N° 561 | Mai 2001

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Les diffuseurs de phéromones sont placés dans les vergers avant les premiers vols de carpocapse..

L'avis du jeune agriculteur
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Cultures spécialisées - Arboriculture

Confusion sexuelle contre carpocapse

La lutte chimique contre le principal ravageur du pommier devient difficile. Devant l’apparition de résistances aux produits phytosanitaires, la lutte par confusion sexuelle apparaît comme une alternative intéressante.

Le carpocapse (Cydia pomonella) peut détruire des récoltes entières de pommes : certains producteurs en Vallée du Rhône ont récemment dû arracher leurs vergers infestés. Aujourd’hui, dans un contexte de forte pression, les techniques de luttes habituelles montrent leurs limites. Le piégeage avec seuil de tolérance n’est plus significatif dans les vergers du Sud-Est du fait du trop grand nombre de papillons. Par ailleurs, la lutte chimique classique, qui s’appuie sur des modèles mathématiques intégrant la biologie du carpocapse et les données météorologiques, est remise en cause : chez l’insecte apparaît un phénomène de résistance à certains produits chimiques. « On se trouve désormais dans une impasse chimique », constate Xavier Crété, au CEHM (Centre expérimental horticole de Marsillargues, dans l’Hérault). La confusion sexuelle arrive donc à point nommé.
Le principe de la confusion date du début des années 1990. Utilisée avec succès en grandes cultures (maïs), en viticulture et sur pêchers, la technique est depuis plusieurs années à l’essai sur pommiers. L’année dernière, 500 ha ont été « confusés », dans le Val de Loire, le Sud-Ouest et le bassin Rhône-Méditerranée. Les résultats sont très encourageants et la confusion sexuelle a été homologuée en 2000 sur pommiers.
Deux produits sont aujourd’hui disponibles : Isomate C de la société Sumi Agro France et Ecopom, de Biotop, commercialisés par Isagro. Le principe : placer des diffuseurs dans le verger avant les premiers vols de papillons. Ces diffuseurs dégagent la même phéromone sexuelle (la codlémone) que celle émise par la femelle du carpocapse, pour attirer le mâle. Celui-ci est perturbé par les multiples messages qu’il reçoit et ne trouve pas sa femelle. Ainsi, l’accouplement des insectes est limité, par conséquent les pontes et les vers dans les pommes sont nettement réduits. Le cycle biologique du ravageur est interrompu avant le stade nuisible.

Quels vergers peut-on confuser ?

La confusion sexuelle sera efficace sur une surface minimale de 3 ha, de préférence sur des parcelles plutôt abritées du vent et pas trop jeunes (la densité du feuillage du jeune verger semble insuffisante pour conserver l’air ambiant imprégné de phéromone). L’environnement de la zone à traiter est aussi à prendre en compte. A éviter : des vergers voisins fortement infestés, abandonnés ou comportant des espèces à risque (poirier, cognassier, noyer), des éclairages nocturnes qui attirent les papillons, la proximité de stockage de bois ou de palox qui abritent des foyers de carpocapse.
Enfin, chaque année, l’utilisation de la technique doit être réfléchie en fonction du niveau de risque. On considère que la confusion n’est efficace qu’en cas de pression faible : dégâts de l’année précédente inférieurs à 1 %, environnement sain, dégâts en fin de première génération (fin juin) inférieurs à 0,5 %. Selon le contexte, la confusion peut être employée seule ou alliée à la lutte chimique. La méthode est préventive, l’agriculteur disposera donc les diffuseurs dans les arbres avant les premiers vols du carpocapse. Ensuite, il contrôlera régulièrement ses parcelles, en moyenne tous les 8 à 10 jours, de mai à août.

L’observation en vergers est indispensable

La réussite de la technique repose sur le sérieux des observations en vergers. « C’est aussi la grande contrainte de ce système. Le risque est de poser les diffuseurs et de ne plus s’en occuper », confie Claude Tronel au CEHM. Le protocole de contrôle doit être respecté scrupuleusement : observer 1 000 fruits par parcelle (surtout ceux du haut des arbres), soit 20 fruits par groupe de 50 arbres. En complément aux observations visuelles indispensables, on recommande de disposer un piège sexuel dans la parcelle. Il sera utilisé comme un signal d’alarme. Dès que 2 ou 3 papillons sont pris, il s’agit d’intensifier les contrôles des fruits, voire d’appliquer un insecticide chimique si nécessaire.
La phéromone est très sélective et ne vise que sa cible. La parcelle n’est donc pas protégée des ravageurs secondaires (zeuzère et tordeuse de la pelure). Par ailleurs, le traitement n’empêche pas les femelles fécondées hors de la zone confusée, de venir pondre dans le verger. Le potentiel d’infestation n’est pas toujours facile à estimer. Pour ces diverses raisons, un complément chimique est souvent recommandé, au moins la première année de mise en place, pour assainir la situation. Mais c’est aussi pourquoi le temps passé à observer les arbres est fondamental : pour cerner tous les paramètres et adapter la solution optimale.
Temps et main-d’œuvre entrent, pour une grande part, dans le coût de la méthode, qui tient compte du prix du diffuseur (3 F pour Ecopom, 1,55 F pour Isomate C), du nombre de diffuseurs à l’hectare (300 pour Ecopom, 1 000 pour Isomate C) et
du temps de pose (Ecopom couvre une seule génération de papillons, tandis qu’Isomate C couvre tout le cycle). Un coût, au final, de 2000 à 2 500 F/ha (sans compter le coût des observations et des comptages). Alors que la lutte chimique est évaluée entre 1 500 et 3 000 F/ha dans le Sud-Est, et entre 500 et 2 000 F/ha ailleurs (Val de Loire, Alsace…).
Toutefois, les firmes sont plutôt optimistes quant au développement de la confusion sexuelle. « Elle va devenir le maillon de base de la protection raisonnée », assure Antoine Cazenave, responsable développement chez Sumi Agro France. « On estime qu’environ 5 000 ha pourraient être rapidement confusés du fait de l’homologation. Les surfaces concernées augmenteront progressivement », estime Firouz Kabiri, responsable de la société Biotop.

Cécile Vuchot