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Terroir
Vins d'hiver
Pressés durant les mois froids, les vins de paille avaient
pratiquement disparu. Plusieurs régionstravaillent à
les faire renaître.
On le nomme « vin de paille » dans le Jura, le seul
vignoble qui produise encore de façon significative cet insolite
nectar. D'Alsace et de la vallée du Rhône, qui le produisaient
jadis, il a disparu. En Corrèze, en cherchant bien, on parvient
encore à trouver ce « vin paillé » qui
autrefois, à la frontière du Limousin et du Quercy,
avait fait la réputation de la moyenne vallée de la
Dordogne, et qu'une poignée de vignerons travaille aujourd'hui
à faire renaître.
Ces vins de paille sont les vins d'hiver. Ils sont issus d'une vendange
qui a été engrangée en septembre sur un lit
de paille. Elle y reste environ trois mois, au moins jusquà
décembre, avant dêtre pressée. Les grappes
y sèchent lentement et les sucres sy concentrent, pour
donner, sous le pressoir, un jus dont la fermentation pourra dépasser
les quinze degrés, et dont la saveur moelleuse est très
parfumée. Les historiens de la vigne affirment que cette
technique est née dans les abbayes et les presbytères
des régions les plus septentrionales, dont les vins blancs
sont acides et naturellement secs. Pour célébrer la
messe, le matin à jeun, ils malmenaient assez vite lestomac
des curés et de leurs vicaires. LEglise chercha une
méthode de vinification susceptible de concilier le culte
et la bonne santé de son clergé. Ainsi naquit le vin
de paille, que les prêtres élaboraient souvent eux-mêmes.
Cest donc dans le Jura quil faut aller aujourdhui
à la découverte de ce chef-duvre en péril.
Ce vignoble, on le sait, a un encépagement particulier, qui
fait la singulière personnalité de ses vins, le trousseau
et le poulsard en rouge ; en blanc le savagnin, frère jumeau
du traminer alsacien, et qui a droit à son séjour
sur lit de paille avant pressage. Ce vin de paille est produit par
trois des AOC jurassiennes, larbois, létoile
et les côtes-du-jura.
Le vin jaune
Ce nest dailleurs pas le seul vin dhiver de cette
province au climat rude. Lautre miracle régional, cest
le vin jaune, dit aussi « vin de gelée ». Pas
de séchage en abri, pour lui, mais une vendange plus que
tardive, parfois après les premières neiges. Il y
faut ensuite un an de fermentation et six ans de séjour en
fût de chêne avant la mise en bouteille. Pour acquérir
la robe jaune dor qui lui donne son nom et la saveur que le
vocabulaire des dégustateurs qualifie de « capiteuse,
puissante et pénétrante ». Il est issu des trois
mêmes terroirs AOC que le vin de paille, mais il fait surtout
la gloire de la quatrième appellation jurassienne, Château-Chalon.
Ces vins dhiver sont les productions extrêmes de ces
vins liquoreux, victimes un temps des caprices dune mode qui
ne jurait plus que par les rouges, et qui sortent aujourdhui
de leur purgatoire, grâce en grande partie à la fidélité
des pays dEurope du Nord, qui leur ont depuis des siècles
manifesté leur préférence. Sans aller jusquaux
grands froids, ces vignobles pratiquent le passerillage, cest-à-dire
la surmaturation des grappes, et larrivée de la fameuse
pourriture noble qui confit les grappes et y accentue la concentration
des sucres. Avec une vendange étalée sur plusieurs
semaines, car les grappes ne mûrissent pas toutes au même
rythme. Ce sont en Val-de-Loire les coteaux angevins du layon et
de laubance, en Béarn le jurançon, en Aquitaine
les monbazillac et les sauternes, parmi lesquels le vin le plus
célèbre - et le plus cher - du monde, le château
dyquem, dont, dit-on, un pied de vigne ne produit quun
seul verre de vin.
Antoine Menoux
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