LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 567 | Décembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Sommaire

 

Un tracteur mécanique en service: bientôt d’époque?

 


Les exigences de polyvalence, de productivité et de puissance ne sont satisfaites que par les tracteurs de dernière génération.

 


Le point de vue du jeune agriculteur Patrick Levreux, céréalier au Grand Lucé (Sarthe)
«Une très bonne solution d’attente»

 



Mode d’emploi
Machinisme
Tracteurs d’entrée de gamme

Roulez, les mécaniques!

Ils sont mécaniques et rustiques. Ils sont aussi économiques : ce sont les bons vieux tracteurs des années quatre-vingts, souvent chics car relookés. Le hic, il faut le chercher du côté de la puissance, souvent limitée.

Il y a longtemps que je ne fais plus la une des journaux. Question puissance, je joue désormais dans la cour des petits, avec des motorisations développant au maximum 130Ch. Le confort, je m’assoie dessus. Et l’électronique, je ne connaîtrai jamais et ce n’est pas le dernier de mes atouts. Je suis neuf mais ma mécanique est rodée depuis bien longtemps. Qui suis-je? Le bon vieux tracteur mécanique, qui constitue l’entrée de gamme de bon nombre de constructeurs. Pourquoi mécanique? Parce que le tracteur actuel est électronique. Cette qualification par défaut n’atteint en rien notre tracteur conçu dans les années 80-90 et qui en a vu d’autres. Au contraire, ce serait même un critère distinctif et très facilement repérable.
Mécanique, le tracteur l’est au niveau de la boîte de vitesses et du relevage. Foin d’automatismes mais de bons vieux manches sur lesquels on peut tirer allègrement. La capacité de relevage est plus proche des 5t que des 8t. Les distributeurs hydrauliques ne sont pas nombreux et les limites tant en pression qu’en débit sont vite atteintes. La cabine n’est pas forcément d’époque. La puissance est confinée dans une fourchette de 90 à 130Ch, correspondant à l’étagement de puissance il y a 10 à 15 ans.

Hors compétition mais compétitifs!

Si les performances pures du tracteur mécanique sont légèrement déconnectées de celles du tracteur électronique, son prix l’est plus que proportionnellement. Et c’est évidemment la corde sensible sur laquelle il joue. «Aujourd’hui, un 120Ch électronique bien équipé coûte au bas mot 300000 F (45734,71 e),indique Jean-Bernard Leclercq, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir. Mais ce tracteur-là ne développe réellement que 100Ch aux roues compte tenu de la déperdition de puissance dans l’hydraulique et le confort. Résultat, le tracteur mécanique de 100Ch 100% efficace ressort environ 30% moins cher.» Une différence très significative qui va se doubler d’économies sensibles tout au long de la vie du tracteur. «La maintenance d’un tracteur mécanique est moins coûteuse que celle d’un tracteur électronique car la technologie est beaucoup plus simple, poursuit le conseiller. Qui plus est, cette maintenance est encore réalisable par le mécanicien de campagne, voire par le réparateur auto.»
Des arguments qui ne laissent insensibles ni les céréaliers ni les éleveurs, aux prises avec des cycles économiques toujours plus chaotiques. L’évolution des mentalités, qui plébiscitent aujourd’hui les investissements raisonnables et raisonnés, incite les constructeurs à maintenir ce type de proposition. Ils y sont d’autant plus enclins que ces tracteurs constituent leur cœur de marché dans bon nombre de pays émergents, pays dans lesquels ils peuvent produire le cas échéant et à bon compte, tout ou partie du tracteur en question! Le même phénomène est du reste observé avec les moissonneuses-batteuses, et la bonne tenue dans le marché des machines traditionnelles à cinq secoueurs de moins de 600000F (91469,41 €).

Un neuf plutôt qu’une occasion

En terme de prix, ces tracteurs mécaniques se positionnent en fait en face des tracteurs récents d’occasion. Le concessionnaire qui dispose dans sa gamme d’une offre «mécanique» à prix attractif peut réorienter son client sur ce type de produit, sous réserve que le client en question y soit réceptif. «S’il y a une correspondance de prix entre les deux offres, le matériel en jeu n’est pas du tout le même, prévient Sylvain Deseau, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture du Loiret. On peut difficilement comparer les performances d’un tracteur actuel avec celles d’un ancien modèle. Mais la personne qui craint les désagréments que suscite çà et là l’électronique peut profiter d’un achat à bon compte sur un tracteur neuf qui en est quasiment dépourvu.» C’est d’autant plus vrai que les facéties de l’électronique, qui sont durablement ancrées dans la tête des utilisateurs bien qu’en voie de disparition, ont toutes les chances d’être concentrées sur le marché de l’occasion. En achetant neuf mais à bas prix un tracteur technologiquement éprouvé, la valeur de revente est bien souvent le dernier des soucis de l’acheteur. Outre les aspects économiques, l’organisation du travail (utilisation du tracteur par un parent, plusieurs chauffeurs sur un tracteur…) grossit indirectement la clientèle du tracteur mécanique.
Reste à savoir combien d’années encore les constructeurs maintiendront ce type de tracteur dans leur gamme, sinon dans leur catalogue national. Au cours des dernières années, le tracteur mécanique a perdu quelques-uns de ses représentants. Nul doute que ses années sont comptées, au moins au sein des grands réseaux fortement représentés sur le terrain. De nombreux utilisateurs ont déjà tourné la page. «Aujourd’hui, le tracteur fait beaucoup plus d’heures et dure beaucoup plus longtemps, constate Jean-Paul Daouze, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture de la Marne. Le surcoût de la technologie est par conséquent très relatif. L’exigence de polyvalence et la recherche de productivité, qui ne vont pas sans un certain niveau d’ergonomie, ont déjà eu raison du tracteur mécanique dans la Marne.» Gaston Lagrange, conseiller machinisme à la chambre d’agriculture de l’Allier, une région d’élevage s’il en est, ne fait pas un constat très différent. «L’agriculteur qui a goûté à la boîte électronique ne revient pas en arrière, remarque-t-il. L’éleveur exige une boîte de vitesse bien étagée pour suivre confortablement une ensileuse et le céréalier exige de la capacité de relevage pour manier son combiné de semis. C’est tout du moins le profil des acheteurs de tracteurs neufs dans notre département.»

Raphaël Lecocq