| Lévénement
Conférence ministérielle
de Doha
Micmac à lOMC
Réunis à Doha, les membres de lOMC sont
parvenus - non sans mal - à trouver un accord. Si le texte
adopté limite à court terme les dégâts
pour lagriculture européenne, lavenir reste inquiétant.
Les prochaines négociations seront déterminantes.
Deux paragraphes. Sur les onze pages que compte la déclaration
commune adoptée par les ministres des 142 pays réunis
à Doha, du 9 au 14novembre, pour la quatrième conférence
de lOMC, deux paragraphes seulement concernent lagriculture.
Pourtant, ces deux paragraphes ont bien failli faire échouer
lensemble de la conférence et bloquer le démarrage
dun nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales.
Une fois de plus, le secteur agricole a confirmé quil
restait traditionnellement un point délicat à lOMC.
Avant même louverture officielle de la conférence,
le projet de texte rédigé par Stuart Harbinson, en
évoquant des améliorations «substantielles»
de laccès aux marchés et des réductions
«substantielles» du soutien interne ce que nombre
dobservateurs traduisaient par un démantèlement
programmé de la politique agricole commune européenne
(voir JA novembre2001), faisait bondir la plupart des responsables
agricoles français.
Dès le début de la conférence, les Etats-Unis
sont passés à loffensive en réclamant
dentrée de jeu «une libéralisation de
lagriculture» et «lélimination des
subventions à lexportation». Dans la foulée,
le groupe de Cairns expliquait que son objectif était de
«mettre lagriculture au même niveau que les autres
productions en éliminant les subventions à lexportation,
les soutiens internes et en favorisant laccés aux marchés.»Bref,
dès les premières déclarations, lUnion
européenne, ou plus exactement sa politique agricole, se
retrouvait dans le box des accusés.
Sous la pression de la délégation agricole française,
et face au risque de voir lagriculture européenne sacrifiée
sur lautel du libéralisme, François Huwart,
le secrétaire dEtat français au commerce extérieur,
est monté au créneau pour dénoncer le projet
de texte agricole: «Il faut que lEurope reste absolument
maître de sa politique agricole commune et il ne serait pas
acceptable quà Doha on préempte lévolution
de la Pac, a déclaré le ministre français.
(
) La Pac, cest autre chose que la seule défense
des subventions à lexportation, cest aussi une
conception de lagriculture, de laménagement du
territoire. La France nest pas dans une stratégie déchec
mais jusquà la dernière minute dans une stratégie
de défense de ses ambitions, de ses exigences et de ses agriculteurs.»
La fermeté de la France et la menace non dissimulée
de bloquer le nouveau cycle de négociations auront permis
de sauver les meubles.
Formule magique
Ce sont finalement quelques mots, dapparence anodins, ajoutés
au projet de déclaration qui ont débloqué la
situation, le 14novembre (voir encadré). La formule magique
«sans préjudice du résultat des négociations»
permet à chaque protagoniste de trouver son compte dans la
déclaration. Les velléités de libéralisation
des marchés agricoles restent clairement affichées
améliorations substantielles de laccès
aux marchés; réductions de toutes les formes de subventions
à lexportation, en vue de leur retrait progressif;
réductions substantielles du soutien interne ayant des effets
de distorsion des échanges tout en laissant une possibilité
de neutraliser cette orientation au cours des négociations.
Pour Jean-Luc Duval, présent à Doha pendant la conférence
ministérielle, «lUnion européenne revient
de loin ». Sil se félicite que «la Pac
ne sera pas dictée par lOMC», le président
des Jeunes Agriculteurs regrette que cet accord tende vers «plus
de libéralisation des échanges. »
Pour la communauté internationale, lobjectif est atteint:
un nouveau cycle de négociations va pouvoir commencer. Dun
subtil décryptage des écrits, comme cela a été
le cas à Doha, il va falloir passer à la non moins
subtile conversion des textes en chiffres, pourcentages et montants.
Un marchandage de longue haleine, qui va sétaler sur
plusieurs années et pour lequel les négociateurs européens
sont prévenus: ils devront rester fermes sils souhaitent
préserver le modèle dagriculture familiale qui
prédomine en Europe. Au cas où ils loublieraient,
les agriculteurs européens, et français en particulier,
seront bien inspirés de le leur rappeler.
Vincent Lasseret
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