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Fièvre aphteuse
La vaccination
en question
Une fois mis en place le dispositif durgence pour
éviter le pire, le problème est de travailler au
retour à la normale, et déviter les retours
de flamme de lépizootie. Au cur du débat
: la vaccination.
Une crise chasse lautre. Ou plutôt cache lautre,
accaparée par la psychose de la fièvre aphteuse.
Le mot « psychose » est dailleurs bien impropre,
car il suppose un affolement irraisonné, alors que le
danger est bien réel, et personne ne juge dérisoires
ni obsessionnelles les mesures prises pour circonscrire, et réduire
lépizootie.
Lurgence maîtrisée par la mobilisation
que lon sait, et que lon a vu à luvre
dans les treize départements mis sous étroite surveillance,
le problème est maintenant de savoir que faire. Car personne
ne se fait dillusion : dans lespace unifié
européen, les transports danimaux et de produits
carnés sont une réalité incontournable de
léconomie agricole. Et cette mobilité est
évidemment source potentielle de contagion.
La fièvre aphteuse, qui nest certes pas une maladie
nouvelle, a été éradiquée, en Europe,
au cours de la décennie 80-90. Et cest en 1991 que,
à la demande de la Grande-Bretagne, la vaccination a été
supprimée en Europe. Faut-il la reprendre ? Cest
le débat aujourdhui.
En faveur de la vaccination, largument est bien sûr
lurgence. Les départements non touchés par
les mesures de précaution (et donc par les abattages systématiques)
ne tiennent évidemment pas à les subir. Une forte
tendance sy dessine en faveur de la vaccination systématique.
« On ne peut pas jouer tous les matins le patrimoine professionnel
et le capital des éleveurs, dit Xavier Rizet, président
du CDJA de Saône-et-Loire. Il est impératif et urgent
de remettre à létude la faisabilité
dune reprise de la vaccination, avec des vaccins traceurs,
cest-à-dire qui permettent à lanalyse,
de distinguer les bêtes vaccinées des bêtes
infectées » ; étant bien entendu, ajoute-t-il
« que ce soit étudié au niveau de lEurope
entière, pour jouer jeu égal dans les échanges
». Proposition intermédiaire (peut-être pas
tout à fait désintéressée) du syndicat
des vétérinaires : la vaccination « en anneau
», dans un rayon de plusieurs kilomètres autour
du foyer avéré ou présumé. En Allemagne,
la DBV (léquivalent de la FNSEA) réclame
la vaccination totale, « instrument normal de lutte contre
lépidémie ».
Des arguments contre la vaccination
Contre la vaccination, Philippe Jehan, président du
CDJA de la Mayenne dans lil du cyclone, donc
avance des arguments techniques et économiques.
« Techniquement, dit-il, les stocks de vaccin que possède
lEurope sont préventifs de la souche européenne
de la maladie. Or, cette épizootie vient dAsie,
elle est portée par une souche différente, et son
efficacité est problématique. Ensuite si un cas
est avéré dans un lieu, on abat tous les animaux,
vaccinés ou pas. Cest donc une opération
inutile ». Et la vaccination coûte cher : 6 à
10 F par animal.
Arguments économiques, ensuite. « La plupart
des pays, ajoute Philippe Jehan, interdisent les importations
dès quune trace est signalée. Or les analyses
actuelles ne font pas la différence entre les traces du
vaccin et celles de la maladie. Vacciner, cest se condamner
à ne plus exporter. En Mayenne, lagriculture fait
40 % de son chiffre à lexport. Les onze laiteries
du département et la transformation des viandes, 75 %
».
Contre-argument : il existe un nouveau vaccin pratiquement
au point, un vaccin « marqué », qui permettra
la distinction entre les traces de la maladie et celles de la
vaccination. Reste que, vu les arrière-pensées
protectionnistes que cachent souvent les décisions de
santé publique, cette différenciation risque de
ne pas suffire à certains pays importateurs.
Situation ouverte, donc, les opinions ne sont pas tranchées.
Cest lévolution sur le terrain, éradication
ou « perte de contrôle », selon le mot de Jean
Glavany, qui tranchera le débat. En tout état de
cause, la décision incombe à Bruxelles.
Georges Chatain |