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Actualité
Humour
Linterview imaginaire
Gérard Budin, président
de SODIAAL
«Yoplait est une grande
marque coopérative»
JA a (presque) rencontré Gérard
Budin, président du groupe Sodiaal, au moment du rapprochement
entre Yoplait et Paribas.
JA : Alors Gérard, on entend
parler dun partenariat entre Yoplait et Paribas. Tu pourrais
nous en dire quelques mots ?
Gérard Budin : Appelle-moi
Gégé, tu me feras plaisir. Quelques mots sur ce partenariat
? Eh bien, vois-tu, Paribas va nous apporter beaucoup dargent,
voilà. Cest une grande chance pour Yoplait, la deuxième
marque mondiale de yaourt.
JA : Mais quelle va être la
contrepartie ?
G.B. : La contrepartie de quoi ?
JA : Tu viens de me dire que Paribas
allait apporter beaucoup dargent. Mais Paribas cest
une banque. Une banque napporte pas de largent comme
ça, sans contrepartie.
G.B. : Non, bien sûr, mais je
te rappelle que Yoplait est la deuxième marque mondiale de
yaourt. Cest une grande chance pour Paribas.
JA : Cest-à-dire ?
G.B. : Laisse tomber, petit, cest
de la finance, tout ça, cest très compliqué,
tu comprends. Il faut juste que tu saches que Paribas va nous apporter
plein de sous, cest tout. Cest une grande chance pour
Yoplait.
JA : Si ça tennuie pas
je voudrais comprendre un peu, quand même. En gros, Paribas
achète une part de Yoplait, cest ça ?
G.B. (sursaute) : Mais jamais de la
vie ! Yoplait nest pas à vendre. Yoplait est une grande
marque coopérative. Elle appartient aux paysans. Il na
jamais été question de la vendre.
JA : Jai lu que Paribas allait
reprendre 50 % du capital de la filiale Yoplait. Cest donc
que Yoplait nappartient plus intégralement aux paysans
?
G.B. (commence à transpirer)
: Ecoute, petit, les chiffres, on leur fait dire ce quon veut.
Moi je peux te prouver nimporte quoi avec des chiffres. 50
% par-ci, 50 % par-là, ça ne veut rien dire. Yoplait
est une grande marque coopérative. Vive la coopération
!
JA : Quand même, Gérard,
tu pousses un peu. 50 % du capital, cest clair. Yoplait a
été partiellement mis en vente, cest tout.
G.B. : Mais non pas « mis en
vente » ! pas du tout ! Yoplait sest trouvé un
partenaire, pas un acheteur ! ce partenaire se trouve être
un partenaire financier : et alors ? La dernière fois jai
un directeur qui a tenté un partenariat avec un industriel
concurrent, Lactalis, et le syndicalisme en a fait tout un foin
! là cest un partenaire qui ne fait pas le même
métier : on est complémentaire. Vive la coopération
!
JA : Tu joues sur les mots, Gérard.
Dautant plus que Yoplait sera carrément placé
en bourse, à terme. Si cest pas une mise en vente,
ça !
G.B. : (se passe un mouchoir sur le
visage) : Ab-so-lu-ment-pas. Mais alors pas du tout. La bourse,
ça rapporte ! ça crée de la valeur ! ça
aspire les capitaux ! Yoplait est la deuxième marque mondiale
de yaourt ! Vive la coopération !
JA : Nempêche. Yoplait
est une marque qui reflète la valeur du travail paysan. Ceux
qui en achèteront des actions seront rémunérés
grâce à ce travail, qui aura été conduit
avant eux et qui naura rien rapporté, jusque-là,
aux sociétaires. Je ne vois pas bien la logique du choix
coopératif, là.
G.B. (se met à trembler) :
Mais si ! ça tombe sous le sens ! Yoplait a rapporté
et continuera à le faire : ça fait vendre le lait
des sociétaires. Il ne faut pas oublier ça. Sinon,
pfuiitt ! Plus de lait. Plus de paysans.
JA : Cest ça : les paysans
doivent se sentir payés davoir un accès au marché.
Ce que rapporte le marché profite à dautres,
mais ça on ny peut rien.
G.B. (se calme un peu) : Voilà
tu deviens raisonnable, petit
tu vas bientôt pouvoir
arrêter le syndicalisme et te mettre à léconomique.
JA : Une dernière question,
Gérard : pour toi, ce nest pas le travail qui crée
de la valeur ? Cest la spéculation ?
G.B. (soulagé) : Tu comprends
vite, petit. Mais on va sarrêter là pour aujourdhui,
hein ? Allez, à la prochaine.
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