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SOMMAIRE | N° 567 | Décembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Après un DUT et une licence d’anthropologie, Emmanuel Souilhé s’est installé en production caprine.

 


Entièrement dédiée à la chèvre, cette fresque pleine d’humour a été réalisée à l’intérieur de la chèvrerie par quatre étudiants des Beaux-Arts.

 


Le rocamadour peut être élaboré à partir de lait de chèvres saanens ou alpines. Emmanuel Souilhé a choisi la race alpine pour son potentiel protéique plus élevé.



En mouvement
Lot

Quand installation rime avec insertion

Emmanuel Souilhé s’est installé en production caprine en partenariat avec un CAT. Sur son exploitation, huit handicapés mentaux travaillent à la production d’un fromage renommé : le rocamadour.

Des parents instituteurs, une enfance passée à Bordeaux : rien ne prédestinait Emmanuel Souilhé à embrasser le métier d’agriculteur. « Comme mes parents, je m’orientais vers l’enseignement, explique ce jeune homme de 30 ans. Après un DUT option carrière sociale et une licence en anthropologie, je me suis même présenté au concours d’admission à l’institut universitaire de formation des maîtres. » Mais il commence à ce moment à s’interroger sur son avenir : « Ma grand-mère avait été agricultrice en Gironde. L’agriculture, ça m’avait toujours plu. J’ai eu envie de devenir agriculteur. Mais dans le détail, je n’avais pas d’idée concrète de ce que je voulais faire. D’ailleurs, je dois reconnaître qu’à l’époque, ma vision de l’agriculture tenait surtout de l’image d’Epinal. »
Emmanuel va se donner les moyens d’affiner son projet. Vu son niveau d’étude, nombreux sont ceux qui lui conseillent de démarrer un BTSA. Mais il a surtout soif de pratique. En 1996, il s’inscrit au CFPPA de Souillac, dans le Lot, « pour y apprendre des choses concrètes » et entame une série impressionnante de stages en exploitation : ovin-viande, bovin-lait, caprin-lait, bovin-viande, tabac... L’été, pour parfaire ses connaissances et découvrir d’autres productions, il travaille au service de remplacement départemental.
« Progressivement, explique-t-il, j’ai de mieux en mieux dosé ce que je voulais faire. » Son choix se porte sur la production de lait de chèvre. « Le contact avec cet animal m’a plu, précise-t-il. » Emmanuel entame une spécialisation et commence à chercher une exploitation.

