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France
Elections présidentielles
Les propositions des Jeunes agriculteurs
au cur du débat
Sans parti pris ni ordre préférentiel ni commentaires,
nous donnons ici les grandes lignes des programmes agricoles des
principaux candidats à lélection présidentielle.
Avec un sourire en coin : on a limpression, parfois, de relire
des pans entiers reformulés tout de même
du rapport dorientation des Jeunes agriculteurs dAnnecy-le-Vieux,
et cela dans des tendances parfois opposées
Les candidats à lélection présidentielle
battent la campagne, et dévoilent leurs programmes. En matière
de politique agricole, ils cherchent des idées nouvelles,
celles qui montreront à la fois leur intérêt
pour la cause, leur connaissance du dossier et qui seront source
de solutions aux problèmes posés. Où trouver
cette boîte à idées ? Tous pratiquement se sont
référés, tout ou partie, au rapport dorientation
des Jeunes agriculteurs.
Les revenus font parler
Pour preuve le thème de la rémunération agricole.
Dans les programmes tant de François Bayrou que de Jean-Pierre
Chevènement figure la volonté de placer une politique
de prix au centre de la discussion. Ensuite viennent les nuances.
François Bayrou trouve inopportun de baisser les aides directes
avant que les négociations avec lOMC naient abouti
et que lélargissement européen ne soit opéré.
Jean-Pierre Chevènement estime quil faut réorienter
les aides pour cesser de laisser les agriculteurs paraître
pour des chasseurs de prime et rétablir leur image de producteur.
Pour Jacques Chirac, il nest pas question de basculer en bloc
les aides du premier au deuxième pilier (cest-à-dire
de la rémunération de la production à leffort
environnemental), et il faut purement et simplement supprimer la
modulation quil considère comme un impôt. Pour
Lionel Jospin, les aides entrant dans le cadre de la Pac restent
valables jusquen 2006 et il ny a pas urgence à
les modifier avant cette date, même si la réflexion
doit commencer avant. Noël Mamère souhaite que lon
se pose la question de lemploi de ces aides dès à
présent et quon imagine leur réorientation,
après un débat avec la société civile
et toutes ses composantes. Pour le candidat Vert, il faut imaginer
une transition, car le système actuel nest pas viable
à terme. Selon Jean-Marie Le Pen, garantir un revenu décent
aux agriculteurs est une priorité. Alain Madelin parle lui
dun modèle pour la France qui nest ni lagriculteur
industriel de la terre, ni le jardinier de lespace, mais le
chef dune entreprise productive au cur du monde rural.
Robert Hue constate que les Américains sont sur le point
de renforcer les aides et se dit sensible aux arguments syndicaux
selon lesquels les prix doivent jouer un plus grand rôle.
Le chasseur Jean Saint-Josse veut, dune manière très
générale, défendre les valeurs permanentes
de proximité et les hommes et les femmes des terroirs. Cela
passe par soutenir une Pac équilibrée assurant aux
agriculteurs et aux pêcheurs des prix et des revenus décents.
Arlette Laguiller, elle, dénonce la course à lexportation
voulue par la destination des aides. Elle précise que les
subventions permettent de dédommager un peu les plus pauvres
contraints de quitter la terre tout en arrosant généreusement
les plus riches.
Favoriser linstallation : (presque)
tous y pensent !
Tout le monde ne sest pas avancé sur le sujet de linstallation,
mais beaucoup lont fait. François Bayrou estime que
la volonté de faire passer linstallation dans les CTE
était une fausse bonne idée. Il est inquiet de constater
la chute du nombre dinstallations et estime quil y a
une action significative à mener dans ce domaine. Lionel
Jospin pense que des mesures fiscales peuvent permettre dalléger
les charges, à condition que ce soit en faveur de lemploi,
donc, entre autres, de linstallation des jeunes. Jean-Pierre
Chevènement donne franchement une priorité à
tout ce qui peut favoriser linstallation des jeunes agriculteurs,
en baissant notamment les charges de la transmission. Robert Hue
estime que lEtat doit mettre de largent pour une transmission
plus facile des exploitations et insiste sur les difficultés
rencontrées par les candidats à linstallation
hors-cadre familial. Jacques Chirac propose une aide au financement
du fonds de roulement, élément déterminant
dans les dix premières années de linstallation.
Dune manière générale, il veut faciliter
la transmission. Alain Madelin prône plus de liberté
daction par la baisse des impôts, en particulier lallègement
des droits de mutation et de succession. Jean-Marie Le Pen veut
lutter contre la désertification rurale. Noël Mamère
place sa priorité pour la lutte contre les charges qui pèsent
sur lemploi. Jean Saint-Josse met laccent sur la création
et la transmission accompagnées des entreprises rurales dans
leur ensemble.
