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SOMMAIRE | N° 568 | Janvier 2002 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Terroir

L’avocat du diable

Venu des Amériques, ce fruit est devenu un familier des rayonnages de fruits et légumes européens...

L’avocat est un fruit vert à la saveur angélique, le piment un fruit rouge à la puissance diabolique. Opposés par la couleur et par le goût, ces deux fruits sont pourtant nés sur les mêmes terres des Amériques, et ont été ramenés ensemble par les caravelles de Christophe Colomb. Avec quelques recettes où ces deux contraires se marient dans de subtiles et pourtant robustes recettes indiennes, devenues universelles. Car l'avocat est aujourd'hui un fruit familier de l'Europe. L'arbre originel est guatémaltèque. Il a peu à peu, dans la nuit des temps, gagné le Mexique aztèque, qui lui a donné son nom, ahuacalt. Sa chair douce, mélangée à la force du piment, a donné le guacamole, cette pâte lisse devenue aussi cosmopolite que le hamburger et la pizza. Importé, donc, à la cour d'Espagne par les conquistadors, sous le nom approximatif d'aguacate, qui, par déformation populaire, est devenu avocado. La langue française n'avait plus qu'à traduire.
Depuis, l'avocat n'a pas seulement seulement conquis les linéaires des grandes surfaces, mais aussi les climats méditerranéens.
Il est aujourd'hui cultivé en Andalousie, en Sicile, en Sardaigne et dans quelques îles grecques, mais son territoire d'élection est Israël. En France, il est bien sûr un fruit des départements d'Outre-mer, proches de son terroir d'origine, Mais il est aussi récolté en Corse. Il s'y est implanté dans les années soixante, à l'initiative du centre Inra de San Giuliano.Les avocatiers y ont couvert jusqu'à 220 ha, dans des micro-climats propices, notamment vers la plaine orientale.

Un arbre transsexuel

Une implantation qui s'est révélée décevante. La plante est très sensible au froid et au vent, et deux hivers particulièrement rudes, en 1985 et 1986, ont fait des ravages et découragé les arboriculteurs qui s'étaient lancés dans l'aventure. D'autant que l'arbre est biennal, il ne fructifie qu'une année sur deux. Aujourd'hui, il ne reste plus en Corse que 25 hectares, et les restrictions de crédits pour la recherche ont fait abandonner le travail d'acclimatation.
Jean-Marc Gandoin, chercheur à l'Inra le regrette : « C'est un peu aléatoire, sans doute, dit-il, mais les agriculteurs qui cultivent des clémentines et des pomélos ne prendraient pas grand risque à se garder une parcelle réservée à ce fruit. Car lorsqu'il produit, c'est du sérieux, tant à la récolte qu'à la valeur ajoutée. » Un arbre, l'année où il fructifie, donne quelque 120 kilos d'avocats. A raison de 200 arbres à l'hectare, cela fait une récolte de 10 tonnes. Une récolte entièrement absorbée par le marché insulaire, alors que la France est le premier consommateur européen, et constitue un marché potentiel important.
Il est vrai que l'avocat n'est pas de culture facile. C'est un végétal au comportement bizarre, constamment transsexuel : une fleur mâle devient femelle le lendemain et réciproquement. Il faut donc prévoir des plantations où ces changements de sexe soient alternés d'un arbre à l'autre pour que la fécondation puisse se faire. La proximité d'un bon rucher ne peut pas faire de mal. Autre singularité :
l'avocat ne commence à mûrir qu'après avoir été cueilli ; les botanistes ont un mot pour désigner cette singularité, « climactérique ». Il faut attendre une bonne semaine, parfois deux, pour que le fruit fraichement acheté soit consommable. Mais il faut aussi surveiller ce mûrissement de très près, sous peine (comme pour un camembert) de dépasser irrémédiablement le moment idéal. Décidément, l'avocat est bien, mine de rien, aussi diabolique que son compatriote le piment. Mais c'est un bon diable.

Antoine Menoux