Les fongicides mesostemiques de Bayer Agro
SOMMAIRE | N° 569 | Février 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Terroir

Mi-figue, mi raisin

Porteur de fruits, reconnu pour ses bienfaits nutritionnels, le figuier est un arbre symbolique de l'histoire de l'Humanité.

Au Moyen âge, les raisins secs de Corinthe étaient très appréciés de l’Europe occidentale. A l’époque, le sucre était, comme le poivre et les épices, une denrée rare et exotique, le miel un produit de luxe, réservé aux seigneurs féodaux, auquel le petit peuple n’ avait pas accès. Il devait se contenter des éléments sucrés
familiers, notamment le raisin, le plus chargé en sucre des fruits européens. Et le raisin grec, séché et acheminé par les navigateurs vénitiens ou gênois, était alors le fin du fin.
Mais au départ ou au cours de cet acheminement, des producteurs ou des intermédiaires peu scrupuleux mêlaient aux raisins secs de Corinthe des figues, également sèches, moins réputées et moins chères, mais qui augmentaient le tonnage et se vendaient ainsi au prix maximum. C’est de là que vient, paraît-il, l’expression
« mi-figue mi-raisin », qui exprime le doute sur l’appréciation d’un doute ou d’un événement.
Ce n’est pas très gentil pour la figue, ainsi reléguée au rang de produit de substitution. Car ce fruit, méditerranéen d’origine, mais assez robuste pour s’acclimater dans des terroirs beaucoup plus nordiques, du Massif Central à l’Ile-de-France et même à la Bretagne, est l’un des fruits les plus chargés qui soient d’histoire et de symboles.

Les bienfaits de la figue

Le figuier est l’arbre le plus présent dans la Bible. Il ne manque pas de commentateurs pour prétendre que le fruit défendu, celui qui a jeté Adam et Eve, et toute leur descendance dont nous sommes, hors du Paradis terrestre, n’était pas une pomme, mais une figue. C’est même, selon Jean-Marie Pelt, l’historien des fruits et légumes (voir son livre Des fruits, éditions Fayard) la thèse de la première traduction en grec ancien (plus d’un siècle avant Jésus-Christ) de la Bible. Il ajoute même que lorsque les deux procréateurs de l’Humanité, après avoir mangé ce fruit défendu, et ainsi accédé à la connaissance, ils ont eu honte de leur nudité. Et se sont vite confectionnés des cache-sexe. Avec quoi ? Avec les larges et opaques feuilles de figuier.
Car le figuier est l’un des cinq arbres divins – avec la vigne, l’olivier, le palmier-dattier et le grenadier – que Dieu avait fait croître pour les Hébreux en Terre promise. Et il n’y a pas que la tradition judéo-chrétienne qui l’honore. Bien auparavant, 2500 ans avant Jésus-Christ, une fresque égyptienne du site de Beni Hassan figure une cueillette de figues. C’est aussi, selon les chroniques indiennes, sous un figuier que Bouddha reçut son illumination. Dans la mythologie grecque, cet arbre est fils de Démeter, la déesse de la terre et des moissons. Et dans la chronique romaine, c’est sous un figuier que sept siècles avant Jésus-Christ une louve recueillit et allaita Romulus et Rémus, les bébés-jumeaux abandonnés qui allaient fonder Rome, la ville éternelle.
Plus récemment, dit la chronique, la figue était le fruit préféré de Louis XIV, et que ce Roi-Soleil, qui ne supportait pas de ne pas être obéi dès qu’il claquait des doigts, avait obtenu d’en faire cultiver dans les serres de son château de Versailles.
Plus modestement la figue, fraîche ou sèche, est reconnue par les nutritionnistes comme porteuse d’une rafale de bienfaits : riche en vitamines, en glucides, en phosphore, calcium, oligo-éléments, régulatrice des fonctions digestives. Et, pour être plus prosaïquement gourmets, matière première d’une sympathique et robuste eau-de-vie maghrébine : la Boukha tunisienne.

Antoine Menoux