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En mouvement
Lot
Quand installation rime avec insertion
Emmanuel Souilhé sest installé en production
caprine en partenariat avec un CAT. Sur son exploitation, huit handicapés
mentaux travaillent à la production dun fromage renommé
: le rocamadour.
Des parents instituteurs, une enfance passée à Bordeaux
: rien ne prédestinait Emmanuel Souilhé à embrasser
le métier dagriculteur. « Comme mes parents,
je morientais vers lenseignement, explique ce jeune
homme de 30 ans. Après un DUT option carrière sociale
et une licence en anthropologie, je me suis même présenté
au concours dadmission à linstitut universitaire
de formation des maîtres. » Mais il commence à
ce moment à sinterroger sur son avenir : « Ma
grand-mère avait été agricultrice en Gironde.
Lagriculture, ça mavait toujours plu. Jai
eu envie de devenir agriculteur. Mais dans le détail, je
navais pas didée concrète de ce que je
voulais faire. Dailleurs, je dois reconnaître quà
lépoque, ma vision de lagriculture tenait surtout
de limage dEpinal. »
Emmanuel va se donner les moyens daffiner son projet. Vu son
niveau détude, nombreux sont ceux qui lui conseillent
de démarrer un BTSA. Mais il a surtout soif de pratique.
En 1996, il sinscrit au CFPPA de Souillac, dans le Lot, «
pour y apprendre des choses concrètes » et entame une
série impressionnante de stages en exploitation : ovin-viande,
bovin-lait, caprin-lait, bovin-viande, tabac... Lété,
pour parfaire ses connaissances et découvrir dautres
productions, il travaille au service de remplacement départemental.
« Progressivement, explique-t-il, jai de mieux en mieux
dosé ce que je voulais faire. » Son choix se porte
sur la production de lait de chèvre. « Le contact avec
cet animal ma plu, précise-t-il. » Emmanuel entame
une spécialisation et commence à chercher une exploitation.
Le projet avec le CAT
En juin 1997, le président du syndicat des producteurs de
rocamadour le met en relation avec François Larramendy, le
directeur du centre daide par le travail (CAT) du Pech de
Gourbière. Depuis quelques années, et sans succès,
cette structure sociale cherche à créer une ferme
pour insérer les handicapés mentaux dans le monde
du travail. « Le directeur du Pech a été très
clair : il ne cherchait pas un éducateur, mais bien un partenaire,
agriculteur, capable dassurer la conduite dune exploitation.
» Un projet quil faut démarrer de zéro,
car mis à part lidée, rien nest véritablement
engagé. Le CAT propose un site, la Borie dImbert, sur
la commune de Rocamadour, et une capacité de financement.
Séduit par lidée, Emmanuel entamme une étude
avec la chambre dagriculture, les producteurs de rocamadour
et le personnel du CAT.
Après plusieurs mois, il présente aux administrateurs
du CAT un projet caprin avec transformation de fromages fermiers.
Outre lintégration des personnes handicapées,
son étude prévoit la création dun circuit
de visite pour le grand public. Mais le montage administratif du
dossier nest pas une mince affaire. Pour quEmmanuel
bénéficie du statut dagriculteur et que les
fromages portent la mention fermière, les partenaires optent
pour la création dune SCEA, dont le CAT et Emmanuel
détiennent 49 % des parts, un troisième associé,
lui-même agriculteur, détenant les 2 % restants. Le
CAT reste propriétaire du site et des bâtiments, quil
loue à la SCEA.
Les travaux ont démarré en octobre 1999 et les premiers
animaux sont arrivés début 2001. Pour linstant,
le troupeau est alimenté en zéro pâturage. Mais
dès que ce sera possible, Emmanuel compte bien faire sortir
les chèvres deux à trois heures par jour.