Le projet avec le CAT

En juin 1997, le président du syndicat des producteurs de rocamadour le met en relation avec François Larramendy, le directeur du centre d’aide par le travail (CAT) du Pech de Gourbière. Depuis quelques années, et sans succès, cette structure sociale cherche à créer une ferme pour insérer les handicapés mentaux dans le monde du travail. « Le directeur du Pech a été très clair : il ne cherchait pas un éducateur, mais bien un partenaire, agriculteur, capable d’assurer la conduite d’une exploitation. » Un projet qu’il faut démarrer de zéro, car mis à part l’idée, rien n’est véritablement engagé. Le CAT propose un site, la Borie d’Imbert, sur la commune de Rocamadour, et une capacité de financement. Séduit par l’idée, Emmanuel entamme une étude avec la chambre d’agriculture, les producteurs de rocamadour et le personnel du CAT.
Après plusieurs mois, il présente aux administrateurs du CAT un projet caprin avec transformation de fromages fermiers. Outre l’intégration des personnes handicapées, son étude prévoit la création d’un circuit de visite pour le grand public. Mais le montage administratif du dossier n’est pas une mince affaire. Pour qu’Emmanuel bénéficie du statut d’agriculteur et que les fromages portent la mention fermière, les partenaires optent pour la création d’une SCEA, dont le CAT et Emmanuel détiennent 49 % des parts, un troisième associé, lui-même agriculteur, détenant les 2 % restants. Le CAT reste propriétaire du site et des bâtiments, qu’il loue à la SCEA.
Les travaux ont démarré en octobre 1999 et les premiers animaux sont arrivés début 2001. Pour l’instant, le troupeau est alimenté en zéro pâturage. Mais dès que ce sera possible, Emmanuel compte bien faire sortir les chèvres deux à trois heures par jour.
Après quelques mois de livraison de lait cru à la coopérative des fermiers de Rocamadour, la transformation fromagère a débuté en octobre dernier. Pour avoir droit à l’appellation rocamadour, le cahier des charges est très précis. Le lait cru est empressuré une fois par jour, pour une durée de 24 h. Le caillé est ensuite pré-égouté en sac pendant 24 h, puis moulé en plaque aux dimensions standards du rocamadour. Placés dans le hâloir, les fromages sont affinés pendant six jours à 12 °C et 98 % d’humidité.
A la Borie d’Imbert, toutes les étapes de production peuvent être suivies en direct à partir d’un couloir de visite. Les visiteurs assistent à la traite, à l’élevage des chèvres et à la fabrication des fromages. Pour boucler ce circuit pédagogique, il reste encore à aménager le magasin de vente, ce qui sera fait au cours de l’hiver. « Ainsi, poursuit Emmanuel, dès le printemps prochain, la Borie d’Imbert deviendra une véritable vitrine du rocamadour, adaptée pour accueillir des groupes et faire la promotion de notre métier et de nos produits. »
Et l’insertion des handicapés mentaux ? Deux équipes de quatre personnes handicapées travaillent sur l’exploitation : la première à la chévrerie, avec Emmanuel, la seconde avec Virginie, une salariée responsable de la transformation fromagère et dont le poste est financé par la Ddass. Emmanuel est très satisfait par la manière dont les choses se déroulent : « J’ai été surpris, reconnaît-il. Au départ, je pensais qu’il y aurait une barrière entre les handicapés et nous. Mais pas du tout. En fait, on se ressemble. Eux ne sont pas autonomes, c’est tout. » Si cette collaboration fonctionne, c’est qu’elle repose avant tout sur la confiance et le respect mutuel : « Mon objectif, c’est qu’ils parviennent à faire tout ce que je fais. Bien sûr, de temps en temps, il y a un peu de casse. Mais c’est comme ça dans toutes les fermes. De toutes façons, je sais que sans eux, je n’y arriverai pas. »
« Dans notre esprit, on ne travaille pas au service des handicapés, mais bien avec les handicapés, conclut Emmanuel Souilhé. Notre objectif, ce n’est pas qu’ils restent éternellement salariés de la Borie d’Imbert. Au contraire, nous cherchons à leur faire acquérir de plus en plus d’autonomie, de manière à ce qu’ils s’orientent ensuite vers d’autres structures. »

Vincent Lasseret

Une insertion professionnelle délicate pour les handicapés

Selon le ministère de l’Emploi et de la Solidarité, environ 550 000 personnes handicapées (en décembre 1999) exercent une activité salariée en France : 335 000 travaillent dans le secteur privé, 120 000 dans la fonction publique et près de 100 000 en milieu protégé (Centres d’aide par le travail et ateliers protégés). Cumulant souvent handicap et faible niveau de qualification, cette population apparaît beaucoup plus exposée au chômage que les autres : fin 1999, 24 % des actifs handicapés, soit 171 000 personnes, se déclaraient chômeurs.


Rocamadour a le vent en poupe

L’AOC Rocamadour existe officiellement depuis le 16 janvier 1996. Autrefois nommé « cabécou de Rocamadour » (petit fromage de chèvre en occitan) ce fromage au lait cru, crémeux, onctueux, doux et fondant fait partie des plus anciens produits des Causses du Quercy.
Sa zone de production s’étale sur une partie du Lot et sur quelques cantons limitrophes des départements voisins. Soutenue par une demande en constante augmentation, la production de rocamadour progresse à un rythme soutenu :
440 t en 1996, 480 t en 1997, 546 t
en 1998 et 598 t en 1999.

La ferme de Borie d'Imbert

SAU :
40 ha

- luzerne : 20 ha
- prairies: 10 ha
- orge : 5 ha
- parcours : 5 ha
1700 m2 de bâtiments (chèvrerie, fromagerie, magasin et hangar)
Cheptel : 80 chèvres traites en 2001 (objectif 180 en 2003)
Transformation : 140 000 fromages en 2001 (objectif 300 000 en 2003)