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Lévénement
Agriculture raisonnée
Un pas en avant
On en parlait depuis le Sommet de la Terre de Rio, voici dix
ans. Février 2002 a marqué pour la France la mise en uvre
de cette nouvelle perspective de développement.
Cest sur un « large accord », selon les participants,
que sest conclue, le 8 janvier dernier, la réunion
du Conseil supérieur dorientation et de coordination
de léconomie agricole et alimentaire (CSO). Ce Conseil
réunit, sous la présidence du ministre de lAgriculture,
lensemble des instances de la filière agro-alimentaire,
des organisations professionnelles agricoles jusquaux associations
de consommateurs. Cet accord est dautant plus notable quil
sest fait sur la définition dun référentiel
précis ; lequel devra être prochainement dans
les deux mois, a promis Jean Glavany institutionnalisé
par décret. Ce décret portera aussi création
dune Commission nationale de lagriculture raisonnée
et de la qualification des exploitations (Cnarque), qui aura pour
mission den accompagner la généralisation.
Lagriculture raisonnée, telle quelle avait été
définie au Sommet de Rio, doit être dabord économiquement
viable, ensuite saine pour lenvironnement et les produits,
enfin socialement équitable. Trois exigences dont la synthèse
est loin daller de soi. La profession a été
la première à prendre le problème à
bras le corps, avec la création du réseau Farre (Forum
de lagriculture raisonnée respectueuse de lenvironnement),
aujourdhui présidé par Christiane Lambert, présidente
du CNJA de 1994 à 1998. Ce réseau compte actuellement
350 exploitations, dans 52 départements, et un millier dassociés,
organismes divers, entreprises damont et daval. Il sest
doté dun conseil scientifique (quinze membres, issus
dorganismes de recherche, lInra, le Cemagref, les instituts
techniques par production, linstitut national agronomique),
des professionnels de lapprovisionnement (L Union des
industries de la protection des plantes, lUnion des industries
de la fertilisation), lOffice national de la chasse, lAgence
française de sécurité sanitaire des aliments
(Afssa). Un panel qui a permis au monde paysan dêtre
le précurseur de cette démarche aujourdhui dactualité.
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Agriculture
raisonnée Ques aco ?
Définition officielle du CSO : «Lagriculture
raisonnée correspond à des démarches
globales de gestion dexploitation qui visent, au-delà
du respect de la réglementation, à renforcer
les impacts positifs des pratiques agricoles sur lenvironnement
et à en réduire les effets négatifs,
sans remettre en cause la rentabilité économique
des exploitations. Les modes de production raisonnée
en agriculture consistent en la mise en uvre de moyens
techniques dans une approche globale de lexploitation.
Au-delà des impératifs de sécurité
alimentaire des produits agricoles qui simposent à
toutes les productions, les modes de production raisonnée
peuvent faciliter la maîtrise des risques sanitaires
et contribuer à lamélioration du bien-être
animal. Ils permettent aussi de contribuer à lamélioration
des conditions de travail.»
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Le réseau Farre a été aussi linitiateur
du débat au niveau européen : avec, en 1995, un colloque
sur « lagriculture raisonnée, base dune
agriculture durable » qui a réuni 250 participants,
venus de douze pays de lUnion. Cette réflexion commune
a abouti à la proposition dun Codex européen
de lagriculture raisonnée, et à la création
de lEisa (European initiative for sustainable development
in agriculture), qui fédère actuellement les organismes
similaires de six pays européens, lAllemagne, la Grande-Bretagne,
la France, lItalie, le Luxembourg, la Suède.
Le sujet, depuis, porté par les diverses peurs alimentaires
et les craintes environnementales dactualité, est devenu
central. Certaines filières se sont attelées au problème,
des régions spécialisées ont cherché
à se valoriser par des initiatives spécifiques, la
notion de terroir a séduit jusquà la grande
distribution. Bref les initiatives se sont multipliées, plus
ou moins improvisées, plus ou moins rigoureuses et vérifiables,
avec des cahiers des charges qui partaient un peu dans tous les
sens. Une situation de confusion qui a conduit le CAF (Conseil de
lagriculture française : Fnsea, JA, Apca, Cnmcca) à
travailler sur un projet de « socle commun » à
toutes les initiatives dagriculture raisonnée. Parallèlement,
le ministère de lAgriculture a commandé un rapport
à lInra. Ces deux initiatives ont nourri les travaux
du CSO du mois dernier, et le consensus qui doit permettre lélaboration
du prochain décret.
Le « socle commun » de lagriculture raisonnée,
donc, est un référentiel national dexigences
bien précises (mais sur la base du volontariat), qui vont
de la formation permanente à lépandage contrôlé
des fertilisants, à la gestion des effluents délevage
et à la protection des cultures, et à la gestion quantitative
de lirrigation, à lalimentation des animaux et
aux soins vétérinaires.
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Les critères
de qualification
La qualification des exploitations est délivrée
par un organisme certificateur agréé par les
pouvoirs publics, sur la base dun audit dexploitation.
Lauditeur contrôle le respect des disciplines
exigées par le référentiel national.
Lauditeur peut appartenir à lorganisme
certificateur ou à une structure-relais (chambre dagriculture,
coopérative, organisme professionnel...). Il doit satisfaire
à des critères de compétence et dimpartialité
qui évitent tout conflit avec des activités
commerciales ou de conseil.
Les exploitations sont qualifiées pour cinq ans. La
qualification pourra être retirée ou suspendue
en cas de non-respect par lexploitant des exigences
du référentiel.
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Lune des ambitions de lagriculture raisonnée
est de renforcer le lien entre les pratiques de culture et délevage
et leur environnement naturel. Le référentiel national
sera donc complété par la prise en compte dexigences
territoriales diversifiées. Exemples : dans les régions
à fort risque dérosion, maintien de dispositifs
de protection enherbés ou arborés ; dans les régions
de grandes cultures, fractionnement des apports en fertilisants,
calcul plus serré des rendements objectifs ; dans les régions
de cultures irriguées, gestion prévisionnelle et quantitative
rigoureuse de la ressource en eau etc. Cest au niveau régional
que ces exigences territoriales devront être définies.
Elles devraient en principe entrer en vigueur au 1er janvier 2004.
Georges Chatain
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