|
L'évènement - Manifestations
agricoles
Solidarités rurales
Rassemblements revendicatifs et conviviaux sur le terrain
le 21 avril, rencontre avec le Premier ministre le 26. Le
syndicalisme se mobilise à tous les niveaux pour
« sauver lélevage et le monde rural ».
Puisque cétait un moment de vacances citadines et
de migrations automobiles, les agriculteurs avaient choisi,
ce samedi 21 avril, de manifester, et de parler de leur détresse
professionnelle sur le mode convivial : brochettes de buf
et de mouton, produits fermiers, fruits et vins de pays, colloques,
dialogues et persuasion. Il avait bien été recommandé
par le CNJA et la FNSEA, organisateurs nationaux de la mobilisation,
d« éviter les défilés de
tracteurs, les pneus que lon brûle, toute manifestation
de force » ; bref de réussir lexercice
difficile dexpliquer avec le sourire aux citadins une
situation qui, pour beaucoup, sapparente à un
naufrage économique et personnel.
Secteurs sinistrés
Soixante-dix-huit départements sy sont attelés,
dans tout le pays. Aux FDSEA et aux
CDJA sétaient joints, dans plusieurs régions,
des militants du Modef, de la Coordination rurale, et même
de la Confédération paysanne. Car lurgence
proclamée est la même pour tous, « sauver
lélevage et le monde rural ». Il sagissait,
après une première manifestation, qui avait,
le 9 avril, couvert le Massif Central de « feux de détresse
», allumés dans tous les cantons du bassin allaitant,
de maintenir la pression avant le rendez-vous programmé
avec Lionel Jospin à Matignon le 26.
Du 9 au 21 avril, dailleurs, la revendication sest
élargie. Car si lélevage, entre vache
folle et fièvre aphteuse, est le premier, et le plus
spectaculairement sinistré, de tous les secteurs de
production, il nest pas le seul, loin de là.
De la tempête de décembre 1999 aux inondations
et aux intempéries actuelles, 2000 ont été
une année noire qui se prolonge dangereusement sur
2001, y compris pour les productions végétales
(voir en page 15). Le mot dordre du 21 avril résume
bien lampleur du problème. Ce nest pas
seulement lélevage quil sagit de
sauver, ni même lagriculture dans son ensemble,
mais bien le monde rural lui-même. Cest le président
de lAMF, lAssociation des maires de France, Jean-Pierre
Delevoye, maire de Bapaume (Pas-de-Calais) qui la souligné
en apportant le soutien de son organisation (un soutien qui
sest affirmé massif sur le terrain, de nombreux
élus locaux sétant joints aux agriculteurs)
à la journée : « Un grand nombre délus
locaux vivent des drames. Nous avons franchi un cap dans la
gravité. Il existe un vrai problème de désertification
des campagnes. Nous sommes à la veille de voir disparaître
un pilier essentiel de notre économie ». Dautant
plus essentiel que, selon Marianne Dutoit, vice-présidente
du CNJA, « un jeune qui sinstalle, cest
indirectement cinq emplois qui se créent ».
Un rôle majeur
Cest bien pourquoi linitiative du 21 avril a bénéficié
dun tel soutien. Aux côtés des deux syndicats
organisateurs se sont retrouvées naturellement les
instances professionnelles, la FNB, la FNPL, la Coopération,
la Fédération nationale du Crédit Agricole,
la Msa, la Fédération nationale de la propriété
agricole. Mais la solidarité est venue aussi des activités
damont et daval : la Fédération
nationale de lindustrie et des commerces en gros des
viandes, le Syndicat national des industriels de la nutrition
animale, la Fédération nationale des syndicats
de propriétaires forestiers sylviculteurs, le Conseil
national de lenseignement agricole privé. Solidarité
enfin des secteurs dont lavenir est lié à
la survie dune agriculture performante : chambres de
métiers, artisans, petites et moyennes entreprises,
Medef, professions libérales et hôtellerie. Deux
syndicats de salariés, la CGC et la Fédération
générale des travailleurs de lagriculture
FO ont également apporté leur soutien. Ainsi
cette journée sest-elle affirmée, au-delà
de tout corporatisme, comme une large reconnaissance du rôle
majeur de lagriculture dans les équilibres nationaux.
Georges Chatain
|