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Archimède
Faits et méfaits des tempêtes
La nature sait mettre à profit certains événements
catastrophiques pour prendre un nouvel élan. Ce fut le cas
pour les tempêtes de 1999.
Cest peu dire que les deux tempêtes qui ont traversé
lHexagone en décembre1999 ont provoqué une catastrophe
économique dans la filière du bois: les seules forêts
publiques (le tiers des forêts françaises) ont eu 130millions
darbres cassés ou couchés. Si on les mettait
bout à bout, cela ferait trois fois la distance Terre/Lune!
Il en a résulté 44millions de mètres cubes
de chablis, et un engorgement du marché sans précédent.
Avec des conséquences irrémédiables pour bon
nombre dexploitants.
Mais sagissait-il pour autant dune catastrophe écologique?
Rien nest moins sûr. Les événements catastrophiques
font partie du fonctionnement normal des écosystèmes.
La nature a toujours connu des incendies, des sécheresses,
des inondations ou des tempêtes, même si on peut discuter
de leur fréquence et de leur intensité. (Dailleurs
les épisodes de 1999 ne prouvent pas que nous soyons entrés
dans une ère de cataclysmes, comme certains lont annoncé.)
Les insectes dabord
En réalité, non seulement les écosystèmes
se remettent de ces événements exceptionnels, mais
ils savent les mettre à profit pour se diversifier et se
régénérer. Ainsi, même si une majorité
darbres sains ont été arrachés par les
vents, on sait que les peuplements vieillissants, trop serrés
ou faits despèces mal adaptées au terrain ont
payé le plus lourd tribut.
Surtout, louverture de grandes trouées dans le couvert
forestier que les arbres morts soient retirés ou restent
sur place a une conséquence majeure: larrivée
au sol dune bien plus grande quantité de chaleur et
de lumière. Ceci provoque une dégradation accélérée
des substances organiques, et donc un enrichissement rapide de la
fertilité du sol. Les plantes herbacées profitent
aussitôt de ces bonnes conditions pour se lancer dans une
croissance échevelée, ainsi que divers arbustes, notamment
les porteurs de baies comme les myrtilles. Une quantité de
nourriture très importante devient donc disponible au sol,
provoquant la prolifération de nombreux animaux.
Les insectes sont évidemment les premiers et les plus nombreux
à profiter de la situation nouvelle. A la suite dune
tempête qui dévasta les forêts suisses il y a
une décennie, les scientifiques ont constaté une augmentation
de 60% du nombre despèces darthropodes présentes.
Ils ont même dénombré, sur une seule parcelle,
170 variétés différentes de papillons! Ceci
sexplique aussi par le fait que les bois morts offrent une
multitude dabris à ces animaux, et hélas pour
les forestiers pas mal de nourriture, puisque diverses espèces
dites xylophages se nourrissent des bois tombés.
Ces proliférations dinvertébrés favorisent
naturellement leurs prédateurs: les oiseaux, bien sûr,
mais aussi beaucoup damphibiens, de reptiles et de micromammifères
(de type musaraigne) qui en profitent pour pulluler à leur
tour. Et on sait que ceux-ci constituent le garde-manger danimaux
plus gros, renards, rapaces nocturnes et autres carnivores
Enfin, ajoutons que les trouées permettent aussi aux chevreuils,
cerfs, sangliers et éventuellement chamois de se nourrir
plus facilement parfois, hélas, au prix dimportants
dégâts aux plantations.
Bref, et tous les usagers de la forêt lont constaté,
les densités danimaux et la variété des
espèces ont considérablement augmenté suite
à la tempête, notamment dans les zones où les
parcelles intactes coexistent avec des secteurs détruits.
Une pensée que les nombreux exploitants encore en proie à
de terribles difficultés risquent hélas de ne pas
trouver très consolante.
Yves Sciama
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