N° 562 | Juin 2001

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Actualité - Humour

L’interview interdite
« Tout le monde m’attend au tournant »
Jean-Michel Lemétayer vient d’être élu à la président de la FNSEA. « JA » l’a (presque) rencontré.

JA : Alors, Jean-Michel, tu es le nouveau patron de la grande maison… ça s’arrose, ça !
Jean-Michel : Tu parles ! si tu crois que j’ai la tête à faire le mariole… j’arroserai mon départ dans quelques années, oui !
JA : Allons, allons… pas de fausse modestie… on sait ce que c’est : la gloire, les médias, la renommée, tout ça, ne viens pas nous raconter que ça ne pèse pas !
Jean-Michel : Parce que tu crois que je n’ai que ça à faire, en ce moment ! Faut pas t’imaginer que ça va être une partie de plaisir, cette présidence ! tu imagines : la crise de l’élevage, les dégâts de la météo, les négociations internationales qui nous mènent droit dans le mur… Tout le monde m’attend au tournant, les uns avec un fusil, les autres comme le messie… non, je t’assure, cette présidence, je m’en serais bien passé.
JA : A d’autres, Jean-Michel ! tu es un homme de pouvoir.
Jean-Michel : Mais justement ! le président de la FNSEA ne l’a plus, le pouvoir ! et quelque chose me dit que le lui redonner, c’est comme qui dirait pas gagné d’avance ! Sans compter qu’en interne, il y a du boulot. Fédérer tout le monde autour du même projet, offensif et gagnant, je te dis pas le challenge !
JA : Tu t’es entraîné pour ça ? Luc t’a appris à faire le grand écart ?
Jean-Michel : Tu sais, dans l’interprofession laitière, négocier ce qui fâche sans aller au clash pour être sûr d’aboutir à quelque chose, on connaît. Les parkings de supermarché, c’est fait pour poser les problèmes ; et les salles de réunions, c’est fait pour les résoudre. Alors, pour le grand écart, je ne suis sûrement pas aussi souple que Luc, mais lui il a neuf ans de pratique, quand même. Ça explique.
JA : Et en externe ? comment ça se présente ?
Jean-Michel : Oh, pour l’externe, succéder à Luc, c’est plutôt cool. Il en a tellement pris plein la figure que ça ne peut pas être pire pour moi ! tiens, rien qu’avec le ministre : quand je dis qu’il faut qu’on change de relations, je suis hyper crédible. Ça n’est pas possible de souhaiter continuer à se donner des coups de fusil toutes les cinq minutes. C’est comme avec la presse : rien que ma nouvelle bobine, ça me donne au minimum un peu de répit. Seulement, il va falloir assurer. Pas question de baisser la garde si c’est pour continuer à prendre des coups. Et je vais te dire un truc : je compte sur les jeunes, pour ça…
JA : Comment ça ? tu m’intéresses, là…
Jean-Michel : Pour aller devant, pour lancer le bouchon trop loin. Je me chargerai de le ramener à la bonne distance ! il faut que je passe un deal avec Jean-Luc. Leur rapport d’orientation sur la politique de prix, par exemple : en or, ça, mon vieux ! à point nommé, ça tombe ! mine de rien, je vais passer derrière, et dire : « vous voyez, même les jeunes, le revenu par les prix, ils remettent ça. C’est même pas les vieux qui ont la nostalgie du passé : c’est les jeunes qui ont cette vision de l’avenir. » Ça me facilite immensément la tâche ! Je vais pouvoir écraser ça sur la figure de ceux qui militent pour la compétition mondiale au moindre prix sans oser le dire…
JA : Non ! Il y en a qui sont comme ça, dans la profession ?
Jean-Michel : Tu serais pas un peu super-naïf, toi, des fois ?