N° 562 | Juin 2001

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Magazine - Terroir

Ces vins méconnus du Périgord

La Dordogne est célèbre pour ses truffes et pour son foie gras. Un peu moins pour une troisième richesse de gueule qui mérite pourtant le respect : la palette de ses vins.

Il y a, du nord au sud, quatre Périgords. Le vert, bocager, encore limousin par l'herbe drue
de ses prairies et par le pelage roux de ses vaches. Le blanc, crayeux, céréalier, ouvert aux influences. Le noir, celui des plateaux cramés par la chaleur, celui des truffes aussi, ainsi nommé pour la profondeur de ses bois, notamment la Forêt Barrade, qui abrita la révolte de Jacquou le Croquant, le double occitan de Robin des Bois… Le rouge, enfin, le plus méridionnal, dont la capitale est Bergerac, et qui est, on l'aura tout de suite compris, le Périgord des vins.
Car la Dordogne est aussi un département de grands crus. Et de crus méconnus, à cause du tout puissant bordelais voisin qui lui fait de l'ombre. Son vin le plus prestigieux est aussi celui dont le Périgord Rouge tire le moins de prestige. D'abord parce que c'est un blanc, ensuite parce qu'il est pris, à quelques érudites exceptions près, pour un bordeaux. Il s'agit du monbazillac, bien sûr. Un grand liquoreux, issu d'un assemblage des trois cépages majeurs qui sont aussi ceux du sauternes (et du plus accompli d'entre eux le chateau d'yquem, le vin le plus rare et le plus cher du monde) : le sémillon, qui apporte la suavité et le bouquet, le sauvignon qui charpente et muscle la composition, la muscadelle qui épice l'ensemble de ses notes musquées.
Les mêmes cépages, traités plus simplement, produisent des appellations blanches moins connues, mais tout aussi charmeuses, la rosette et le saussignac ; deux terroirs naguère englobés sous l'appellation générique bergerac, et auxquels leur singularité a valu une appellation propre.

Un vin de garde intéressant
Mais il faut aussi y insister : les vins de bergerac, ce sont aussi des rouges. Et des rouges qui valent beaucoup mieux que la réputation un peu subalterne qui leur est faite, d'être en quelque sorte des bordeaux de deuxième classe. La base est bien sûr la même, celle des trois grands cépages du Sud-Ouest, le cabernet, le merlot et le malbec. Le vignoble du Périgord rouge, qui est l'un des plus anciens de France, planté dit-on sous l'occupation romaine, a depuis longtemps développé des qualités propres, celles qu'appréciait le plus célèbre des fils du pays, Cyrano de Bergerac, un mélange paradoxal de légèreté fruitée et de richesse en tanins, qui en fait un vin de garde très intéressant, dont les évolutions en cave sont parfois somptueuses.
Ces vins du Bergeracois sont parfois dotés d'une réputation non consacrée par une appellation officielle, mais néanmoins consacrée par la chronique régionale. Les vins de sigoulès, par exemple. Quelques-uns ont pourtant, au sein de la famille, réussi à faire reconnaître, et nominer dans le grand livre des AOC, une personnalité particulière. C'est notamment le cas du pécharmant (de l'occitan Pech, le puy, la montagnette), qui ferme le nord du Périgord rouge. Sur des collines argilo-siliceuses, ce terroir produit à partir de ces mêmes
cépages un vin plus coloré et plus corsé que les terroirs voisins. Un vin qui, pour n'en avoir pas pris la grosse tête, mérite aujourd'hui une considération attentive.

Antoine Menoux