N° 561 | Mai 2001

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Le monde rural derrière les éleveurs dans les rues de Dieppe (Seine-Maritime).

 


En Vendée, la moitié des maires du département s’est associée aux manifestants.

 


Près de 2 500 personnes (agriculteurs, artisans, commerçants, élus...) ont manifesté à Rodez.




Symbolisant l’avenir,
des enfants d’agriculteurs ont
défilé dans les rues de Puy-en-Velay (Haute-Loire).



Entretien avec lionel jospin
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«Parvenir à une maîtrise de la production»
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L'évènement -
Manifestations agricoles

Solidarités rurales

Rassemblements revendicatifs et conviviaux sur le terrain le 21 avril, rencontre avec le Premier ministre le 26. Le syndicalisme se mobilise à tous les niveaux pour « sauver l’élevage et le monde rural ».

Puisque c’était un moment de vacances citadines et de migrations automobiles, les agriculteurs avaient choisi, ce samedi 21 avril, de manifester, et de parler de leur détresse professionnelle sur le mode convivial : brochettes de bœuf et de mouton, produits fermiers, fruits et vins de pays, colloques, dialogues et persuasion. Il avait bien été recommandé par le CNJA et la FNSEA, organisateurs nationaux de la mobilisation, d’« éviter les défilés de tracteurs, les pneus que l’on brûle, toute manifestation de force » ; bref de réussir l’exercice difficile d’expliquer avec le sourire aux citadins une situation qui, pour beaucoup, s’apparente à un naufrage économique et personnel.


Secteurs sinistrés

Soixante-dix-huit départements s’y sont attelés, dans tout le pays. Aux FDSEA et aux
CDJA s’étaient joints, dans plusieurs régions, des militants du Modef, de la Coordination rurale, et même de la Confédération paysanne. Car l’urgence proclamée est la même pour tous, « sauver l’élevage et le monde rural ». Il s’agissait, après une première manifestation, qui avait, le 9 avril, couvert le Massif Central de « feux de détresse », allumés dans tous les cantons du bassin allaitant, de maintenir la pression avant le rendez-vous programmé avec Lionel Jospin à Matignon le 26.
Du 9 au 21 avril, d’ailleurs, la revendication s’est élargie. Car si l’élevage, entre vache folle et fièvre aphteuse, est le premier, et le plus spectaculairement sinistré, de tous les secteurs de production, il n’est pas le seul, loin de là. De la tempête de décembre 1999 aux inondations et aux intempéries actuelles, 2000 ont été une année noire qui se prolonge dangereusement sur 2001, y compris pour les productions végétales (voir en page 15). Le mot d’ordre du 21 avril résume bien l’ampleur du problème. Ce n’est pas seulement l’élevage qu’il s’agit de sauver, ni même l’agriculture dans son ensemble, mais bien le monde rural lui-même. C’est le président de l’AMF, l’Association des maires de France, Jean-Pierre Delevoye, maire de Bapaume (Pas-de-Calais) qui l’a souligné en apportant le soutien de son organisation (un soutien qui s’est affirmé massif sur le terrain, de nombreux élus locaux s’étant joints aux agriculteurs) à la journée : « Un grand nombre d’élus locaux vivent des drames. Nous avons franchi un cap dans la gravité. Il existe un vrai problème de désertification des campagnes. Nous sommes à la veille de voir disparaître un pilier essentiel de notre économie ». D’autant plus essentiel que, selon Marianne Dutoit, vice-présidente du CNJA, « un jeune qui s’installe, c’est indirectement cinq emplois qui se créent ».


Un rôle majeur
C’est bien pourquoi l’initiative du 21 avril a bénéficié d’un tel soutien. Aux côtés des deux syndicats organisateurs se sont retrouvées naturellement les instances professionnelles, la FNB, la FNPL, la Coopération, la Fédération nationale du Crédit Agricole, la Msa, la Fédération nationale de la propriété agricole. Mais la solidarité est venue aussi des activités d’amont et d’aval : la Fédération nationale de l’industrie et des commerces en gros des viandes, le Syndicat national des industriels de la nutrition animale, la Fédération nationale des syndicats de propriétaires forestiers sylviculteurs, le Conseil national de l’enseignement agricole privé. Solidarité enfin des secteurs dont l’avenir est lié à la survie d’une agriculture performante : chambres de métiers, artisans, petites et moyennes entreprises, Medef, professions libérales et hôtellerie. Deux syndicats de salariés, la CGC et la Fédération générale des travailleurs de l’agriculture FO ont également apporté leur soutien. Ainsi cette journée s’est-elle affirmée, au-delà de tout corporatisme, comme une large reconnaissance du rôle majeur de l’agriculture dans les équilibres nationaux.

Georges Chatain