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En mouvement
Côte-dOr
Un magasin au cur de la
ville
Des agriculteurs de Côte-dOr ont ouvert un magasin
en zone urbaine pour vendre leurs produits. Une initiative créatrice
de valeur ajoutée mais gourmande en temps.
Vendre en direct pour mieux suivre sa production est une idée
qui trottait dans la tête de Sébastien Robardet depuis
longtemps. «Je ne supportais plus de voir la vitesse avec
laquelle mes légumes se détérioraient en grandes
surfaces», explique le jeune maraîcher. En 1998, il
crée une SARL avec deux agriculteurs que lui a présentés
la chambre dagriculture; ensemble, ils ouvrent un magasin
de vente directe au centre de Dijon. Une initiative dautant
plus audacieuse que les trois producteurs ne se connaissent pas.
Au bout de quelques mois, les associés constatent que le
magasin est trop exigu, difficile daccès et draine
une clientèle à faible pouvoir dachat. En 1999,
ils décident de changer de local et achètent pour
696000F (106104 €) une ancienne pharmacie de 132 mètres
carrés (le double de lancien magasin) dans la banlieue
de Dijon. «Les facilités daccès et lexcellent
état du local nous ont séduits, observe Sébastien.
Sa situation au cur dune zone dhabitation en plein
développement nous permettait denvisager une clientèle
nombreuse et aisée.» Reste alors à trouver un
nom au magasin. En référence au côté
rural, au goût et à la qualité, les producteurs
choisissent «La corbeille aux saveurs.»
Surcharge de travail
Très vite, lorganisation du travail pose problème
et les associés sont contraints dembaucher un salarié,
dabord à deux tiers temps puis à temps complet.
«Le vendredi et le samedi, la file dattente dissuadait
des clients», explique Sébastien. Un producteur est
présent chaque jour pour expliquer aux clients comment sont
produits les aliments quils achètent. «Nous faisons
des semaines de 70heures car, en plus des permanences au magasin,
il faut assurer le travail sur lexploitation», remarque
Sébastien.
Le magasin a aussi amené les producteurs à diversifier
leurs activités. Jean-Pierre Mignot a créé
un atelier de transformation et Sébastien implante de nouveaux
légumes afin de proposer une offre aussi large que les supérettes.
La troisième associée, Stéphanie Cadet, a mis
en place un atelier dabattage pour ses volailles. «Sapproprier
de nouveaux itinéraires techniques demande du temps, note
Sébastien. Pour les légumes qui ne sont pas cultivés
en Côte-dOr, jai eu du mal à obtenir des
conseils techniques.» Pour limiter au maximum les déplacements,
il faut faire coïncider les jours de permanence avec les livraisons
et avec le planning dabattage et de transformation. «Notre
système présente un avantage de taille: chaque producteur
nest présent que deux jours par semaine, mais ses produits
sont vendus en permanence», souligne Sébastien.
Légumes variés, viande et charcuterie de porc, de
volailles et de buf, fromages et produits laitiers, pommes,
foie gras, confitures, vins: «La corbeille aux saveurs»
regroupe près de six cents références. Il faut
dire que le magasin assure aussi le dépôt-vente pour
une quinzaine de producteurs et que, pour étendre leur gamme,
les associés recherchent toujours de nouveaux produits.
Un chiffre daffaires en progression
Pour linstant, le magasin nest pas encore rentable:
les investissements ont été importants (300000F, 47735
€), les charges mensuelles sont élevées: 5600F
(854€), de loyer, 2000F (305 €), délectricité,
8000F (1220 €) de salaire, 5800F (884 €) de remboursement
demprunt et les producteurs nont bénéficié
daucune subvention. En outre, les associés ont préféré
acheter tout leur matériel neuf pour éviter les pannes
et les problèmes sanitaires.
Louverture du magasin a aussi entraîné des investissements
sur chaque exploitation: 150000F (22867 €) chez Sébastien
pour séquiper de tunnels et produire des salades plus
longtemps, 700000F (106714 €) chez Jean-Pierre pour latelier
de transformation, 1,5million (228673 €) chez Stéphanie
pour latelier dabattage.
«Dans trois ans, le magasin commencera à être
rentable, si notre chiffre daffaires continue de progresser
au rythme de 300000F (45735 €) par an», précise
Sébastien. Aujourdhui, le chiffre daffaires atteint
1,5million de F (228673 €) (20% provient des dépôts-vendeurs).
Il faut dire que le nombre de clients a été multiplié
par deux depuis 1998 pour atteindre 420 par semaine. De plus, le
panier moyen est passé de 80 F (12,20 €) à 150F
(22,87 €). Sébastien comme Jean-Pierre, qui ne vendent
en direct quune partie de leur production, sont catégoriques:
grâce au magasin, la valeur ajoutée est multipliée
par trois. «Avec 15% de ma production en vente directe, je
réalise un quart de mon chiffre daffaires,» ajoute
Sébastien. Des plus-values quil faut cependant relativiser
compte tenu de la surcharge de travail exigée.
Question prix, peu de différence par rapport aux grandes
surfaces: les salades ont oscillé, en 2001, entre 3,95 et
9F (0,60 et 1,37 €) et la côtelette de porc se vend 42F/kg
(6,40 €). «Nos prix sont ceux du marché, observe
Sébastien. De toute façon, pour vendre, nous sommes
obligés de nous aligner sur les grandes surfaces. Par contre,
nous ne faisons pas de promotions car elles ne nous apportent pas
de clients réguliers.»
Côté communication, les trois associés ne manquent
pas didées et proposent des opérations tout
au long de lannée (beaujolais nouveau, crêpes
pour la Chandeleur, volailles festives et paniers garnis pour Noël).
Tous les ans, ils organisent une opération spéciale
«anniversaire». «Pendant deux jours, nous voyons
défiler 300 à 350 personnes dans le magasin et nous
doublons le chiffre daffaires par rapport à un samedi
normal, souligne Sébastien. Les opérations anniversaire
nous permettent de fidéliser vingt à trente clients
supplémentaires.» Les trois producteurs veulent renforcer
leur communication et envisagent de fabriquer des affiches expliquant
leurs pratiques. «Pour les légumes, nous pourrions
présenter les différentes étapes de la culture,
de la plantation à la récolte», précise
Sébastien. Ils projettent également de réaliser,
sur chaque exploitation, un film de cinq minutes, qui serait diffusé
en boucle dans le magasin.
Pour porter ses fruits, la démarche de Sébastien,
Jean-Pierre et Stéphanie demande du temps et de la persévérance:
les associés ont dépensé beaucoup dénergie
depuis trois ans dans un magasin qui sera rentable au mieux en 2004.
Une initiative qui semble pourtant faire des émules puisquun
autre magasin de ce type va souvrir au nord de Dijon.
Céline Tailleferre
Les investissements à
la loupe
| Trois réfrigérateurs |
60000F |
9147 € |
| Une chambre froide |
35000F |
5336 € |
| Quatre vitrines réfrigérées |
60000F |
9147 € |
| Un présentoir à légumes |
23000F |
3506 € |
| Cloisons et portes |
42000F |
6403 € |
| Enseigne |
11000F |
1677 € |
| Atelier de découpe |
4500F |
686 € |
| Trancheuse |
6000F |
915 € |
| Evier |
2600F |
396 € |
| Deux caisses enregistreuses |
37000F |
5641 € |
| Armoires et bureau |
6000F |
915 € |
| Matériel informatique |
9000F |
1372 € |
| TOTAL |
296000F |
45125 € |
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