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Mode demploi
Machinisme
Tracteurs
dentrée de gamme
Roulez, les mécaniques!
Ils sont mécaniques et rustiques. Ils sont aussi économiques
: ce sont les bons vieux tracteurs des années quatre-vingts,
souvent chics car relookés. Le hic, il faut le chercher du
côté de la puissance, souvent limitée.
Il y a longtemps que je ne fais plus la une des journaux. Question
puissance, je joue désormais dans la cour des petits, avec
des motorisations développant au maximum 130Ch. Le confort,
je massoie dessus. Et lélectronique, je ne connaîtrai
jamais et ce nest pas le dernier de mes atouts. Je suis neuf
mais ma mécanique est rodée depuis bien longtemps.
Qui suis-je? Le bon vieux tracteur mécanique, qui constitue
lentrée de gamme de bon nombre de constructeurs. Pourquoi
mécanique? Parce que le tracteur actuel est électronique.
Cette qualification par défaut natteint en rien notre
tracteur conçu dans les années 80-90 et qui en a vu
dautres. Au contraire, ce serait même un critère
distinctif et très facilement repérable.
Mécanique, le tracteur lest au niveau de la boîte
de vitesses et du relevage. Foin dautomatismes mais de bons
vieux manches sur lesquels on peut tirer allègrement. La
capacité de relevage est plus proche des 5t que des 8t. Les
distributeurs hydrauliques ne sont pas nombreux et les limites tant
en pression quen débit sont vite atteintes. La cabine
nest pas forcément dépoque. La puissance
est confinée dans une fourchette de 90 à 130Ch, correspondant
à létagement de puissance il y a 10 à
15 ans.
Hors compétition mais compétitifs!
Si les performances pures du tracteur mécanique sont légèrement
déconnectées de celles du tracteur électronique,
son prix lest plus que proportionnellement. Et cest
évidemment la corde sensible sur laquelle il joue. «Aujourdhui,
un 120Ch électronique bien équipé coûte
au bas mot 300000 F (45734,71 e),indique Jean-Bernard Leclercq,
conseiller machinisme à la chambre dagriculture dEure-et-Loir.
Mais ce tracteur-là ne développe réellement
que 100Ch aux roues compte tenu de la déperdition de puissance
dans lhydraulique et le confort. Résultat, le tracteur
mécanique de 100Ch 100% efficace ressort environ 30% moins
cher.» Une différence très significative qui
va se doubler déconomies sensibles tout au long de
la vie du tracteur. «La maintenance dun tracteur mécanique
est moins coûteuse que celle dun tracteur électronique
car la technologie est beaucoup plus simple, poursuit le conseiller.
Qui plus est, cette maintenance est encore réalisable par
le mécanicien de campagne, voire par le réparateur
auto.»
Des arguments qui ne laissent insensibles ni les céréaliers
ni les éleveurs, aux prises avec des cycles économiques
toujours plus chaotiques. Lévolution des mentalités,
qui plébiscitent aujourdhui les investissements raisonnables
et raisonnés, incite les constructeurs à maintenir
ce type de proposition. Ils y sont dautant plus enclins que
ces tracteurs constituent leur cur de marché dans bon
nombre de pays émergents, pays dans lesquels ils peuvent
produire le cas échéant et à bon compte, tout
ou partie du tracteur en question! Le même phénomène
est du reste observé avec les moissonneuses-batteuses, et
la bonne tenue dans le marché des machines traditionnelles
à cinq secoueurs de moins de 600000F (91469,41 €).
Un neuf plutôt quune occasion
En terme de prix, ces tracteurs mécaniques se positionnent
en fait en face des tracteurs récents doccasion. Le
concessionnaire qui dispose dans sa gamme dune offre «mécanique»
à prix attractif peut réorienter son client sur ce
type de produit, sous réserve que le client en question y
soit réceptif. «Sil y a une correspondance de
prix entre les deux offres, le matériel en jeu nest
pas du tout le même, prévient Sylvain Deseau, conseiller
machinisme à la chambre dagriculture du Loiret. On
peut difficilement comparer les performances dun tracteur
actuel avec celles dun ancien modèle. Mais la personne
qui craint les désagréments que suscite çà
et là lélectronique peut profiter dun
achat à bon compte sur un tracteur neuf qui en est quasiment
dépourvu.» Cest dautant plus vrai que les
facéties de lélectronique, qui sont durablement
ancrées dans la tête des utilisateurs bien quen
voie de disparition, ont toutes les chances dêtre concentrées
sur le marché de loccasion. En achetant neuf mais à
bas prix un tracteur technologiquement éprouvé, la
valeur de revente est bien souvent le dernier des soucis de lacheteur.
Outre les aspects économiques, lorganisation du travail
(utilisation du tracteur par un parent, plusieurs chauffeurs sur
un tracteur
) grossit indirectement la clientèle du
tracteur mécanique.
Reste à savoir combien dannées encore les constructeurs
maintiendront ce type de tracteur dans leur gamme, sinon dans leur
catalogue national. Au cours des dernières années,
le tracteur mécanique a perdu quelques-uns de ses représentants.
Nul doute que ses années sont comptées, au moins au
sein des grands réseaux fortement représentés
sur le terrain. De nombreux utilisateurs ont déjà
tourné la page. «Aujourdhui, le tracteur fait
beaucoup plus dheures et dure beaucoup plus longtemps, constate
Jean-Paul Daouze, conseiller machinisme à la chambre dagriculture
de la Marne. Le surcoût de la technologie est par conséquent
très relatif. Lexigence de polyvalence et la recherche
de productivité, qui ne vont pas sans un certain niveau dergonomie,
ont déjà eu raison du tracteur mécanique dans
la Marne.» Gaston Lagrange, conseiller machinisme à
la chambre dagriculture de lAllier, une région
délevage sil en est, ne fait pas un constat très
différent. «Lagriculteur qui a goûté
à la boîte électronique ne revient pas en arrière,
remarque-t-il. Léleveur exige une boîte de vitesse
bien étagée pour suivre confortablement une ensileuse
et le céréalier exige de la capacité de relevage
pour manier son combiné de semis. Cest tout du moins
le profil des acheteurs de tracteurs neufs dans notre département.»
Raphaël Lecocq
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