Echanges internationaux : protégeons,
protégeons !
Lidée de protéger le marché intérieur
européen fait son chemin. Jean-Pierre Chevènement
place carrément les idées des Jeunes agriculteurs
au cur du débat ! Noël Mamère est pour
une souveraineté alimentaire, faite de grandes entités
régionales, par exemple continentales, capables de développer
leur propre agriculture pour leur marché et non pour lexportation.
Robert Hue pense quil est vital de se battre pour la préférence
communautaire. Jean-Marie Le Pen se positionne pour la mise en uvre
de la préférence nationale pour les produits agricoles.
Alain Madelin pense que le marché européen doit être
protégé. François Bayrou propose une préférence
communautaire rénovée pour faire avancer de pair une
constitutionnalité européenne avec une évolution
budgétaire des prix. Lionel Jospin dit que lagriculture
ne doit pas être considérée comme les autres
en matière de commerce. Jacques Chirac pense que laide
aux pays en voie de développement mérite une approche
nouvelle et quil faut développer un accès au
marché avec un délai plus important sur la normalisation
pour ceux qui en ont besoin. Jean Saint-Josse veut défendre
lagriculture française dans le cadre de lOMC.
Environnement, bio, CTE
En matière denvironnement, tout le monde ne propose
pas les mêmes solutions. Noël Mamère imagine une
fiscalité écologique, une contrainte par la loi décidée
en concertation. Il pense que la maîtrise de la production
a un impact énorme sur lavenir. Il veut encourager
le bio. Arlette Laguiller voit dans le bio une mode qui pose plusieurs
problèmes, le premier dentre eux étant dêtre
nettement plus cher que le pas-bio, et donc décarter
les classes populaires de la consommation. Jean-Pierre Chevènement
est pour une agriculture plus respectueuse de la qualité
des produits et de lenvironnement. Jean Saint-Josse pense
quil faut susciter la qualité de vie par une production
et une alimentation saines. Lionel Jospin veut renforcer la qualité
en garantissant la sécurité des aliments. Jacques
Chirac prône une agriculture écologiquement responsable
et économiquement forte.
Le CTE a ses défenseurs comme ses détracteurs. Pour
Lionel Jospin, cest une politique qui démarre, apte
à venir en aide à toute une série dexploitations
de petite taille. Noël Mamère ne voit pas pourquoi on
jetterait lopprobre sur les CTE. Jean-Pierre Chevènement
voit dans lidée de contrat du CTE un bon concept, mais
quon ne peut pas mettre à toutes les sauces, les CTE
transmission et installation nétant pas adaptés
aux besoins. François Bayrou parle du casse-tête du
financement des CTE et envisage une vision plus ouverte, qui ne
soit pas une vision administrative de la gestion agricole. Jacques
Chirac déplore que le gouvernement actuel veuille continuer
le CTE, un milliard deuros daides ayant selon lui échappé
aux agriculteurs français du fait de la non-validité
des CTE à léchelon européen. Il envisage
le retour au fonds de gestion de lespace rural, mais en laménageant
en raisonnant par bassins de production. Alain Madelin est pour
plus de simplicité dans les procédures.
Ces quelques morceaux choisis dans les programmes des principaux
candidats montrent que tous ont picoré, avec plus ou moins
dappétit, dans le discours des JA. Une urne est déjà
pleine, celle des Jeunes agriculteurs !
Avertissement. Nos
sources dinformation ont trois origines : un débat
récemment organisé par lAFJA (Association française
des journalistes agricoles) avec les députés (dans
lordre alphabétique)
Marie-Hélène Aubert (Verts), Christian Jacob (RPR),
André Lajoignie (PC), Béatrice Marre (PS) et François
Sauvadet (UDF), plus Yvon Bec, chargé des affaires agricoles
du MDC, porte-parole, respectivement, de Noël Mamère,
Jacques Chirac, Robert Hue, Lionel Jospin, François Bayrou
et Jean-Pierre Chevènement ; un article paru en page 3 du
quotidien Libération daté du 23 février 2002
; les sites internet dAlain Madelin, Jean-Marie Le Pen, Lutte
Ouvrière (Arlette Laguiller) et Jean Saint-Josse. Les terminologies
utilisées dans cet article viennent toutes dun discours
officiel, mais nous avons évité de placer les citations
entre guillemets car certaines sont issues directement du candidat,
dautres dun porte-parole et les dernières, enfin,
de la rédaction des articles sur le site internet.
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