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Mode demploi
Cultures spécialisées
Châtaigneraies
Rénover les châtaigneraies traditionelles
Greffage et élagage sévère permettent la
renaissance de châtaigneraies traditionnelles abandonnées
dans le Haut Languedoc et les Cévennes. Réclamant
peu dinvestissement, ces techniques autorisent des revenus
plus rapides et plus sûrs que la plantation. Et le potentiel
de châtaigneraies à rénover est immense.
Au début du xxe siècle, le Gard et la Lozère
abritaient à eux seuls 120 000 hectares de vergers à
châtaignes, donnant une récolte de 250 000 tonnes,
soit 25 fois la production nationale actuelle. Depuis, la déprise
agricole a entraîné une chute vertigineuse de la production,
jusquà près de 1 000 tonnes dans le Gard et
la Lozère et 6 500 pour la châtaigneraie traditionnelle
du sud-est du Massif Central (60 % de la production française).
La quasi-totalité de ces vergers est aujourdhui à
labandon. Seule lArdèche, dont les variétés
ont toujours eu du succès, a su entretenir ses châtaigneraies.
« Or, on estime quau moins 2 000 à 3 000 hectares
de châtaigneraies traditionnelles sont aisément remobilisables
», constate Michel Bouchet, directeur de lUlrac (Union
Languedoc-Roussillon des associations castanéicoles). «
Beaucoup de vergers sont trop dégradés, difficiles
daccès et surtout, on a un fort déficit de projets
dinstallation de jeunes agriculteurs. »
Pour ne pas laisser perdre ce potentiel de production et pour que
ces cultures ancestrales redeviennent rentables, deux techniques
sont proposées par les spécialistes : le greffage
et lélagage sévère. « On encourage
les jeunes à reconstituer des zones à variétés
homogènes et des vergers productifs. Tous les ans dans le
Gard, une dizaine dhectares est remise en état »
remarque Béatrice Ladrange, technicienne dUlrac dans
le secteur dAlès. Car rénover une châtaigneraie
présente bien des avantages à la plantation.
A chaque cas, sa technique
Dabord, il sagit de bien identifier son cas, selon
que lon dispose dun verger abandonné, très
dégradé ou dun taillis. Ensuite, il faut définir
ses objectifs. Quelles variétés envisage-t-on de commercialiser,
et quelles sont les exigences du marché : marrons précoces
de gros calibre ou variétés traditionnelles tardives
qui permettent détaler la récolte ? Cest
alors que le choix de la méthode la plus appropriée
sera possible.
La rénovation par greffage permet de reconstituer un nouveau
verger de châtaigniers à partir danciennes châtaigneraies
(taillis ou arbres dégradés), en introduisant des
variétés choisies et en réalisant un verger
homogène. Après labattage des anciens arbres,
on greffe les rejets issus de ces souches. Les jeunes arbres greffés
commencent à produire cinq à six ans plus tard.
Cette technique sadresse à des parcelles dont les souches
sont assez vigoureuses. Elle présente de multiples avantages
par rapport à la plantation de nouveaux arbres : la production
est plus rapide car les arbres sont plus vigoureux ; lirrigation
nest pas obligatoire, linvestissement financier est
moindre. Cela dit, le greffage nécessite beaucoup de suivi
et dentretien de la parcelle, surtout les premières
années. Et le risque dapparition de chancre (champignon
redouté dans ce type de vergers) nest pas négligeable.
Lélagage sévère du châtaignier
est une technique de remise en valeur durable du verger traditionnel
de châtaigniers. Elle consiste à rabattre très
sévèrement les arbres au-dessus de leur point de greffe,
afin de les reformer à partir du bois jeune qui aura repoussé.
Il faut compter quelques années sans production. En fait,
les premiers fruits se verront à la troisième année.
Et à partir de la cinquième année, on peut
compter sur une production plus importante et surtout, sur un calibre
des fruits plus gros.
Cette technique a ses limites. Elle doit concerner des parcelles
suffisamment fertiles pour que la réaction soit vigoureuse,
et des arbres dont la variété peut être bien
valorisée. Le diagnostic dun technicien sera utile
pour établir létat des arbres, reconnaître
les variétés et surtout, vérifier lintérêt
économique de lopération. Enfin, il faut savoir
que lélagage sévère nécessite
un important travail de débitage du bois au sol. Pour cela,
les parcelles doivent avoir un accès aisé, de manière
à faciliter lévacuation du bois, ainsi que pour
entretenir le sol, davantage éclairé, qui verra se
développer une végétation arbustive à
contrôler (fougères, genêts). « Pour un
jeune agriculteur, il est tout à fait intéressant
de reprendre une ancienne châtaigneraie fruitière et
de la revaloriser à moindre frais par ces techniques »,
estime Elisabeth Jayne, chargée dexpérimentation
à la chambre dagriculture de lArdèche.
Dautant que si la châtaigneraie fruitière reste
toujours un atelier complémentaire, pouvant constituer jusquà
40 % du revenu de lexploitation (dans le Gard, les agriculteurs
lassocient à lélevage caprin et ovin,
à la production doignon doux des Cévennes, à
larboriculture, au maraîchage ou à la culture
de petits fruits), elle nen est pas moins une composante du
paysage quil serait dommage de ne pas exploiter !
Notons enfin que les démarches daccession à
lAOC, en cours pour les Cévennes et le Haut Languedoc,
sont très attendues des exploitations de moyenne montagne,
pour lesquelles léconomie de la châtaigne est
une source essentielle de revenu.
Cécile Vuchot
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