Nouveau CVX Case
SOMMAIRE | N° 567 | Décembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
Contact   Accueil   Archives   Recherche


Sommaire

 


La fertilisation d’une culture maraîchère comme le melon risque d’être bouleversée avec l’arrivée des engrais enrobés et retards.

 


«Il est important de bien positionner son engrais selon le créneau de culture», insiste Vincent Judais.

 

Le point de vue du jeune agriculteur
Eric Richaud, à Saint-Michel l’Observatoire (Alpes-de- Haute-Provence)



Mode d’emploi
Cultures spécialisées
Melons

Une nouvelle façon de fertiliser

De nouvelles formes d’engrais azotés arrivent sur les exploitations: les enrobés et les retards. Grâce à eux, la fertilisation du melon promet désormais d’être plus simple à conduire, plus régulière et moins exigeante en temps.

Enrobés ou retards, les nouveaux engrais sont très attendus des producteurs. Ils devraient, en effet, bouleverser la gestion de la fertilisation des cultures arboricoles et maraîchères. Leur utilisation sur melon vient d’être étudiée par le CEHM (Centre d’expérimentation horticole de Marsillargues, dans l’Hérault) de 1998 à 2000. L’intérêt agronomique (vigueur, influence sur la mise à fruits), la productivité (précocité, rendement, poids moyen, calibre…) et la qualité gustative des fruits ont été comparés, pour des cultures fertilisées par les trois moyens aujourd’hui existants: fertilisation classique, engrais enrobés et engrais retards.
Première modalité: la fertilisation classique. Elle consiste à apporter la moitié de la dose au moment de la plantation, puis le reste (un engrais binaire soluble d’azote et potasse) par goutte-à-goutte, en ferti-irrigation.
Deuxième technique étudiée: les enrobés. Ce sont des granulés contenant des éléments fertilisants (azotés et/ou potassiques), enveloppés d’une couche perméable. On les dépose à la plantation. Une fraction est libérée à ce moment-là (par l’eau qui met les éléments fertilisants en solution), le reste diffuse lentement par osmose. Le principe des engrais enrobés est d’adapter au plus juste la courbe de libération de l’azote à celle des besoins nutritionnels de la plante. La technique présente plusieurs avantages. D’abord, elle est moins exigeante en temps qu’une fertilisation classique. Ensuite, elle permet un apport d’azote découplé de l’irrigation, ce qui permet d’assurer une continuité dans la nutrition.
Troisième itinéraire technique: les engrais retards. Il s’agit d’engrais avec retardateur de nitrification. Ils ne sont efficaces que six à dix semaines après introduction dans les cultures. A la plantation, on amène une fertilisation «starter» (un engrais classique), complétée par une partie engrais retard.
Dans le cas de la fertilisation classique, les résultats de l’étude menée par le CEHM révèlent un pool azoté élevé dans le sol, en début de cycle. Ce qui correspond aussi à un risque de lessivage. L’utilisation d’enrobés représente là un avantage certain, au tout début de cycle, en diminuant le risque de lessivage de l’azote dans le sol. Les enrobés permettent une amélioration du calibre des fruits, en revanche ils n’ont aucune incidence sur le rendement, tandis que les engrais retards ont un effet positif sur la production de la melonnière.

Bien positionner son engrais

Toutefois, les retards sont à positionner sur des créneaux de culture plus tardifs (plantations à la fin du mois de mars ou en avril), avec des bâches 500 trous ou en plein champ. En effet, si les températures sont basses et le sol froid, la minéralisation sera plus lente, l’azote sera bloqué trop longtemps et la végétation démarrera trop doucement. Or, la culture du melon, c’est un peu la course à la précocité… Les producteurs cherchent à mettre sur le marché le plus vite possible leur production.
Le stade critique pour la fertilisation est la nouaison (la formation des fruits). A ce stade, la plante ne doit pas manquer d’azote. On conseille donc d’apporter des compléments azotés à ce moment-là, au risque que la culture ne «s’emballe», dans le cas de variétés très végétatives. En théorie, le principe des engrais enrobés et retards devrait permettre de ne plus piloter la fertilisation. Cependant, il est recommandé de surveiller les besoins nutritionnels de la plante et d’ajuster, si nécessaire, en amenant de l’azote soluble par goutte-à-goutte. C’est en particulier le cas lors de l’utilisation d’enrobés.
«On préfère l’engrais retard à l’enrobé», conclut Vincent Judais, technicien au CEHM. «Il coûte moins cher et permet un meilleur retour sur investissement». L’Entenc, engrais retard de la société Compo, coûte 4 à 4,50F/kg et il en faut 500kg/ha, soit 2000F/ha (auquel il faut ajouter le coût de l’engrais starter). La société Scotts propose Agroblen, un enrobé à 8-9F/kg, pour 300 à 450kg/ha, soit 3500F/ha au minimum (ajouter un complément d’azote soluble éventuel). «Toutefois, le retard n’est pas à mettre sur des créneaux précoces», rappelle-t-il.
Aujourd’hui, ces nouveaux modes de fertilisation sont encore peu utilisés et toujours en phase de développement dans les exploitations, en Languedoc, en Provence et dans les Charentes. Mais comme le rappelle Vincent Judais, «cette nouvelle approche nécessitera un choix et un positionnement judicieux en fonction du créneau de culture et des besoins nutritionnels de la variété plantée.»

Cécile Vuchot