LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 571 | Avril 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Lionel Jospin au Salon de l’agriculture, à Paris, le 25 février 2002.


Jacques Chirac au salon du Space, à Rennes, le 11 septembre 2001.



actualité

France

Elections présidentielles

Les propositions des Jeunes agriculteurs au cœur du débat

Sans parti pris ni ordre préférentiel ni commentaires, nous donnons ici les grandes lignes des programmes agricoles des principaux candidats à l’élection présidentielle. Avec un sourire en coin : on a l’impression, parfois, de relire des pans entiers – reformulés tout de même – du rapport d’orientation des Jeunes agriculteurs d’Annecy-le-Vieux, et cela dans des tendances parfois opposées…

Les candidats à l’élection présidentielle battent la campagne, et dévoilent leurs programmes. En matière de politique agricole, ils cherchent des idées nouvelles, celles qui montreront à la fois leur intérêt pour la cause, leur connaissance du dossier et qui seront source de solutions aux problèmes posés. Où trouver cette boîte à idées ? Tous pratiquement se sont référés, tout ou partie, au rapport d’orientation des Jeunes agriculteurs.

Les revenus font parler

Pour preuve le thème de la rémunération agricole. Dans les programmes tant de François Bayrou que de Jean-Pierre Chevènement figure la volonté de placer une politique de prix au centre de la discussion. Ensuite viennent les nuances. François Bayrou trouve inopportun de baisser les aides directes avant que les négociations avec l’OMC n’aient abouti et que l’élargissement européen ne soit opéré. Jean-Pierre Chevènement estime qu’il faut réorienter les aides pour cesser de laisser les agriculteurs paraître pour des chasseurs de prime et rétablir leur image de producteur. Pour Jacques Chirac, il n’est pas question de basculer en bloc les aides du premier au deuxième pilier (c’est-à-dire de la rémunération de la production à l’effort environnemental), et il faut purement et simplement supprimer la modulation qu’il considère comme un impôt. Pour Lionel Jospin, les aides entrant dans le cadre de la Pac restent valables jusqu’en 2006 et il n’y a pas urgence à les modifier avant cette date, même si la réflexion doit commencer avant. Noël Mamère souhaite que l’on se pose la question de l’emploi de ces aides dès à présent et qu’on imagine leur réorientation, après un débat avec la société civile et toutes ses composantes. Pour le candidat Vert, il faut imaginer une transition, car le système actuel n’est pas viable à terme. Selon Jean-Marie Le Pen, garantir un revenu décent aux agriculteurs est une priorité. Alain Madelin parle lui d’un modèle pour la France qui n’est ni l’agriculteur industriel de la terre, ni le jardinier de l’espace, mais le chef d’une entreprise productive au cœur du monde rural. Robert Hue constate que les Américains sont sur le point de renforcer les aides et se dit sensible aux arguments syndicaux selon lesquels les prix doivent jouer un plus grand rôle. Le chasseur Jean Saint-Josse veut, d’une manière très générale, défendre les valeurs permanentes de proximité et les hommes et les femmes des terroirs. Cela passe par soutenir une Pac équilibrée assurant aux agriculteurs et aux pêcheurs des prix et des revenus décents. Arlette Laguiller, elle, dénonce la course à l’exportation voulue par la destination des aides. Elle précise que les subventions permettent de dédommager un peu les plus pauvres contraints de quitter la terre tout en arrosant généreusement les plus riches.

Favoriser l’installation : (presque) tous y pensent !

Tout le monde ne s’est pas avancé sur le sujet de l’installation, mais beaucoup l’ont fait. François Bayrou estime que la volonté de faire passer l’installation dans les CTE était une fausse bonne idée. Il est inquiet de constater la chute du nombre d’installations et estime qu’il y a une action significative à mener dans ce domaine. Lionel Jospin pense que des mesures fiscales peuvent permettre d’alléger les charges, à condition que ce soit en faveur de l’emploi, donc, entre autres, de l’installation des jeunes. Jean-Pierre Chevènement donne franchement une priorité à tout ce qui peut favoriser l’installation des jeunes agriculteurs, en baissant notamment les charges de la transmission. Robert Hue estime que l’Etat doit mettre de l’argent pour une transmission plus facile des exploitations et insiste sur les difficultés rencontrées par les candidats à l’installation hors-cadre familial. Jacques Chirac propose une aide au financement du fonds de roulement, élément déterminant dans les dix premières années de l’installation. D’une manière générale, il veut faciliter la transmission. Alain Madelin prône plus de liberté d’action par la baisse des impôts, en particulier l’allègement des droits de mutation et de succession. Jean-Marie Le Pen veut lutter contre la désertification rurale. Noël Mamère place sa priorité pour la lutte contre les charges qui pèsent sur l’emploi. Jean Saint-Josse met l’accent sur la création et la transmission accompagnées des entreprises rurales dans leur ensemble.

