LUCAS G - La goulotte universelle!
SOMMAIRE | N° 566 | Novembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Sommaire

"Un accord historique"



L’événement

Crise bovine
Enfin, un accord sur les prix !

L’action syndicale s’est avérée payante. Après le plan d’intervention présenté par le ministre de l’Agriculture le 17 octobre, éleveurs et abatteurs sont tombés d’accord sur un prix minimum le 25.

Un an déjà que les éleveurs bovins subissent les effets de la crise. Rappel des faits : en octobre 2000, une vache atteinte d’ESB est présentée à l’abattoir et retirée de la chaîne alimentaire. En rappelant immédiatement la viande de 11 bovins élevés avec cette vache, la grande distribution sème le doute, puis la panique dans les esprits : la consommation chute, les prix s’effondrent.
Un an après, la crise est toujours là. En cumul sur un an, la perte de consommation est estimée à 18 % par le Centre d’information des viandes (CIV), qui évalue à un million le nombre de ménages qui n’ont plus consommé de bœuf depuis le début de la crise. Sur les marchés, les cours apparaissent toujours aussi déprimés (4,46 F/kg de moins en octobre 2001 qu’en octobre 2000 pour les vaches laitières, 3,85 F/kg de moins pour les jeunes bovins). Pourtant, des mesures significatives ont été prises en matière de gestion du marché, et de compensations financières (voir encadré).

Une année de crise

Une année de mesures pour l’élevage
Gestion de marché : Trésorerie et compensations de pertes :
novembre 2000, mise en œuvre du stockage privé,
décembre 2000, ouverture de l’intervention publique (jeunes bovins et bœufs).
238 000 t vendues, dont 75 000 t en France,
janvier 2001, mise en œuvre du
régime d’achat destruction pour six mois. 240 000 t achetées, dont 60 600 t en France,
juillet 2001, démarrage du régime d’achat spécial (vaches de réforme). 72 000 t achetées dont 21 800 t en France,
octobre 2001, signature d’un accord interprofessionnel sur un prix minimum
novembre 2000, allégement de charges pour les éleveurs (400 MF), report de cotisations sociales (1 240 MF), déblocage de prêts bonifiés à 1,5 % (500 MF),
février 2001 : déblocage d’aides
directes pour les éleveurs (1 000 MF),
prise en charge d’intérêts (200 MF), complément à la prime vache allaitante (100 MF), aide à la filière veau de boucherie (100 MF),
déblocage de prêts bonifiés à 1,5 % (500 MF).

Pendant douze mois, la mobilisation des éleveurs n’a jamais fléchi. Après avoir relevé les prix de la viande bovine dans les linéaires cet été, les éleveurs se sont attachés le mois dernier à contrôler les importations de viande. Un peu partout sur le territoire, des « commandos » ont bloqué les routes, les abattoirs et les centrales d ‘achat pour vérifier la provenance des viandes et obtenir un accord sur un prix minimum. Aux dires des éleveurs, « une quantité importante de viande étrangère, introduite à bas prix et dont la traçabilité n'est pas toujours avérée a été découverte. » Une situation jugée « intolérable » par la profession « au regard de la détresse qui s’empare des campagnes. »

La forte mobilisation des éleveurs (ici en Haute-Vienne) a permis la signature d'un accord interprofessionnel sur un prix minimum et l'arrêt des importations de viande.

Un plan à confirmer

Ces opérations se sont révélées payantes. Le 17 octobre, Jean Glavany proposait aux producteurs bovins un « plan de sauvetage » de l’élevage (voir encadré). Première priorité : dégager du marché plus de 4 000 t de viande par semaine, au titre de l’intervention publique et de l’achat spécial, pour résorber les stocks sur pied et redresser les cours. Dans le même registre, le ministre, sous réserve de la mise en place de filières de valorisation, a ouvert la porte au retrait temporaire des veaux de huit jours - une mesure à laquelle il s’était toujours opposé, malgré sa remarquable efficacité. Enfin, le ministre a annoncé le déblocage prochain d’un deuxième train d’aides directes aux producteurs. Sur la base d’estimations de la situation financière des éleveurs, une table ronde sera organisée à la mi-décembre pour définir un volet complémentaire au plan d’accompagnement présenté en février dernier.

Le plan du 17 octobre

- Optimisation des mesures de gestion de marché
- Mise en œuvre d’un plan broutard
- Maîtrise de la filière veau
- Relance de l’exportation
- Fixation de prix minimum
- Traçabilité et étiquetage des viandes
- Relance de la consommation
- Soutien financier aux éleveurs

 

Accord historique

Le 25 octobre, le syndicalisme (Jeunes Agriculteurs, FNSEA, FNB et FNPL) obtenait des abatteurs (FNCVB et FNICGV) l’arrêt temporaire des importations et un accord, qualifié d’historique, sur un prix minimum pour les vaches de réforme (voir tableau). Mise en application le 29 octobre, cette grille sera révisée le 1er décembre. Mais elle constitue une véritable avancée pour les éleveurs bovins qui voient le prix de leurs vaches de réformes augmenté mécaniquement de 1,50 à 2 F/kg. Jean-Luc Duval, s’est déclaré « très satisfait » par la signature de cet accord, même s’il juge « dommage d’en être arrivé à des blocages de sites pour (l’) obtenir. » : « J’espère franchement que cet accord va être respecté. Bien sûr, il résulte d’un compromis, et comme tout compromis, il ne satisfait pas tout le monde. Mais s’il est appliqué, toute la filière bovine va s’en retrouver grandie. » Le président des Jeunes Agriculteurs a toutefois émis une petite réserve : « La classification des carcasses en abattoir est essentiellement faite de manière visuelle, ce qui peut prêter à confusion. Il est donc nécessaire de positionner rapidement des machines à classer dans les abattoirs. »
Incontestablement, cette grille de prix amène une bouffée d’oxygène à l’élevage français. Mais elle n’interdit pas – loin s’en faut – de réfléchir à un rééquilibrage de fond entre l’offre et la demande. Depuis plusieurs mois, les Jeunes Agriculteurs proposent des pistes de travail : la maîtrise de la production de veaux (retrait des veaux de huit jours, réduction des poids), la maîtrise du cheptel femelle (fixation de droits à produire, primés ou non) et la maîtrise des poids de carcasse (pour les bovins de moins de 24 mois). Mais la filière est-elle prête à jouer le jeu de la maîtrise ?

La grille de paiement adoptée le 25 octobre
L’interprofession bovine a établi une grille de prix minimum entrée-abattoir pour les vaches de réforme (hors filière de qualité).

La grille de prix minimum ouvre des perspectives de relations nouvelles dans la filière bovine.
Vache U= 21,00 F/kg
Vache U- 20,00 F/kg
Vache R3+ 19,00 F/kg
Vache R2+ 18,50 F/kg
Vache R3= 17,60 F/kg
Vache R2= 17,20 F/kg
Vache R- 16,20 F/kg*
Vache O3+ 13,00 F/kg
Autres O 12,27 F/kg**
P3+ 12,00 F/kg
Autres P 10,65 F/kg**
P- pas de prix
* état d’engraissement minimum 2
** pour cette adjudication

 

Vincent Lasseret