pâques ».
Cette profusion déborde parfois, surtout dans les régions pauvres, la simple pâtisserie pour devenir un plat complexe. Ainsi le pâté de Pâques berrichon, fait d’œufs durs sur lit de viande hachée (mélange de veau et de porc) cuits dans une enveloppe de pâte brisée. Elle porte parfois le souvenir évident des origines païennes, lorsque la fête de la Résurrection était encore celle de la fécondité, résumée par le rite de l’œuf de Pâques, présent lui aussi dans l’Europe entière. Et aussi par les pâtisseries d’Europe centrale en forme de vulve, ou, plus près, en Limousin, la cornue, brioche en phallus que fabriquent encore tous les boulangers de la province durant la Semaine sainte. Ceci deux mille ans après que Saint-Martin de Brive, évangélisateur de la Corrèze, eut tenté de faire proscrire cette pâtisserie obscène. Mal lui en prit : il fut pour cela martyrisé par la foule en fureur.

Antoine Menoux