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Actualité - France
Linterview imaginaire
« Plus on est patron,
moins on aime prendre des risques »
Pascal
Lamy est commissaire européen chargé du
commerce. JA la (presque) rencontré
JA : Salut Pascal. Comment
vont les affaires en ce moment ?
Pascal Lamy : Ma foi, comme dhabça roule.
JA : Cest-à-dire
?
Pascal Lamy : Ben tout quoi ! le monde tiens !
le commerce, le libéralisme, la compétitivité,
les gains de productivité, tout ça. Tout roule,
tout le monde est content !
JA : Pas les Jeunes Agriculteurs,
en tout cas
Pascal Lamy : Les quoi ? les Jeunes Agriculteurs ? Il y en
a encore ? Ah oui, Fischler sen occupe
Il met
du temps dailleurs
Enfin, bon. Quest ce
quils veulent les jeunes ?
JA : Cest-à-dire
que, précisément, ils soccupent de mondialisation,
là, en ce moment. Pour une organisation plus cohérente,
plus réfléchie, qui permette à tous les
paysans de vivre de leurs produits.
Pascal Lamy : Ah, la jeunesse,
cest fait pour soccuper des causes perdues, tu
sais. A cet âge-là, on a lénergie
du désespoir ! Moi aussi jai été
jeune, pas longtemps dailleurs. Humaniste aussi, encore
moins longtemps !
JA : Tu sais, ils font
plutôt mouche avec leurs idées. Personne ne conteste
leur constat, tout le monde reconnaît le mérite
de leur ouverture, et une grande majorité semble
assez daccord sur le fond
Pascal Lamy : Si cétaient
les majorités qui décidaient, ça se saurait
mon petit bonhomme. Je suis suffisamment bien placé
à la Commission pour te le dire ! Bon, leur truc, cest
amusant, ça nous change un peu. En attendant, je moccupe
des choses sérieuses : déréguler, ouvrir
les marchés
La grande braderie du millénaire
va bientôt commencer
JA : Mais dis-moi, Pascal,
il y a un truc que je ne comprends pas
tu travailles
pour servir qui ? La société civile ou les multinationales
?
Pascal Lamy : Mais dis
donc, jai léconomie de quinze Etats sur
les épaules moi, gamin ! je travaille pour les grands
patrons. Et les grands patrons, contrairement à ce
quon raconte dans les écoles, ça a horreur
du risque. Plus on est patron, moins on aime prendre des risques.
On préfère gérer
la gestion, ça
cest bien, ça, la gestion
mais linitiative
oh là ! cest bon pour ceux qui nont rien
à perdre, ça, linitiative ! une fois que
tu auras compris ça, tu arrêteras de poser des
questions idiotes.
JA : Daccord, mais
en attendant, vivre de prix rémunérateurs, comment
peux-tu être contre ?
Pascal Lamy : Mais je
ne suis ni pour, ni contre ! cest ça que tu comprends
pas. Cest pas faisable ! point, à la ligne.
JA : Mais reconnais-tu
que cest souhaitable ?
Pascal Lamy : Puisque
je te dis que cest pas faisable ! On sen fout,
si cest souhaitable ou pas, tellement cest pas
faisable.
JA : Allez, Pascal, tu
peux me le dire
au fond, tu ne trouves pas ça
souhaitable ?
Pascal Lamy : Mais si,
bien sûr que cest souhaitable
personne ne
peut être contre
cest humaniste, logique,
cohérent
cest pour ça quil
faut bien insister sur le fait que cest pas faisable
: sinon, on va être obligé de se demander comment
le faire. Et ça, cest sûr que ce sera terriblement
fatigant. Et puis ce sera risqué, surtout. Parce quun
truc pareil, ça na jamais été essayé.
Tu te rends compte ? à léchelle mondiale
! Tiens, rien que dy penser, ça me donne mal
à la tête
JA : Bref, tu baisses
les bras
Pascal Lamy : Dis donc,
mon petit, noublie pas que tu me dois respect et considération
! quand tu seras plus vieux, ta morale et tes illusions, tu
les mettras au même endroit que moi ! et tu les troqueras
contre une dose de cynisme et une autre de pragmatisme ! Tu
verras, ça aide. Retiens bien ce que je vais te dire
: tu as économiquement tort, parce que tu as syndicalement
raison. On en reparlera plus tard. A bon entendeur, salut.
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