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SOMMAIRE | N° 570 | Mars 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Casques sur les oreilles pour la traduction, l'attention est soutenue chez les JA français.

 








A la tribune, Hans-Beno Wichert, François Huwart et Jean-Luc Duval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le professeur Marcel Mazoyer, devant les JA.

 

«Mettre en œuvre le cercle vertueux du développement de l'agriculture»



L’événement

Conseil européen des Jeunes Agriculteurs

L’Europe agricole de demain
s’est construite à Chartres

Le séminaire du Ceja qui s’est déroulé les 1er, 2 et 3 février à Chartres a tenu ses objectifs : harmoniser un discours européen des jeunes agriculteurs, intégrer ceux qui sont issus des Peco à la réflexion, et enfin, pour les JA français, s’impliquer à tous les degrés de celle-ci de manière à en rester les maîtres-d’œuvre.

Chartres, connue surtout pour sa cathédrale d’un autre âge, se pare d’un coup de l’image d’une terre d’avenir. Les Jeunes Agriculteurs venus de toute l’Europe, au sens élargi du terme, s’y bousculent et confrontent leurs idées, projettent sur les échéances futures (révision de la Pac, élargissement, OMC...) leur réalisme et leurs arguments de terrain.
Ce fourmillement ne passe pas inaperçu. Les élus locaux font en sorte de se montrer en cette compagnie réjouissante même si, une fois sur place, ils se rendent compte qu’ils doivent aussi répondre à des questions de fond, si délicates à éluder… La presse locale s’empare de l’événement et les journalistes font jouer la concurrence à un point tel que la conférence de presse initialement programmée en fin de séminaire n’a plus d'utilité, tous les protagonistes ayant déjà été interviewés. Les Jeunes Agriculteurs sont respectés et source de curiosité. Ils charment un auditoire à l’origine peu habitué à la technicité de leurs discours.
Le séminaire a d’abord profité du talent de ses intervenants. Marcel Mazoyer, professeur à l'institut national d'agronomie (Ina), a dépeint la situation agricole et alimentaire mondiale, argumentant son propos autour du maintien des prix agricoles : selon lui, le fait de les baisser ne permet pas de mieux nourrir la population humaine souffrant de malnutrition, mais au contraire contribue à l'appauvrir.
Ralph Ichter, consultant agricole à Washington, a décortiqué les politiques agricoles américaines (Farm Bill et Fair Act), avant d’avancer son diagnostic : ces méthodes, qui consistent à inonder d'aides les fermiers américains pour qu'ils puissent conquérir le marché mondial grâce à des prix bas, font - malheureusement pour les autres agricultures - leurs preuves. Et il estime donc que les Américains ne vont pas changer de politique agricole avant plusieurs années.

Une organisation sans faille

Un séminaire du Ceja réclame toute une organisation. « Le choix de Chartres n’a été retenu qu’en novembre, explique Benoît Goussard, président des JA d‘Eure-et-Loir. Il a fallu trouver le lieu des débats, prendre en charge l’hébergement, la restauration, penser au financement des interprètes, s’occuper de la sono de la salle… Bien sûr, nous n’avons pas été tout seuls. Les interprètes sont ceux qui ont l’habitude de travailler avec le Ceja. Les JA nationaux nous ont aussi donné un coup de main.
« Nous avions tout intérêt à accueillir ce séminaire. D’abord parce que, dans la région, nous sommes concernés à 90 % par des productions aidées par Bruxelles. Et il n’existe guère de base plus solide pour exposer nos idées sur la politique agricole européenne qu’un Ceja. Ensuite pour nos jeunes, pour qu’ils glanent, à travers les débats, toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension des systèmes en place. Enfin, pour organiser un événement important dans le département, nous sommes limités, pour des raisons de capacité d’hébergement notamment, à 200 personnes au maximum. Nous ne pouvons pas, par exemple, prendre en charge un congrès. Pour toutes ces raisons, l’opportunité du Ceja était vraiment très belle. »

D’autres invités ont ajouté au prestige de la réunion, comme Philippe Lirochon, président de la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir, le Néerlandais Arie van den Brand, membre du groupe de Bruges, le député européen Georges Garot ou le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur François Huwart.

Une assemblée participative

Le débat fut également nourri par le rapport d’orientation adopté à Annecy-le-Vieux en juin 2001 et présenté à Chartres par Didier Louvel, membre du bureau des JA. Cette base de travail a délié les langues. Les interventions ont jailli d’Espagne, d’Italie, des Pays-Bas, du Danemark, de la Finlande ou encore du Portugal. Gabriel Company, des Baléares, a constaté que, « après une période de productivité, il (fallait) désormais penser à la qualité… Mais pour le consommateur, c’est toujours le porte-monnaie qui choisit : en tant qu’agriculteurs, nous avons de moins en moins de poids social. » Raymond Brady a témoigné de son expérience irlandaise : « Lorsque le jeune agriculteur formé revient à la ferme, il est souvent obligé d’agrandir l’exploitation pour garder un revenu convenable. » L’Espagnol Albert Falip s’est inquiété de « l’augmentation du nombre d’agriculteurs qui travaillent à temps partiel ». Enfin, l’Allemand Hans-Beno Wichert, président du Ceja, a résumé le point de vue général : « Lorsqu’on élabore une nouvelle politique, on pense à l’avenir. Pourquoi ne pas penser aux jeunes agriculteurs ? Le vieillissement de la population agricole est inacceptable. Si nous laissons faire, la prise de conscience pourrait arriver trop tard. C’est le travail du Ceja de mobiliser autour de ces idées. »
Les JA français ont, bien sûr, fortement alimenté le débat d’idées. Jean-Luc Duval, président des Jeunes Agriculteurs, a ainsi évoqué la « diminution forte du nombre d'installations » pour enchaîner : « Les agriculteurs veulent vivre du prix de leurs produits. En aucun cas, l'OMC (NDLR : Organisation mondiale du commerce) ne doit dicter sa loi à la Pac (NDLR : politique agricole commune). Pour être durable, l'agriculture doit être économiquement viable. »
De leur côté, les représentants venus de chaque pays d’Europe centrale ou orientale (Peco), plus discrets devant les micros, ont pris des notes précieuses. Pour eux, il s’est agi de prendre date avant l’élargissement.
Le prochain grand rendez-vous international des Jeunes Agriculteurs organisé en France sera le congrès mondial, programmé en juin 2003 à Paris.

Antoine Jeandey