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SOMMAIRE | N° 566 | Novembre 2001 Site réalisé et hébergé par Web-agri
 
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« On estime qu’au moins 2000 à 3000 ha de châtaigneraies traditionelles sont aisément remobilisables. »

 


Les châtaignes des Cévennes et du Haut Languedoc devraient bientôt obtenir une AOC.

 

Le point de vue du jeune agriculteur
Philippe Boisson, à Sumène (Gard)

« La châtaigne : un bon complément de revenu »

 



Mode d’emploi
Cultures spécialisées

Châtaigneraies
Rénover les châtaigneraies traditionelles

Greffage et élagage sévère permettent la renaissance de châtaigneraies traditionnelles abandonnées dans le Haut Languedoc et les Cévennes. Réclamant peu d’investissement, ces techniques autorisent des revenus plus rapides et plus sûrs que la plantation. Et le potentiel de châtaigneraies à rénover est immense.

Au début du xxe siècle, le Gard et la Lozère abritaient à eux seuls 120 000 hectares de vergers à châtaignes, donnant une récolte de 250 000 tonnes, soit 25 fois la production nationale actuelle. Depuis, la déprise agricole a entraîné une chute vertigineuse de la production, jusqu’à près de 1 000 tonnes dans le Gard et la Lozère et 6 500 pour la châtaigneraie traditionnelle du sud-est du Massif Central (60 % de la production française). La quasi-totalité de ces vergers est aujourd’hui à l’abandon. Seule l’Ardèche, dont les variétés ont toujours eu du succès, a su entretenir ses châtaigneraies.
« Or, on estime qu’au moins 2 000 à 3 000 hectares de châtaigneraies traditionnelles sont aisément remobilisables », constate Michel Bouchet, directeur de l’Ulrac (Union Languedoc-Roussillon des associations castanéicoles). « Beaucoup de vergers sont trop dégradés, difficiles d’accès et surtout, on a un fort déficit de projets d’installation de jeunes agriculteurs. »
Pour ne pas laisser perdre ce potentiel de production et pour que ces cultures ancestrales redeviennent rentables, deux techniques sont proposées par les spécialistes : le greffage et l’élagage sévère. « On encourage les jeunes à reconstituer des zones à variétés homogènes et des vergers productifs. Tous les ans dans le Gard, une dizaine d’hectares est remise en état » remarque Béatrice Ladrange, technicienne d’Ulrac dans le secteur d’Alès. Car rénover une châtaigneraie présente bien des avantages à la plantation.

A chaque cas, sa technique

D’abord, il s’agit de bien identifier son cas, selon que l’on dispose d’un verger abandonné, très dégradé ou d’un taillis. Ensuite, il faut définir ses objectifs. Quelles variétés envisage-t-on de commercialiser, et quelles sont les exigences du marché : marrons précoces de gros calibre ou variétés traditionnelles tardives qui permettent d’étaler la récolte ? C’est alors que le choix de la méthode la plus appropriée sera possible.
La rénovation par greffage permet de reconstituer un nouveau verger de châtaigniers à partir d’anciennes châtaigneraies (taillis ou arbres dégradés), en introduisant des variétés choisies et en réalisant un verger homogène. Après l’abattage des anciens arbres, on greffe les rejets issus de ces souches. Les jeunes arbres greffés commencent à produire cinq à six ans plus tard.
Cette technique s’adresse à des parcelles dont les souches sont assez vigoureuses. Elle présente de multiples avantages par rapport à la plantation de nouveaux arbres : la production est plus rapide car les arbres sont plus vigoureux ; l’irrigation n’est pas obligatoire, l’investissement financier est moindre. Cela dit, le greffage nécessite beaucoup de suivi et d’entretien de la parcelle, surtout les premières années. Et le risque d’apparition de chancre (champignon redouté dans ce type de vergers) n’est pas négligeable.
L’élagage sévère du châtaignier est une technique de remise en valeur durable du verger traditionnel de châtaigniers. Elle consiste à rabattre très sévèrement les arbres au-dessus de leur point de greffe, afin de les reformer à partir du bois jeune qui aura repoussé. Il faut compter quelques années sans production. En fait, les premiers fruits se verront à la troisième année. Et à partir de la cinquième année, on peut compter sur une production plus importante et surtout, sur un calibre des fruits plus gros.
Cette technique a ses limites. Elle doit concerner des parcelles suffisamment fertiles pour que la réaction soit vigoureuse, et des arbres dont la variété peut être bien valorisée. Le diagnostic d’un technicien sera utile pour établir l’état des arbres, reconnaître les variétés et surtout, vérifier l’intérêt économique de l’opération. Enfin, il faut savoir que l’élagage sévère nécessite un important travail de débitage du bois au sol. Pour cela, les parcelles doivent avoir un accès aisé, de manière à faciliter l’évacuation du bois, ainsi que pour entretenir le sol, davantage éclairé, qui verra se développer une végétation arbustive à contrôler (fougères, genêts). « Pour un jeune agriculteur, il est tout à fait intéressant de reprendre une ancienne châtaigneraie fruitière et de la revaloriser à moindre frais par ces techniques », estime Elisabeth Jayne, chargée d’expérimentation à la chambre d’agriculture de l’Ardèche. D’autant que si la châtaigneraie fruitière reste toujours un atelier complémentaire, pouvant constituer jusqu’à 40 % du revenu de l’exploitation (dans le Gard, les agriculteurs l’associent à l’élevage caprin et ovin, à la production d’oignon doux des Cévennes, à l’arboriculture, au maraîchage ou à la culture de petits fruits), elle n’en est pas moins une composante du paysage qu’il serait dommage de ne pas exploiter !
Notons enfin que les démarches d’accession à l’AOC, en cours pour les Cévennes et le Haut Languedoc, sont très attendues des exploitations de moyenne montagne, pour lesquelles l’économie de la châtaigne est une source essentielle de revenu.

Cécile Vuchot