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SOMMAIRE | N° 567 | Décembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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L’armée, outre l’interposition entre les communautés s’est donnée pour mission d’aider à la reconstruction du pays.

 


Une ou deux vaches ont été distribuées par village «en faisant très attention à faire la part égale entre les communautés ».

Quelques clefs pour comprendre



En mouvement
Kosovo

Une agriculture à reconstruire

Le 17 novembre, des élections ont amorcé un processus de retour à la normale dans un pays dévasté par la guerre civile. Un pays de tradition agricole que l'armée française, sur place, tente d'aider à revivre.

Banja, 210 habitants : un village traditionnel, bois et torchis, dispersé sous les arbres, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Pristina, la capitale. Avec une particularité : les paysans qui vivent là sont serbes, en territoire albanais, c’est-à-dire ennemi. Les deux villages voisins, Rudnik et Rudisevo, sont albanophones. Et si les Serbes de Banja peuvent continuer à vivre là, c’est qu’ils y sont sous la protection d’une garnison française : 54 hommes, infanterie de marine et cavalerie, 6 blindés..
Etat de siège, donc.Tous les jours, les soldats patrouillent autour du village. «Nous avons pu confisquer quelques armes, dit le lieutenant Larreur, qui commande la garnison, de temps en temps nous trouvons une mine antipersonnelle sur un sentier; deux fois par mois nous emmenons la population en convoi militaire faire ses courses en zone serbe. » Les villageois, sinon, ne s’écartent pas. Vie réduite au minimum : un porc somnole dans un enclos, des poules égaillées dans les venelles de terre battue, quelques meules de foin. Seule activité : la distillation de la slivovice, cette eau de vie de prune emblématique de toute l’ex-Yougoslavie. Tout le village est réuni autour d’un alambic rescapé de la nuit des temps, qui parfume les alentours d’une odeur capiteuse. Kasan, qui dirige la distillation, tient à montrer son autre capital : deux petites vaches rustiques, don d’une organisation suisse, pour aider à refaire un cheptel anéanti par la guerre civile et les bombardements.
Huit cents vaches ont été distribuées, une ou deux par village, «en faisant très attention à faire la part égale entre les communautés», précise le commandant Philippe Blas, responsable à Pristina des ACM (Actions civilo-militaires) ; car l’armée, outre l’interposition entre les communautés, s’est donnée pour mission d’aider à la reconstruction du pays.
Au temps de la Yougoslavie, le Kosovo était un des greniers du pays avec une agriculture collectivisée à la soviétique. A Pristina, par exemple, un sovkhoze de 30 000 hectares, employait 3 000 salariés : élevage (1 200 vaches laitières), céréales, tournesol avec unité de trituration (100 tonnes/jour) et huilerie (50 tonnes/jour). Lorsque le système s’est enrayé, les ouvriers las d’attendre leur paye, se sont dispersés en emmenant avec eux une ou deux vaches. A Skanderaj, à l’ouest de Pristina, d’immenses silos, vides, témoignent d’un efficace passé céréalier.
Pour l’essentiel, le peu qui subsiste de l’activité agricole s’est rétracté sur l’autarcie et sur les productions vivrières; les terres publiques ont été occupées. La distribution étatisée a disparu, et le marché ne l’a pas remplacé. A Skanderaj, l’exemple de la production laitière est significatif. Daniel Quilici, lieutenant-colonel de réserve et agriculteur lui-même dans les Bouches-du-Rhône, en mission civilo-militaire dans cette région, raconte : « Cette commune est très dispersée: cinquante-deux hameaux : les paysans y ont des petits troupeaux, cinq à dix vaches. Mais il n’y a aucune structure de collecte, et encore moins de stockage et de transformation. Résultat : à part la consommation familiale et quelques ventes de proximité, ce lait est perdu, alors qu’à quelques dizaines de kilomètres des villes comme Pristina ou Mitrovica sont condamnées à consommer du lait en poudre de mauvaise qualité importé de Moravie. »
L’action civilo-militaire, dans ce secteur du lait, c’est de parvenir à constituer une coopérative de proximité. «Ce n’est pas facile, dit Daniel Quilici, car il y a aujourd’hui un rejet spontané de toute organisation collective. Il est difficile d’expliquer qu’une coopération à la française, impulsée par les producteurs, est le contraire d’une organisation étatique imposée. L’objectif est de relancer la collecte, la réfrigération, la transformation. » Un premier tank de réfrigération est en cours d’installation.
Tout repose aujourd’hui, disent les partenaires de terrain, sur la capacité de la société civile kosovar à se restructurer. Ce n’est pas gagné. Le pays est effectivement coupé en deux, serbe au nord de Mitrovica, albanais au sud. Mais avec quelques enclaves albanaises en zone serbe, et de plus nombreuses enclaves serbes en terre albanaise. Et la paix revenue depuis un an, c’est la paix des armes, celle du quadrillage omniprésent de la Kfor (Kosovo force del’Otan). Et, souligne l’état-major français, deux handicaps majeurs demeurent: l’installation des populations dans l’assistanat passif, et la prise en main de l’économie par un système mafieux rôdé. Car, ajoutent volontiers les militaires français, « la mafia, elle, n’a pas de préjugés ethniques ».

Georges Chatain

Solidarités agricoles

L’armée française, par l’intermédiaire des actions civilo-militaires, est très impliquée dans les initiatives de reconstruction agricole du pays. Elle missionne notamment plusieurs officiers spécialisés auprès de l’Institut d’agronomie de Pristina. La solidarité est aussi civile. Par exemple, le lycée agricole de Pristina est jumelé avec celui de Brie-Comte-Robert, et le Conseil régional d’Ile-de-France participe matériellement à son fonctionnement. Au niveau professionnel, Afdi (Agriculteurs français et développement international) a inscrit le Kosovo dans ses programmes. L’initiative est venue d’Afdi Basse-Normandie, qui a impulsé un échange de jeunes agriculteurs français et kosovars. Des échanges qui devraient s’amplifier dans un proche avenir.