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SOMMAIRE | N° 567 | Décembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Les grandes trouées dans le couvert forestier, conséquences de la tempête de 1999, ont permis au sol de mieux capter la lumière et la chaleur. Et d’augmenter la densité d’animaux ainsi que la variété des espèces.



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Faits et méfaits des tempêtes

La nature sait mettre à profit certains événements catastrophiques pour prendre un nouvel élan. Ce fut le cas pour les tempêtes de 1999.

C’est peu dire que les deux tempêtes qui ont traversé l’Hexagone en décembre1999 ont provoqué une catastrophe économique dans la filière du bois: les seules forêts publiques (le tiers des forêts françaises) ont eu 130millions d’arbres cassés ou couchés. Si on les mettait bout à bout, cela ferait trois fois la distance Terre/Lune! Il en a résulté 44millions de mètres cubes de chablis, et un engorgement du marché sans précédent. Avec des conséquences irrémédiables pour bon nombre d’exploitants.
Mais s’agissait-il pour autant d’une catastrophe écologique? Rien n’est moins sûr. Les événements catastrophiques font partie du fonctionnement normal des écosystèmes. La nature a toujours connu des incendies, des sécheresses, des inondations ou des tempêtes, même si on peut discuter de leur fréquence et de leur intensité. (D’ailleurs les épisodes de 1999 ne prouvent pas que nous soyons entrés dans une ère de cataclysmes, comme certains l’ont annoncé.)

Les insectes d’abord

En réalité, non seulement les écosystèmes se remettent de ces événements exceptionnels, mais ils savent les mettre à profit pour se diversifier et se régénérer. Ainsi, même si une majorité d’arbres sains ont été arrachés par les vents, on sait que les peuplements vieillissants, trop serrés ou faits d’espèces mal adaptées au terrain ont payé le plus lourd tribut.
Surtout, l’ouverture de grandes trouées dans le couvert forestier – que les arbres morts soient retirés ou restent sur place – a une conséquence majeure: l’arrivée au sol d’une bien plus grande quantité de chaleur et de lumière. Ceci provoque une dégradation accélérée des substances organiques, et donc un enrichissement rapide de la fertilité du sol. Les plantes herbacées profitent aussitôt de ces bonnes conditions pour se lancer dans une croissance échevelée, ainsi que divers arbustes, notamment les porteurs de baies comme les myrtilles. Une quantité de nourriture très importante devient donc disponible au sol, provoquant la prolifération de nombreux animaux.
Les insectes sont évidemment les premiers et les plus nombreux à profiter de la situation nouvelle. A la suite d’une tempête qui dévasta les forêts suisses il y a une décennie, les scientifiques ont constaté une augmentation de 60% du nombre d’espèces d’arthropodes présentes. Ils ont même dénombré, sur une seule parcelle, 170 variétés différentes de papillons! Ceci s’explique aussi par le fait que les bois morts offrent une multitude d’abris à ces animaux, et hélas pour les forestiers pas mal de nourriture, puisque diverses espèces dites xylophages se nourrissent des bois tombés.
Ces proliférations d’invertébrés favorisent naturellement leurs prédateurs: les oiseaux, bien sûr, mais aussi beaucoup d’amphibiens, de reptiles et de micromammifères (de type musaraigne) qui en profitent pour pulluler à leur tour. Et on sait que ceux-ci constituent le garde-manger d’animaux plus gros, renards, rapaces nocturnes et autres carnivores… Enfin, ajoutons que les trouées permettent aussi aux chevreuils, cerfs, sangliers et éventuellement chamois de se nourrir plus facilement – parfois, hélas, au prix d’importants dégâts aux plantations.
Bref, et tous les usagers de la forêt l’ont constaté, les densités d’animaux et la variété des espèces ont considérablement augmenté suite à la tempête, notamment dans les zones où les parcelles intactes coexistent avec des secteurs détruits. Une pensée que les nombreux exploitants encore en proie à de terribles difficultés risquent hélas de ne pas trouver très consolante.

Yves Sciama