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Magazine - Terroir
Ces vins
méconnus du Périgord
La Dordogne est célèbre pour ses
truffes et pour son foie gras. Un peu moins pour une troisième
richesse de gueule qui mérite pourtant le respect :
la palette de ses vins.
Il y a, du nord au sud, quatre Périgords. Le vert, bocager, encore limousin
par l'herbe drue
de ses prairies et par le pelage roux de ses vaches. Le blanc,
crayeux, céréalier, ouvert aux influences. Le
noir, celui des plateaux cramés par la chaleur, celui
des truffes aussi, ainsi nommé pour la profondeur de
ses bois, notamment la Forêt Barrade, qui abrita la
révolte de Jacquou le Croquant, le double occitan de
Robin des Bois
Le rouge, enfin, le plus méridionnal,
dont la capitale est Bergerac, et qui est, on l'aura tout
de suite compris, le Périgord des vins.
Car la Dordogne est aussi un département de grands
crus. Et de crus méconnus, à cause du tout puissant
bordelais voisin qui lui fait de l'ombre. Son vin le plus
prestigieux est aussi celui dont le Périgord Rouge
tire le moins de prestige. D'abord parce que c'est un blanc,
ensuite parce qu'il est pris, à quelques érudites
exceptions près, pour un bordeaux. Il s'agit du monbazillac,
bien sûr. Un grand liquoreux, issu d'un assemblage des
trois cépages majeurs qui sont aussi ceux du sauternes
(et du plus accompli d'entre eux le chateau d'yquem, le vin
le plus rare et le plus cher du monde) : le sémillon,
qui apporte la suavité et le bouquet, le sauvignon
qui charpente et muscle la composition, la muscadelle qui
épice l'ensemble de ses notes musquées.
Les mêmes cépages, traités plus simplement,
produisent des appellations blanches moins connues, mais tout
aussi charmeuses, la rosette et le saussignac ; deux terroirs
naguère englobés sous l'appellation générique
bergerac, et auxquels leur singularité a valu une appellation
propre.
Un vin de garde intéressant
Mais il faut aussi y insister : les vins de bergerac, ce sont
aussi des rouges. Et des rouges qui valent beaucoup mieux
que la réputation un peu subalterne qui leur est faite,
d'être en quelque sorte des bordeaux de deuxième
classe. La base est bien sûr la même, celle des
trois grands cépages du Sud-Ouest, le cabernet, le
merlot et le malbec. Le vignoble du Périgord rouge,
qui est l'un des plus anciens de France, planté dit-on
sous l'occupation romaine, a depuis longtemps développé
des qualités propres, celles qu'appréciait le
plus célèbre des fils du pays, Cyrano de Bergerac,
un mélange paradoxal de légèreté
fruitée et de richesse en tanins, qui en fait un vin
de garde très intéressant, dont les évolutions
en cave sont parfois somptueuses.
Ces vins du Bergeracois sont parfois dotés d'une réputation
non consacrée par une appellation officielle, mais
néanmoins consacrée par la chronique régionale.
Les vins de sigoulès, par exemple. Quelques-uns ont
pourtant, au sein de la famille, réussi à faire
reconnaître, et nominer dans le grand livre des AOC,
une personnalité particulière. C'est notamment
le cas du pécharmant (de l'occitan Pech, le puy, la
montagnette), qui ferme le nord du Périgord rouge.
Sur des collines argilo-siliceuses, ce terroir produit à
partir de ces mêmes
cépages un vin plus coloré et plus corsé
que les terroirs voisins. Un vin qui, pour n'en avoir pas
pris la grosse tête, mérite aujourd'hui une considération
attentive.
Antoine Menoux
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