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SOMMAIRE | N° 570 | Mars 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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L’interview imaginaire
Gérard Budin, président de SODIAAL

«Yoplait est une grande marque coopérative»

JA a (presque) rencontré Gérard Budin, président du groupe Sodiaal, au moment du rapprochement entre Yoplait et Paribas.

JA : Alors Gérard, on entend parler d’un partenariat entre Yoplait et Paribas. Tu pourrais nous en dire quelques mots ?
Gérard Budin : Appelle-moi Gégé, tu me feras plaisir. Quelques mots sur ce partenariat ? Eh bien, vois-tu, Paribas va nous apporter beaucoup d’argent, voilà. C’est une grande chance pour Yoplait, la deuxième marque mondiale de yaourt.

JA : Mais quelle va être la contrepartie ?
G.B. : La contrepartie de quoi ?

JA : Tu viens de me dire que Paribas allait apporter beaucoup d’argent. Mais Paribas c’est une banque. Une banque n’apporte pas de l’argent comme ça, sans contrepartie.
G.B. : Non, bien sûr, mais je te rappelle que Yoplait est la deuxième marque mondiale de yaourt. C’est une grande chance pour Paribas.

JA : C’est-à-dire ?
G.B. : Laisse tomber, petit, c’est de la finance, tout ça, c’est très compliqué, tu comprends. Il faut juste que tu saches que Paribas va nous apporter plein de sous, c’est tout. C’est une grande chance pour Yoplait.

JA : Si ça t’ennuie pas je voudrais comprendre un peu, quand même. En gros, Paribas achète une part de Yoplait, c’est ça ?
G.B. (sursaute) : Mais jamais de la vie ! Yoplait n’est pas à vendre. Yoplait est une grande marque coopérative. Elle appartient aux paysans. Il n’a jamais été question de la vendre.

JA : J’ai lu que Paribas allait reprendre 50 % du capital de la filiale Yoplait. C’est donc que Yoplait n’appartient plus intégralement aux paysans ?
G.B. (commence à transpirer) : Ecoute, petit, les chiffres, on leur fait dire ce qu’on veut. Moi je peux te prouver n’importe quoi avec des chiffres. 50 % par-ci, 50 % par-là, ça ne veut rien dire. Yoplait est une grande marque coopérative. Vive la coopération !

JA : Quand même, Gérard, tu pousses un peu. 50 % du capital, c’est clair. Yoplait a été partiellement mis en vente, c’est tout.
G.B. : Mais non pas « mis en vente » ! pas du tout ! Yoplait s’est trouvé un partenaire, pas un acheteur ! ce partenaire se trouve être un partenaire financier : et alors ? La dernière fois j’ai un directeur qui a tenté un partenariat avec un industriel concurrent, Lactalis, et le syndicalisme en a fait tout un foin ! là c’est un partenaire qui ne fait pas le même métier : on est complémentaire. Vive la coopération !

JA : Tu joues sur les mots, Gérard. D’autant plus que Yoplait sera carrément placé en bourse, à terme. Si c’est pas une mise en vente, ça !
G.B. : (se passe un mouchoir sur le visage) : Ab-so-lu-ment-pas. Mais alors pas du tout. La bourse, ça rapporte ! ça crée de la valeur ! ça aspire les capitaux ! Yoplait est la deuxième marque mondiale de yaourt ! Vive la coopération !

JA : N’empêche. Yoplait est une marque qui reflète la valeur du travail paysan. Ceux qui en achèteront des actions seront rémunérés grâce à ce travail, qui aura été conduit avant eux et qui n’aura rien rapporté, jusque-là, aux sociétaires. Je ne vois pas bien la logique du choix coopératif, là.
G.B. (se met à trembler) : Mais si ! ça tombe sous le sens ! Yoplait a rapporté et continuera à le faire : ça fait vendre le lait des sociétaires. Il ne faut pas oublier ça. Sinon, pfuiitt ! Plus de lait. Plus de paysans.

JA : C’est ça : les paysans doivent se sentir payés d’avoir un accès au marché. Ce que rapporte le marché profite à d’autres, mais ça on n’y peut rien.
G.B. (se calme un peu) : Voilà… tu deviens raisonnable, petit… tu vas bientôt pouvoir arrêter le syndicalisme et te mettre à l’économique.

JA : Une dernière question, Gérard : pour toi, ce n’est pas le travail qui crée de la valeur ? C’est la spéculation ?
G.B. (soulagé) : Tu comprends vite, petit. Mais on va s’arrêter là pour aujourd’hui, hein ? Allez, à la prochaine.