Echanges internationaux : protégeons, protégeons !

L’idée de protéger le marché intérieur européen fait son chemin. Jean-Pierre Chevènement place carrément les idées des Jeunes agriculteurs au cœur du débat ! Noël Mamère est pour une souveraineté alimentaire, faite de grandes entités régionales, par exemple continentales, capables de développer leur propre agriculture pour leur marché et non pour l’exportation. Robert Hue pense qu’il est vital de se battre pour la préférence communautaire. Jean-Marie Le Pen se positionne pour la mise en œuvre de la préférence nationale pour les produits agricoles. Alain Madelin pense que le marché européen doit être protégé. François Bayrou propose une préférence communautaire rénovée pour faire avancer de pair une constitutionnalité européenne avec une évolution budgétaire des prix. Lionel Jospin dit que l’agriculture ne doit pas être considérée comme les autres en matière de commerce. Jacques Chirac pense que l’aide aux pays en voie de développement mérite une approche nouvelle et qu’il faut développer un accès au marché avec un délai plus important sur la normalisation pour ceux qui en ont besoin. Jean Saint-Josse veut défendre l’agriculture française dans le cadre de l’OMC.

Environnement, bio, CTE…

En matière d’environnement, tout le monde ne propose pas les mêmes solutions. Noël Mamère imagine une fiscalité écologique, une contrainte par la loi décidée en concertation. Il pense que la maîtrise de la production a un impact énorme sur l’avenir. Il veut encourager le bio. Arlette Laguiller voit dans le bio une mode qui pose plusieurs problèmes, le premier d’entre eux étant d’être nettement plus cher que le pas-bio, et donc d’écarter les classes populaires de la consommation. Jean-Pierre Chevènement est pour une agriculture plus respectueuse de la qualité des produits et de l’environnement. Jean Saint-Josse pense qu’il faut susciter la qualité de vie par une production et une alimentation saines. Lionel Jospin veut renforcer la qualité en garantissant la sécurité des aliments. Jacques Chirac prône une agriculture écologiquement responsable et économiquement forte.
Le CTE a ses défenseurs comme ses détracteurs. Pour Lionel Jospin, c’est une politique qui démarre, apte à venir en aide à toute une série d’exploitations de petite taille. Noël Mamère ne voit pas pourquoi on jetterait l’opprobre sur les CTE. Jean-Pierre Chevènement voit dans l’idée de contrat du CTE un bon concept, mais qu’on ne peut pas mettre à toutes les sauces, les CTE transmission et installation n’étant pas adaptés aux besoins. François Bayrou parle du casse-tête du financement des CTE et envisage une vision plus ouverte, qui ne soit pas une vision administrative de la gestion agricole. Jacques Chirac déplore que le gouvernement actuel veuille continuer le CTE, un milliard d’euros d’aides ayant selon lui échappé aux agriculteurs français du fait de la non-validité des CTE à l’échelon européen. Il envisage le retour au fonds de gestion de l’espace rural, mais en l’aménageant en raisonnant par bassins de production. Alain Madelin est pour plus de simplicité dans les procédures.
Ces quelques morceaux choisis dans les programmes des principaux candidats montrent que tous ont picoré, avec plus ou moins d’appétit, dans le discours des JA. Une urne est déjà pleine, celle des Jeunes agriculteurs !

Avertissement. Nos sources d’information ont trois origines : un débat récemment organisé par l’AFJA (Association française des journalistes agricoles) avec les députés (dans l’ordre alphabétique)
Marie-Hélène Aubert (Verts), Christian Jacob (RPR), André Lajoignie (PC), Béatrice Marre (PS) et François Sauvadet (UDF), plus Yvon Bec, chargé des affaires agricoles du MDC, porte-parole, respectivement, de Noël Mamère, Jacques Chirac, Robert Hue, Lionel Jospin, François Bayrou et Jean-Pierre Chevènement ; un article paru en page 3 du quotidien Libération daté du 23 février 2002 ; les sites internet d’Alain Madelin, Jean-Marie Le Pen, Lutte Ouvrière (Arlette Laguiller) et Jean Saint-Josse. Les terminologies utilisées dans cet article viennent toutes d’un discours officiel, mais nous avons évité de placer les citations entre guillemets car certaines sont issues directement du candidat, d’autres d’un porte-parole et les dernières, enfin, de la rédaction des articles sur le site internet.