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En mouvement
Kosovo
Une agriculture à reconstruire
Le 17 novembre, des élections ont amorcé
un processus de retour à la normale dans un pays dévasté
par la guerre civile. Un pays de tradition agricole que l'armée
française, sur place, tente d'aider à revivre.
Banja, 210 habitants : un village traditionnel, bois et torchis,
dispersé sous les arbres, à une trentaine de kilomètres
à louest de Pristina, la capitale. Avec une particularité
: les paysans qui vivent là sont serbes, en territoire albanais,
cest-à-dire ennemi. Les deux villages voisins, Rudnik
et Rudisevo, sont albanophones. Et si les Serbes de Banja peuvent
continuer à vivre là, cest quils y sont
sous la protection dune garnison française : 54 hommes,
infanterie de marine et cavalerie, 6 blindés..
Etat de siège, donc.Tous les jours, les soldats patrouillent
autour du village. «Nous avons pu confisquer quelques armes,
dit le lieutenant Larreur, qui commande la garnison, de temps en
temps nous trouvons une mine antipersonnelle sur un sentier; deux
fois par mois nous emmenons la population en convoi militaire faire
ses courses en zone serbe. » Les villageois, sinon, ne sécartent
pas. Vie réduite au minimum : un porc somnole dans un enclos,
des poules égaillées dans les venelles de terre battue,
quelques meules de foin. Seule activité : la distillation
de la slivovice, cette eau de vie de prune emblématique de
toute lex-Yougoslavie. Tout le village est réuni autour
dun alambic rescapé de la nuit des temps, qui parfume
les alentours dune odeur capiteuse. Kasan, qui dirige la distillation,
tient à montrer son autre capital : deux petites vaches rustiques,
don dune organisation suisse, pour aider à refaire
un cheptel anéanti par la guerre civile et les bombardements.
Huit cents vaches ont été distribuées, une
ou deux par village, «en faisant très attention à
faire la part égale entre les communautés»,
précise le commandant Philippe Blas, responsable à
Pristina des ACM (Actions civilo-militaires) ; car larmée,
outre linterposition entre les communautés, sest
donnée pour mission daider à la reconstruction
du pays.
Au temps de la Yougoslavie, le Kosovo était un des greniers
du pays avec une agriculture collectivisée à la soviétique.
A Pristina, par exemple, un sovkhoze de 30 000 hectares, employait
3 000 salariés : élevage (1 200 vaches laitières),
céréales, tournesol avec unité de trituration
(100 tonnes/jour) et huilerie (50 tonnes/jour). Lorsque le système
sest enrayé, les ouvriers las dattendre leur
paye, se sont dispersés en emmenant avec eux une ou deux
vaches. A Skanderaj, à louest de Pristina, dimmenses
silos, vides, témoignent dun efficace passé
céréalier.
Pour lessentiel, le peu qui subsiste de lactivité
agricole sest rétracté sur lautarcie et
sur les productions vivrières; les terres publiques ont été
occupées. La distribution étatisée a disparu,
et le marché ne la pas remplacé. A Skanderaj,
lexemple de la production laitière est significatif.
Daniel Quilici, lieutenant-colonel de réserve et agriculteur
lui-même dans les Bouches-du-Rhône, en mission civilo-militaire
dans cette région, raconte : « Cette commune est très
dispersée: cinquante-deux hameaux : les paysans y ont des
petits troupeaux, cinq à dix vaches. Mais il ny a aucune
structure de collecte, et encore moins de stockage et de transformation.
Résultat : à part la consommation familiale et quelques
ventes de proximité, ce lait est perdu, alors quà
quelques dizaines de kilomètres des villes comme Pristina
ou Mitrovica sont condamnées à consommer du lait en
poudre de mauvaise qualité importé de Moravie. »
Laction civilo-militaire, dans ce secteur du lait, cest
de parvenir à constituer une coopérative de proximité.
«Ce nest pas facile, dit Daniel Quilici, car il y a
aujourdhui un rejet spontané de toute organisation
collective. Il est difficile dexpliquer quune coopération
à la française, impulsée par les producteurs,
est le contraire dune organisation étatique imposée.
Lobjectif est de relancer la collecte, la réfrigération,
la transformation. » Un premier tank de réfrigération
est en cours dinstallation.
Tout repose aujourdhui, disent les partenaires de terrain,
sur la capacité de la société civile kosovar
à se restructurer. Ce nest pas gagné. Le pays
est effectivement coupé en deux, serbe au nord de Mitrovica,
albanais au sud. Mais avec quelques enclaves albanaises en zone
serbe, et de plus nombreuses enclaves serbes en terre albanaise.
Et la paix revenue depuis un an, cest la paix des armes, celle
du quadrillage omniprésent de la Kfor (Kosovo force delOtan).
Et, souligne létat-major français, deux handicaps
majeurs demeurent: linstallation des populations dans lassistanat
passif, et la prise en main de léconomie par un système
mafieux rôdé. Car, ajoutent volontiers les militaires
français, « la mafia, elle, na pas de préjugés
ethniques ».
Georges Chatain
Solidarités agricoles
Larmée française, par lintermédiaire
des actions civilo-militaires, est très impliquée
dans les initiatives de reconstruction agricole du pays. Elle missionne
notamment plusieurs officiers spécialisés auprès
de lInstitut dagronomie de Pristina. La solidarité
est aussi civile. Par exemple, le lycée agricole de Pristina
est jumelé avec celui de Brie-Comte-Robert, et le Conseil
régional dIle-de-France participe matériellement
à son fonctionnement. Au niveau professionnel, Afdi (Agriculteurs
français et développement international) a inscrit
le Kosovo dans ses programmes. Linitiative est venue dAfdi
Basse-Normandie, qui a impulsé un échange de jeunes
agriculteurs français et kosovars. Des échanges qui
devraient samplifier dans un proche avenir.
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