LUCAS G - La goulotte universelle!
N° 564 | Septembre 2001

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59,5 millions d’hectolitres devraient être vendangés cette année.















La France boit moins, elle est plus exigeante.

 

Actualité - France

Viticulture
Un projet stratégique
Les pouvoirs publics et la profession sont d’accord pour adapter sur dix ans le vignoble aux évolutions du marché français et international. Reste à gérer l’urgence…

C’est une vendange abondante qui est annoncée : 59,5 millions d’hectolitres, égale à la récolte de l’an 2 000. Avec une baisse en Val-de-Loire (les intempéries) et une hausse en Languedoc. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. L’excédent en 2000 était de 6 millions d’hectolitres, consommation hexagonale et export additionnés. Un nouvel excédent va donc venir aggraver une crise que Jérôme Despey, responsable du dossier viticole des Jeunes Agriculteurs, dit d’ores et déjà « très grave ». L’automne risque d’être chaud.
La crise s’explique en premier lieu par la structure de la filière. Les VQPRD (Vins de qualité provenant de régions délimitées : AOC et VDQS) représentent la moitié de la récolte (26,7 millions d’hectos) ; viennent ensuite les vins de pays (16,7 Mhl), les vins de distillation pour le cognac (8 Mhl), les vins de table (8 Mhl). Ce sont ces vins de table qui ne se vendent pratiquement plus.
Les évolutions sociales expliquent pour une part les difficultés de cette viticulture de consommation courante. La France boit moins, elle est plus exigeante. Mais cela n’explique pas tout : depuis le début de la crise ont été importés quelque 5 Mhl d’Italie et d’Espagne, des bibines en provenance de divers pays de la Communauté qui se vendent au détail moins de 5 F le litre.
Pour cette culture pérenne, il n’est évidemment pas facile de suivre les aléas de la mode. Le monde viticole ne s’est pourtant pas laissé surprendre par cette évolution. En vingt ans, la surface du vignoble (916 000 ha) a régressé de plus de 20 %, celle des vins de table de 46 % alors que celle des vins d’appellation augmentait de 30 %, jusqu’à occuper 60 % du total.
Un rapport vient d’être publié, à la demande du ministère de l’Agriculture. Titre : « Comment mieux positionner les vins français sur les marchés d’exportation ». Son auteur, Jacques Berthomeau, contrôleur général des offices agricoles, y a la dent dure. Depuis 1996, écrit-il, les producteurs ont relâché leurs efforts de qualité et de maîtrise de production. Il épingle aussi les pouvoirs, français et européen, qui « confortent ceux qui sont à l’origine de la crise et fragilisent ceux qui ont su adapter leur offre à la demande commerciale ». Il faut compter enfin avec une évidente inadaptation commerciale, sur un marché international de plus en plus disputé. Les AOC les plus prestigieuses partent à l’export en ordre dispersé et se font ronger leurs parts de marché par des professionnels californiens, australiens, latino-américains.
Reste à passer du constat aux actes. Au congrès des caves coopératives de Bordeaux, le 4 juillet, Jean Glavany a proposé la mise en place à la rentrée d’un groupe de pilotage, interprofessionnel, pour travailler à un « projet stratégique » à l’horizon 2010.
Mais il reste l’urgence de la crise. Les mesures d’allègement de charges sont reçues comme « insuffisantes et inadaptées ». Et puis elles ne s’attaquent pas à l’engorgement du marché. Jean Glavany a annoncé la distillation en deux tranches de 3 millions d’hectos. Là encore, cela semble très insuffisant.