Après quelques mois de livraison de lait cru à la
coopérative des fermiers de Rocamadour, la transformation
fromagère a débuté en octobre dernier. Pour
avoir droit à lappellation rocamadour, le cahier des
charges est très précis. Le lait cru est empressuré
une fois par jour, pour une durée de 24 h. Le caillé
est ensuite pré-égouté en sac pendant 24 h,
puis moulé en plaque aux dimensions standards du rocamadour.
Placés dans le hâloir, les fromages sont affinés
pendant six jours à 12 °C et 98 % dhumidité.
A la Borie dImbert, toutes les étapes de production
peuvent être suivies en direct à partir dun couloir
de visite. Les visiteurs assistent à la traite, à
lélevage des chèvres et à la fabrication
des fromages. Pour boucler ce circuit pédagogique, il reste
encore à aménager le magasin de vente, ce qui sera
fait au cours de lhiver. « Ainsi, poursuit Emmanuel,
dès le printemps prochain, la Borie dImbert deviendra
une véritable vitrine du rocamadour, adaptée pour
accueillir des groupes et faire la promotion de notre métier
et de nos produits. »
Et linsertion des handicapés mentaux ? Deux équipes
de quatre personnes handicapées travaillent sur lexploitation
: la première à la chévrerie, avec Emmanuel,
la seconde avec Virginie, une salariée responsable de la
transformation fromagère et dont le poste est financé
par la Ddass. Emmanuel est très satisfait par la manière
dont les choses se déroulent : « Jai été
surpris, reconnaît-il. Au départ, je pensais quil
y aurait une barrière entre les handicapés et nous.
Mais pas du tout. En fait, on se ressemble. Eux ne sont pas autonomes,
cest tout. » Si cette collaboration fonctionne, cest
quelle repose avant tout sur la confiance et le respect mutuel
: « Mon objectif, cest quils parviennent à
faire tout ce que je fais. Bien sûr, de temps en temps, il
y a un peu de casse. Mais cest comme ça dans toutes
les fermes. De toutes façons, je sais que sans eux, je ny
arriverai pas. »
« Dans notre esprit, on ne travaille pas au service des handicapés,
mais bien avec les handicapés, conclut Emmanuel Souilhé.
Notre objectif, ce nest pas quils restent éternellement
salariés de la Borie dImbert. Au contraire, nous cherchons
à leur faire acquérir de plus en plus dautonomie,
de manière à ce quils sorientent ensuite
vers dautres structures. »
Vincent Lasseret
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Une insertion professionnelle
délicate pour les handicapés
Selon le ministère de lEmploi et de la Solidarité,
environ 550 000 personnes handicapées (en décembre
1999) exercent une activité salariée en France
: 335 000 travaillent dans le secteur privé, 120 000
dans la fonction publique et près de 100 000 en milieu
protégé (Centres daide par le travail
et ateliers protégés). Cumulant souvent handicap
et faible niveau de qualification, cette population apparaît
beaucoup plus exposée au chômage que les autres
: fin 1999, 24 % des actifs handicapés, soit 171 000
personnes, se déclaraient chômeurs.
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Rocamadour a le vent
en poupe
LAOC Rocamadour existe officiellement depuis le 16
janvier 1996. Autrefois nommé « cabécou
de Rocamadour » (petit fromage de chèvre en occitan)
ce fromage au lait cru, crémeux, onctueux, doux et
fondant fait partie des plus anciens produits des Causses
du Quercy.
Sa zone de production sétale sur une partie du
Lot et sur quelques cantons limitrophes des départements
voisins. Soutenue par une demande en constante augmentation,
la production de rocamadour progresse à un rythme soutenu
:
440 t en 1996, 480 t en 1997, 546 t
en 1998 et 598 t en 1999.
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La ferme de Borie d'Imbert
SAU :
40 ha
- luzerne : 20 ha
- prairies: 10 ha
- orge : 5 ha
- parcours : 5 ha
1700 m2 de bâtiments (chèvrerie, fromagerie,
magasin et hangar)
Cheptel : 80 chèvres traites en 2001 (objectif 180
en 2003)
Transformation : 140 000 fromages en 2001 (objectif 300 000
en 2003)
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