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SOMMAIRE | N° 566 | Novembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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Terroir

Vins d'hiver

Pressés durant les mois froids, les vins de paille avaient pratiquement disparu. Plusieurs régionstravaillent à les faire renaître.

On le nomme « vin de paille » dans le Jura, le seul vignoble qui produise encore de façon significative cet insolite nectar. D'Alsace et de la vallée du Rhône, qui le produisaient jadis, il a disparu. En Corrèze, en cherchant bien, on parvient encore à trouver ce « vin paillé » qui autrefois, à la frontière du Limousin et du Quercy, avait fait la réputation de la moyenne vallée de la Dordogne, et qu'une poignée de vignerons travaille aujourd'hui à faire renaître.
Ces vins de paille sont les vins d'hiver. Ils sont issus d'une vendange qui a été engrangée en septembre sur un lit de paille. Elle y reste environ trois mois, au moins jusqu’à décembre, avant d’être pressée. Les grappes y sèchent lentement et les sucres s’y concentrent, pour donner, sous le pressoir, un jus dont la fermentation pourra dépasser les quinze degrés, et dont la saveur moelleuse est très parfumée. Les historiens de la vigne affirment que cette technique est née dans les abbayes et les presbytères des régions les plus septentrionales, dont les vins blancs sont acides et naturellement secs. Pour célébrer la messe, le matin à jeun, ils malmenaient assez vite l’estomac des curés et de leurs vicaires. L’Eglise chercha une méthode de vinification susceptible de concilier le culte et la bonne santé de son clergé. Ainsi naquit le vin de paille, que les prêtres élaboraient souvent eux-mêmes.
C’est donc dans le Jura qu’il faut aller aujourd’hui à la découverte de ce chef-d’œuvre en péril. Ce vignoble, on le sait, a un encépagement particulier, qui fait la singulière personnalité de ses vins, le trousseau et le poulsard en rouge ; en blanc le savagnin, frère jumeau du traminer alsacien, et qui a droit à son séjour sur lit de paille avant pressage. Ce vin de paille est produit par trois des AOC jurassiennes, l’arbois, l’étoile et les côtes-du-jura.

Le vin jaune

Ce n’est d’ailleurs pas le seul vin d’hiver de cette province au climat rude. L’autre miracle régional, c’est le vin jaune, dit aussi « vin de gelée ». Pas de séchage en abri, pour lui, mais une vendange plus que tardive, parfois après les premières neiges. Il y faut ensuite un an de fermentation et six ans de séjour en fût de chêne avant la mise en bouteille. Pour acquérir la robe jaune d’or qui lui donne son nom et la saveur que le vocabulaire des dégustateurs qualifie de « capiteuse, puissante et pénétrante ». Il est issu des trois mêmes terroirs AOC que le vin de paille, mais il fait surtout la gloire de la quatrième appellation jurassienne, Château-Chalon.
Ces vins d’hiver sont les productions extrêmes de ces vins liquoreux, victimes un temps des caprices d’une mode qui ne jurait plus que par les rouges, et qui sortent aujourd’hui de leur purgatoire, grâce en grande partie à la fidélité des pays d’Europe du Nord, qui leur ont depuis des siècles manifesté leur préférence. Sans aller jusqu’aux grands froids, ces vignobles pratiquent le passerillage, c’est-à-dire la surmaturation des grappes, et l’arrivée de la fameuse pourriture noble qui confit les grappes et y accentue la concentration des sucres. Avec une vendange étalée sur plusieurs semaines, car les grappes ne mûrissent pas toutes au même rythme. Ce sont en Val-de-Loire les coteaux angevins du layon et de l’aubance, en Béarn le jurançon, en Aquitaine les monbazillac et les sauternes, parmi lesquels le vin le plus célèbre - et le plus cher - du monde, le château d’yquem, dont, dit-on, un pied de vigne ne produit qu’un seul verre de vin.

Antoine Menoux