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Terroir
Mi-figue, mi raisin
Porteur de fruits, reconnu pour ses bienfaits
nutritionnels, le figuier est un arbre symbolique de l'histoire
de l'Humanité.
Au Moyen âge, les raisins secs de Corinthe
étaient très appréciés de lEurope
occidentale. A lépoque, le sucre était, comme
le poivre et les épices, une denrée rare et exotique,
le miel un produit de luxe, réservé aux seigneurs
féodaux, auquel le petit peuple n avait pas accès.
Il devait se contenter des éléments sucrés
familiers, notamment le raisin, le plus chargé en sucre des
fruits européens. Et le raisin grec, séché
et acheminé par les navigateurs vénitiens ou gênois,
était alors le fin du fin.
Mais au départ ou au cours de cet acheminement, des producteurs
ou des intermédiaires peu scrupuleux mêlaient aux raisins
secs de Corinthe des figues, également sèches, moins
réputées et moins chères, mais qui augmentaient
le tonnage et se vendaient ainsi au prix maximum. Cest de
là que vient, paraît-il, lexpression
« mi-figue mi-raisin », qui exprime le doute sur lappréciation
dun doute ou dun événement.
Ce nest pas très gentil pour la figue, ainsi reléguée
au rang de produit de substitution. Car ce fruit, méditerranéen
dorigine, mais assez robuste pour sacclimater dans des
terroirs beaucoup plus nordiques, du Massif Central à lIle-de-France
et même à la Bretagne, est lun des fruits les
plus chargés qui soient dhistoire et de symboles.
Les bienfaits de la figue
Le figuier est larbre le plus présent
dans la Bible. Il ne manque pas de commentateurs pour prétendre
que le fruit défendu, celui qui a jeté Adam et Eve,
et toute leur descendance dont nous sommes, hors du Paradis terrestre,
nétait pas une pomme, mais une figue. Cest même,
selon Jean-Marie Pelt, lhistorien des fruits et légumes
(voir son livre Des fruits, éditions Fayard) la thèse
de la première traduction en grec ancien (plus dun
siècle avant Jésus-Christ) de la Bible. Il ajoute
même que lorsque les deux procréateurs de lHumanité,
après avoir mangé ce fruit défendu, et ainsi
accédé à la connaissance, ils ont eu honte
de leur nudité. Et se sont vite confectionnés des
cache-sexe. Avec quoi ? Avec les larges et opaques feuilles de figuier.
Car le figuier est lun des cinq arbres divins avec
la vigne, lolivier, le palmier-dattier et le grenadier
que Dieu avait fait croître pour les Hébreux en Terre
promise. Et il ny a pas que la tradition judéo-chrétienne
qui lhonore. Bien auparavant, 2500 ans avant Jésus-Christ,
une fresque égyptienne du site de Beni Hassan figure une
cueillette de figues. Cest aussi, selon les chroniques indiennes,
sous un figuier que Bouddha reçut son illumination. Dans
la mythologie grecque, cet arbre est fils de Démeter, la
déesse de la terre et des moissons. Et dans la chronique
romaine, cest sous un figuier que sept siècles avant
Jésus-Christ une louve recueillit et allaita Romulus et Rémus,
les bébés-jumeaux abandonnés qui allaient fonder
Rome, la ville éternelle.
Plus récemment, dit la chronique, la figue était le
fruit préféré de Louis XIV, et que ce Roi-Soleil,
qui ne supportait pas de ne pas être obéi dès
quil claquait des doigts, avait obtenu den faire cultiver
dans les serres de son château de Versailles.
Plus modestement la figue, fraîche ou sèche, est reconnue
par les nutritionnistes comme porteuse dune rafale de bienfaits
: riche en vitamines, en glucides, en phosphore, calcium, oligo-éléments,
régulatrice des fonctions digestives. Et, pour être
plus prosaïquement gourmets, matière première
dune sympathique et robuste eau-de-vie maghrébine :
la Boukha tunisienne.
Antoine Menoux
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