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En mouvement
Hautes-Pyrénées
En route vers lAOC Barèges-Gavarnie
Dans les Hautes-Pyrénées, les moutonniers du pays
Toy se sont spécialisés dans la production de brebis
et de doublons. Sous limpulsion dun jeune éleveur,
Sylvain Broueilh, ils sont en passe dobtenir la deuxième
AOC attribuée à une viande en France.
«Mon attachement à la vallée de Barèges
ma motivé pour vivre au pays, explique Sylvain Broueilh,
mais également pour minvestir dans son développement.
» Après un bac économique et un BPREA, ce jeune
éleveur de 24 ans a repris lexploitation familiale
de Luz-Saint-Sauveur en janvier 2001. Dans cette haute vallée
pyrénéenne, aussi appelée vallée du
gave de Pau ou encore pays Toy, les 130 exploitations agricoles
sont toutes spécialisées dans lélevage.
Pour preuve, les 1 800 ha de SAU que compte la vallée sont
totalement consacrés à la production dherbe,
à lexception de
2 ha de maïs. Si une petite
production bovine subsiste dans le canton - 180 vaches allaitantes
- le mouton demeure le pilier de lagriculture locale. Avec
une dizaine de vaches limousines et 150 brebis barégeoise,
lexploitation de Sylvain Broueilh ne déroge pas à
cette règle. « Mais attention, prévient-il,
contrairement au système traditionnel agneau de boucherie/brebis
de réforme, nous produisons essentiellement de jeunes adultes.
»
Car chez Sylvain, le système délevage est avant
tout dicté par les contraintes géographiques et climatiques.
De décembre à mars, les animaux passent lhiver
en bergerie, en fond de vallée, nourris avec du foin et du
regain. « Toutefois, précise Sylvain, dès que
le temps le permet, les bêtes sont lâchées sur
les prairies. » A partir du mois davril, le troupeau
se déplace en moyenne montagne (1 300 m), sur un secteur
de « granges foraines. » Pendant 5 à 6 semaines,
il pâture lherbe de printemps sur des prairies de fauche
et des parcours. En été, le troupeau transhume vers
les hauts pâturages. Avec 25 000 ha de pâturages collectifs
situés entre 1 600 et 2 600 m daltitude, ce territoire
représente la partie la plus élevée, mais aussi
la plus étendue, du terroir du pays Toy. En estive, les moutons
sont en totale liberté. Sylvain leur rend visite une fois
par semaine pour les regrouper, les soigner et les trier afin de
sélectionner ceux qui seront commercialisés. Fin octobre,
le cheptel redescend vers les « granges foraines » pour
y pâturer les repousses dautomne pendant quelques semaines.
Enfin, le mois de novembre arrivé, les bêtes réintègrent
la bergerie. Tout au long de lannée, sous forme de
foin, de regain ou de pâturage, lherbe constitue le
pivot de lalimentation. Les apports complémentaires
se résument à quelques pierres à lécher
en hiver et à un mélange de sel et de son en été.
La plupart des moutonniers du pays Toy ont opté pour un système
de production basé sur une race : la barégeoise. «
Cette race locale et rustique se caractérise par une forte
aptitude au désaisonnement, explique Sylvain. Les éleveurs
ont recours à la lutte naturelle, en liberté, et les
agnelages se déroulent essentiellement en automne, pour se
poursuivre jusquau printemps. »
Avec une prolificité moyenne de 114 % et une productivité
numérique de 0,77, la production dagneau engraissé
ne constitue pas une priorité. Au contraire, le système
barégeois sappuie sur deux produits : la brebis de
boucherie et le doublon. Cette brebis est une jeune femelle (2 à
6 ans), ayant estivé au moins deux fois et agnelé
cinq fois au maximum. Le doublon est un jeune mâle castré
de plus de 18 mois, ayant estivé au moins deux fois.
Ce mode de production, qui entraîne un taux de renouvellement
assez élevé (de lordre de 30 à 40 %),
conduit à un produit fini de grande qualité. Juteuse
et tendre, fondante en bouche, aux saveurs de bois, de prairies,
dalpage
selon une étude du Centre régional
dinnovation et de transfert de technologie (Critt) de Midi-Pyrénées,
la viande de mouton du pays Toy « se distingue incontestablement
des autres viandes ». « De tout temps, notre viande
a eu bonne réputation, précise Sylvain. Dans les années
cinquante, sa notoriété remontait jusquà
Bordeaux et même Paris. Aujourdhui, cette notoriété
sest un peu circonscrite, mais toujours avec une très
bonne image. » De cette qualité découle un prix
de vente assez satisfaisant : 22 à 25 F/kg de carcasse pour
les brebis, et jusquà 26,50 F/kg pour les doublons.
« A partir de là, explique Sylvain, on aurait pu se
contenter de vanter la qualité de notre produit et continuer
à le vendre comme ça. Le problème, cest
que certains bouchers utilisaient limage de notre viande,
tout en sapprovisionnant dans dautres vallées.
»
Les moutonniers du pays Toy prennent alors conscience quils
doivent franchir une étape pour préserver leur valeur
ajoutée. En 1996, alors que Sylvain est encore aide familial,
le directeur régional de lInao laisse entendre quau
vu des techniques et de la zone de production, le mouton du pays
Toy pourrait prétendre à une appellation dorigine
contrôlée (AOC). Dès lors, les éleveurs
engagent une réflexion sur la race, la conduite alimentaire
et le système dexploitation. Ils aboutissent à
un cahier des charges correspondant aux techniques de production
traditionnelles. Selon les premières estimations, un quart
des exploitations du pays Toy et un tiers du cheptel pourraient
y prétendre.
Avec lappui des collectivités, de la chambre dagriculture
et de lInao, une demande officielle est déposée
en 1997 pour la reconnaissance de cette appellation « Barèges-Gavarnie
» Mais si certains soutiennent le projet, dautres sen
inquiètent. Un boucher refuse même dacheter les
animaux de Sylvain. Heureusement, dans le même temps, Joël
et Gaby Escaich, qui produisent du mouton « Barèges-Gavarnie
» à Betpouey, recherchent un partenaire pour approvisionner
leur boucherie artisanale et des restaurateurs de la région.
« Notre collaboration, explique Joël Escaich, permet
de satisfaire la demande tout au long de lannée. Entre
le magasin, les bouchers et les restaurateurs de Luz, de Pau et
de Tarbes, nous écoulons jusquà quatre carcasses
par semaine. »
Entre temps, la demande AOC a très vite avancé. Si
certains dossiers mettent huit à dix ans pour aboutir, lAOC
« Barèges-Gavarnie » a obtenu son principe de
reconnaissance en mars 2000. Le décret dapplication,
qui signera la naissance officielle de lAOC, est aujourdhui
suspendu à la réouverture de labattoir de Luz,
actuellement en cours de rénovation. Selon certaines sources,
le décret sera adopté au plus tard au printemps 2002.
« Mais attention, prévient Joël Escaich, lorsque
nous aurons obtenu lAOC, la demande va augmenter et nous devrons
être capables de proposer notre viande tout au long de lannée.
Certains éleveurs devront modifier leurs pratiques pour répondre
au marché. Il faut sy préparer dès maintenant.
»
« En tout cas, lobtention de lAOC va apporter
du poids à nos revendications, poursuit Sylvain. Avec le
thermalisme et le tourisme, la pression foncière est très
forte. Nous espérons que lAOC contribuera à
installer des jeunes et à maintenir une vie locale dans la
vallée. »
Vincent Lasseret
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