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Actualité - France
Lentretien imaginaire
José B: «Le principal, cest
que lon me voit!»
Au lendemain de la journée mondiale contre les
OGM, « Jeunes Agriculteurs » a (presque) surpris
cette conversation entre
José B., éleveur dans lAveyron, et Emile,
un de ses voisins
Emile : Tiens, vla lgars
José. Comment quça va mon gars ? Cétait
ty bien cette manifestation contre les OGM ?
José : Super !
Cétait super ! Beaucoup de journalistes, des
caméras de télévision partout. Rends-toi
compte, jai réussi à faire 37 minutes
et 12 secondes à la télévision, 14 minutes
16 à la radio et, tiens toi bien, 27 reportages dans
la presse. Un vrai tabac !
Emile : Ah bon ? Tu sais,
dans le poste, on na pas vu grand monde. Des militants,
y en avait pas beaucoup en tout cas.
José : Ah, les
militants ! Mais cest pas grave ça, les militants.
Dans une manif, lessentiel cest pas les militants,
cest les journalistes !
Emile : Ben quand même,
y faut bien qutaies du monde à tes défilés.
José : Mais non,
on sen fiche du monde. Il en faut un peu, bien sûr,
pour les photos. Mais le plus important, le principal, cest
que lon me voit moi. Que je sois bien visible. Bien
sur le devant de la scène, avec ma pipe et ma mèche
rebelle.
Emile : Ca men bouche
un coin ce que tu me dis là. Moi jcroyais qulimportant,
cétait lmessage.
José : Tu parles,
Charles. On voit bien que tu ne ty connais pas en communication.
Le message, tout le monde sen fout. Je le sais bien
moi, depuis le temps que je ressasse les mêmes salades
à la télévision. Limportant, cest
lenrobage, le papier demballage. Les gens, faut
pas leur raconter des choses trop compliquées, sinon
ils ny comprennent rien et ils décrochent. Il
leur faut une belle petite histoire avec des personnages bien
caricaturaux : des méchants agriculteurs productivistes,
des gentils consommateurs, éventuellement quelques
déguisements pour faire un peu carnaval et le tour
est joué.
Emile : Quand même,
mon gars José, si tas pas didées,
ton mouvement, y risque de sessouffler au bout dun
moment.
José : Cause toujours.
Je te dis quon na pas besoin didées
mais seulement de papier demballage. Et ça, des
papiers demballage, je ten trouve tous les jours.
Il suffit douvrir le journal, ou mieux, la télévision.
Mon créneau, cest de surfer sur lactualité.
Cest une valeur sûre lactualité.
Ca ne se démode pas.
Emile : A moi, tu veux
bien me ldire ce que ça sra, ton prochain
sujet de révolte ?
José : Mon prochain
thème de campagne, ce sera dêtre contre.
Emile : Ah bon. Cest
bien ça
Mais contre quoi ?
José : Jen
sais rien moi. Je ten pose des questions ? Contre les
licenciements, contre le temps quil fait, contre la
dimension des roues de bicyclettes, contre le débit
de la Loire
Lessentiel, cest dêtre
contre. Cest tout. En tout cas cest vendeur. Les
gens aiment bien que lon soit contre. Ca leur paraît
tout de suite sympathique. Et puis, je vais te faire une confidence,
non seulement il faut être contre, mais en plus il faut
désigner un responsable. Cest ça ma recette
: dénoncer un problème et accuser un responsable.
Peu importe lequel. Avec ça, je ne peux pas perdre.
Emile : Ben dis donc,
mon gars José, ten as appris des choses en montant
à Paris. En plus, tu dois beaucoup voyager.
José : Ah oui,
les voyages. Cest ma deuxième grande passion,
ça, les voyages.
Emile : Après lagriculture
?
José : Non, après
moi. Avec les voyages, je prends tout de suite une autre dimension.
Je deviens une star internationale. Ma vie devient un véritable
roman. Ce serait dailleurs une bonne idée ça,
tourner un film sur moi. Avec plusieurs épisodes, comme
pour les aventures de Tintin : José dans le Larzac,
José au Brésil, José à Seattle,
José en Inde, José va au Mac Donald, José
bricole, José va en prison
Emile : Et ta ferme dans
tout ça ?
José : Oh, tout
va bien. Du moment que les journalistes me préviennent
à lavance, jarrive à être
sur mon exploitation pour les interviews. Et puis, ça
me permet de revoir les bêtes...
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