N° 560 | AVRIL 2001

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La crise au jour le jour

 

 

 

 

 

Les pertes : 135 MF par jour

 

 

 

Le suspense

 

Fièvre aphteuse

La vaccination en question

Une fois mis en place le dispositif d’urgence pour éviter le pire, le problème est de travailler au retour à la normale, et d’éviter les retours de flamme de l’épizootie. Au cœur du débat : la vaccination.

Une crise chasse l’autre. Ou plutôt cache l’autre, accaparée par la psychose de la fièvre aphteuse. Le mot « psychose » est d’ailleurs bien impropre, car il suppose un affolement irraisonné, alors que le danger est bien réel, et personne ne juge dérisoires ni obsessionnelles les mesures prises pour circonscrire, et réduire l’épizootie.

L’urgence maîtrisée par la mobilisation que l’on sait, et que l’on a vu à l’œuvre dans les treize départements mis sous étroite surveillance, le problème est maintenant de savoir que faire. Car personne ne se fait d’illusion : dans l’espace unifié européen, les transports d’animaux et de produits carnés sont une réalité incontournable de l’économie agricole. Et cette mobilité est évidemment source potentielle de contagion.

La fièvre aphteuse, qui n’est certes pas une maladie nouvelle, a été éradiquée, en Europe, au cours de la décennie 80-90. Et c’est en 1991 que, à la demande de la Grande-Bretagne, la vaccination a été supprimée en Europe. Faut-il la reprendre ? C’est le débat aujourd’hui.

En faveur de la vaccination, l’argument est bien sûr l’urgence. Les départements non touchés par les mesures de précaution (et donc par les abattages systématiques) ne tiennent évidemment pas à les subir. Une forte tendance s’y dessine en faveur de la vaccination systématique. « On ne peut pas jouer tous les matins le patrimoine professionnel et le capital des éleveurs, dit Xavier Rizet, président du CDJA de Saône-et-Loire. Il est impératif et urgent de remettre à l’étude la faisabilité d’une reprise de la vaccination, avec des vaccins “traceurs”, c’est-à-dire qui permettent à l’analyse, de distinguer les bêtes vaccinées des bêtes infectées » ; étant bien entendu, ajoute-t-il « que ce soit étudié au niveau de l’Europe entière, pour jouer jeu égal dans les échanges ». Proposition intermédiaire (peut-être pas tout à fait désintéressée) du syndicat des vétérinaires : la vaccination « en anneau », dans un rayon de plusieurs kilomètres autour du foyer avéré ou présumé. En Allemagne, la DBV (l’équivalent de la FNSEA) réclame la vaccination totale, « instrument normal de lutte contre l’épidémie ».

Des arguments contre la vaccination

Contre la vaccination, Philippe Jehan, président du CDJA de la Mayenne – dans l’œil du cyclone, donc – avance des arguments techniques et économiques. « Techniquement, dit-il, les stocks de vaccin que possède l’Europe sont préventifs de la souche européenne de la maladie. Or, cette épizootie vient d’Asie, elle est portée par une souche différente, et son efficacité est problématique. Ensuite si un cas est avéré dans un lieu, on abat tous les animaux, vaccinés ou pas. C’est donc une opération inutile ». Et la vaccination coûte cher : 6 à 10 F par animal.

Arguments économiques, ensuite. « La plupart des pays, ajoute Philippe Jehan, interdisent les importations dès qu’une trace est signalée. Or les analyses actuelles ne font pas la différence entre les traces du vaccin et celles de la maladie. Vacciner, c’est se condamner à ne plus exporter. En Mayenne, l’agriculture fait 40 % de son chiffre à l’export. Les onze laiteries du département et la transformation des viandes, 75 % ».

Contre-argument : il existe un nouveau vaccin pratiquement au point, un vaccin « marqué », qui permettra la distinction entre les traces de la maladie et celles de la vaccination. Reste que, vu les arrière-pensées protectionnistes que cachent souvent les décisions de santé publique, cette différenciation risque de ne pas suffire à certains pays importateurs.

Situation ouverte, donc, les opinions ne sont pas tranchées. C’est l’évolution sur le terrain, éradication ou « perte de contrôle », selon le mot de Jean Glavany, qui tranchera le débat. En tout état de cause, la décision incombe à Bruxelles.

Georges Chatain