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Porcs
La Map garde ses mystères
Depuis six ans, la maladie de lamaigrissement du porcelet
sévit dans les élevages de porcs français.
Et les connaissances progressent très lentement.
Observée pour la première fois en 1995 dans les Côtes-dArmor,
sur quelques porcs seulement, la maladie de lamaigrissement
du porcelet (Map) touche aujourdhui un grand nombre délevages,
dans les régions à forte concentration. «En
1995, dans mon secteur dIlle-et-Vilaine, on comptait trois
ou quatre cas de Map, déclare Thierry Soulignac, vétérinaire
chez Coopagri. Actuellement, cest 70% des élevages
qui sont concernés.» La mortalité, qui varie
de 2 à 20% selon les exploitations et les lots, survient
en trois à quatre semaines, parfois en quelques jours. Alors
quelle ne touchait que les porcelets en fin de post-sevrage
(8 à 12 semaines dâge), la maladie semble aujourdhui
sétendre aux porcs plus âgés: dans une
étude de lAgence française de sécurité
sanitaire des aliments (Afssa) menée en 1999-2000, la Map
a été identifiée chez des porcelets de quinze
semaines.
«Lidentification de la Map est délicate car les
manifestations cliniques et leur gravité diffèrent
dun élevage à lautre et au cours du temps
dans un même élevage», observe Thierry Soulignac.
Néanmoins, les premiers signes cliniques sont souvent un
amaigrissement sévère et rapide des porcelets, un
aspect pâle des animaux et de la fièvre. Puis, des
symptômes respiratoires et digestifs apparaissent. «La
présence fréquente de lésions cutanées
et de lésions rénales laisse envisager une association
de lagent de la Map avec le virus du SDRP (Syndrome dermatite-néphrite)»,
ajoute François Madec de lAfssa. Avec des symptômes
si peu spécifiques, le diagnostic de la Map oblige à
recourir aux analyses tissulaires; Celles-ci révèlent
des atteintes pulmonaires, abdominales, rénales et lymphatiques
multiples (hypertrophie des organes, ulcères, dèmes).
Là encore, une grande variation des lésions existe
entre les individus.
Aujourdhui, lagent responsable de la Map est connu:
il sagit du circovirus porcin de type 2 (PCV2), un virus de
très petite taille (1,7 millionième de millimètres)
et de structure élémentaire (un simple brin dADN
sans enveloppe protectrice). Pour preuve: dans les organes lésés,
une quantité importante de PCV2 est systématiquement
retrouvée; de plus, linoculation expérimentale
de PCV2 à des porcelets sains induit des lésions caractéristiques
de la maladie et des symptômes comparables à ceux observés
en élevage. Le PCV2 fragilise le système immunitaire
et ouvre la voie à de nombreuses infections, doù
lapparition de symptômes digestifs, pulmonaires et cutanés.
«Pour mettre en évidence le PCV2, deux méthodes
existent: limmunohistochimie et lhybridation in-situ,
précise Hervé Morvan du laboratoire LDA 22. Limmunohistochimie
permet de détecter les antigènes du PCV2 (méthode
Elisa) par fixation à des enzymes fluorescentes produites
en laboratoire. Lhybridation in-situ permet didentifier
lADN du PCV2 grâce à une sonde moléculaire.»
La première méthode est plus sensible que la deuxième.
Plusieurs interrogations restent en suspens: pourquoi la Map nest
apparue quen 1995 alors que le PCV2 a été retrouvé
dans certains sérums de porcs conservés depuis 1973?
Sagit-il du même virus ou de souches devenues pathogènes
à la suite dune mutation génétique? Pourquoi,
si 90% des porcs sont porteurs du PCV2, seulement 1 à 20%
présentent des signes cliniques?
Une transmission mal connue
La Map semble se transmettre par simple contact avec des animaux
malades (transmission oro-nasale) ou du matériel contaminé
car le virus est présent en quantité importante dans
le sang et le fumier. Le virus, qui a été identifié
dans les avortons de mères contaminées, passerait
la barrière placentaire et infecterait le ftus pendant
la gestation. «Les porcelets viables possèdent des
anticorps anti PCV2 et ne développent pas la Map, souligne
François Madec. Lorsque la mère est infectée
en début de gestation, le ftus, dont le système
immunitaire nest pas opérationnel, ne reconnaît
pas le virus comme étranger et le nouveau-né, porteur-sain,
est une source essentielle de contamination». Quant au sperme,
son rôle nest pas encore éclairci. Du PVC2 a
été retrouvé dans la semence en faible quantité
et de manière discontinue, mais son caractère infectieux
na pas pu être démontré. Le virus peut
être présent dans le sang sans lêtre dans
le sperme et inversement. Le rôle des rongeurs en tant que
réservoir nest pas encore bien connu car les résultats
sopposent: contrairement aux Américains, les Espagnols
ne réussissent pas à infecter les souris et les lapins.
Si la Map ne se déclenche quen présence de PCV2,
la réciproque est fausse et laisse supposer lintervention
de co-facteurs. En activant le système immunitaire, une pression
microbienne forte (bactéries, parvovirus, SDRP) favorise
la multiplication du virus. Dailleurs, la vaccination ou le
stress (sevrage, mélange danimaux), en agissant sur
le système immunitaire rend les porcelets plus sensibles.
Un facteur aggravé au sevrage par la perte des anticorps
maternels.
Une expérimentation de lITP en 2001 a aussi montré
la plus grande sensibilité des mâles à la maladie
(38% de mâles malades contre 29% de femelles), un effet poids
en défaveur des animaux légers, un effet portée
(50% des pertes sont causées dans 25% des portées)
et un effet prolificité (les portées de 16 à
18 porcelets manquent de colostrum). Pas deffet truie en revanche:
la Map ne se transmet pas aux portées suivantes. Une enquête
a aussi mis en évidence une détérioration des
conditions délevages dans les exploitations les plus
atteintes, même si la Map sévit parfois dans des élevages
irréprochables. Ainsi, face à linefficacité
des médicaments (le PCV2 est très résistant),
lAfssa a proposé une liste de vingt mesures sanitaires
et zootechniques préventives. «Il est surtout important
de maîtriser les pathogènes présents dans lélevage
en respectant les plans de vaccination et en évitant dintroduire
trop danimaux venant dautres exploitations, recommande
François Madec. Il faut également réduire les
densités et les adoptions, laver et désinfecter les
locaux et les fosses après chaque utilisation, améliorer
les conditions dambiance et respecter la marche en avant.»
Une enquête réalisée par lEDE 29 en 2000
montre que ces mesures ont permis de ramener les pertes en dessous
de 5%.
Si les connaissances progressent, beaucoup dinconnues demeurent,
en particulier sur le virus, et sur les conditions démergences
de la maladie. Une expérience des laboratoires Mérial
montre que des porcelets sains produisent des anticorps quatorze
jours après inoculation du virus. Une expérience qui
laisse de bons espoirs pour un vaccin.
Céline Tailleferre
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